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retient M. de Valory par le pan de sa veste. A peine ont-ils touché le sol qu'ils sont saisis par les cheveux, terrassés, traînés, assaillis de coups. Ils allaient être mis en pièces si quelques partisans du roi et quelques gardes nationaux n'eussent entrepris de les arracher des mains de ces bêtes féroces. Croisant leurs armes au-dessus des trois gardes abattus, ils parviennent, grâce à leur énergie, à les préserver de la mort et à les conduire sous bonne escorte dans Tintécieur du château.
Le roi, qui sortit alors de voiture, s'empressa d'envoyer ses chirurgiens aux trois blessés, déjà détenus et gardés à vue. M. le chevalier de Malden avait reçu plusieurs coups de baïonnette. M. de Moutier avait été atteint, sur le cou, du tranchant d'une hache dont la violence fut heureusement amortie par un^ canon de fusil. M. de Valory, terrassé à coups de crosse de fusil, puis traîné par les cheveux, était couvert de contusions, et la peau de sa tête était déchirée en deux endroits.
Malgré leur piteux état, dès le lendemain, ils furent conduits à la prison de l'Abbaye et mis au secret. L'Assemblée nationale voulut les faire juger par un tribunal spécial-, puis un député trouva plus simple de les condamner à mort sans nulle formalité; mais une meilleure idée surgit : on fit de leur vie et de leur liberté le prix de la signature de la Constitution. Le roi, en effet, ayant accepté la
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Constitution le 1 3 septembre 1 79 1 , les trois gardes du corps furent élargis le 14.
Revenons maintenant au 21 juin. Le départ du roi consterna Paris et l'Assemblée nationale. Le roi était un des rouages nécessaires de la Constitution qui s'achevait. Les ennemis de la royauté frémirent de peur, Robespierre se crut à son dernier jour. « J'avais été frappée, dit M'"^ Rolland, de la terreur dont il parut pénétré le jour de la fuite du roi à Varennes; je le trouvai l'après-midi chez Pétion, où il disait avec inquiétude que la famille royale n'avait pas pris ce parti sans avoir dans Paris une coalition qui ordonnerait la Samt- Barthélemy des patriotes, et qu'il s'attendait à ne pas vivre dans les vingt-quatre heures (i).
On comprend l'intérêt qu'avait l'Assemblée nationale à rentrer en possession de son auguste prisonnier. Le jour même de son départ, elle fit expédier dans toute la France des courriers porteurs de deux décrets : l'un prescrivant d'arrêter partout la famille royale et d'interdire le passage de la frontière à toutes personnes et à tous convois d'or, d'argent, d'armes et de munitions; — l'autre déclarant qu'elle avait pris les mesures les plus
(i) Mémoires, édition Barrière de iSô?. p. ;?5.
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actives pour la recherche du roi et « le salut de r Empire. »
Le Directoire de TAin reçut promptement ces décrets, et les transmit, le 23 juin, en informant les Directoires de districts et les municipalités qu'il était instruit « de l'interruption du voyage du roi et de la famille royale à Saint-Dizier en Champagne (i). » Ainsi, l'arrestation du roi, opérée le 22, fut connue à Bourg le 23, sauf l'indication inexacte de Saint-Dizier pour Varennes.
En partant, Louis XVI avait laissé un Métnoire des griefs qui motivaient sa retraite. Ce Mémoire (2), communiqué à TAssemblée nationale, donna lieu à une réfutation intitulée majestueusement : V Assemblée nationale aux François. Proclamation décrétée dans la séance du 22 juin ijgi ^ et commençant par ces mots :
Un grand attentat vient de se commettre. L'Assemblée nationale (3) touchoit au terme de ses longs travaux; la Constitution étoit finie ; les orages de la Révolution alloient cesser, et les ennemis du bien public ont voulu, par un seul forfait, immoler la Nation entière à leur vengeance. Le Roi et la famille royale ont été enlevés dans la nuit du 20 au 21 de ce mois.
(I) Décrets de l'Assemblée nationale. Du 21 juin i-jgi . Bourg, 1791, \ p. in-4». — Ph. L. D.
(3) Inséré in extenso (20 pages), comme pièce jnstificative dans le t. V, de Y Histoire de la Révolution de France, de M. Eert and de Molleville.
(3) Plus loin elle prend, pour la première fois, le titre d'Assemblée constituante.
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Vos représentants triompheront de cet obstacle. Les conspirateurs et les esclaves apprendront à connoître l'intrépidité des fondateurs de la liberté françoise, et nous prenons, à la face de la Nation, l'engagement solennel de venger la loi ou de mourir.
La France veut être libre; et elle sera libre. On cherche à faire rétrograder la Révolution ; la Révolution ne rétrogradera point. François! telle est votre volonté (i)...
Malgré sa proclamation fanfaronne (2), l'Assemblée nationale ne laissa pas que de partager Peffroi de Robespierre. Nous en jugerons au chapitre suivant par les mesures qu'elle prit. Nous verrons aussi quelle fut Trmpression produite sur le Directoire de TAin et sur la Société des Amis de la Constitution de Bourg par la fuite et l'arrestation du roi.
• A la nouvelle de l'arrestation du roi, la jacquerie devint plus audacieuse et plus cruelle. En Bresse, elle menaça les châteaux de Crangeac et de Montplaisant, qui furent sauvés par le procureurgénéral-syndic Thomas Riboud. Dans les départements voisins l'autorité administrative ne fut pas aussi puissante. D'horribles attentats furent commis près de nous dans le Beaujolais. Nous ne
(i) L'Assemblée nationale arix François. Proclamation décrétée dans la séance du 22 juin lygi. Bourg, 1791, 8 p. in-4''. — Ph. L. D.
(2) Transmise aux districts de l'Ain, le 26 juin, avec une simple exhortation au maintien de l'ordre.