‹ Histoire de la révolution dans l'AinChapitre 90 sur 217 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Français s'ensevelira plutôt sous les ruines de sa Patrie que de consentir jamais à la re'surrection de l'ancien régime.

Les Amis de la Constitution de Bourg :

L'abbé Barquet, président ;

Brichon et DuMALLE, secrétaires (i).

Le matin du 25 juin, jour de la rentrée de la famille royale aux Tuileries, TAssemblée nationale décréta qu elle donneroit au roi une garde qui répondrait de sa personne, quelle choisirait le gouverneur de l'héritier présomptif de la couronne ;2) et qu'elle continuerait à se passer de la sanction du roi.

Le député Alalouet, intendant de la marine à Toulon, combattit courageusement ce décret :

Les mesures qui vous sont propose'es, dit-il, sont toutes hors de la Constitution : elles changent dans cet instant la nature du gouvernement. La Constitution prévoit le cas de l'absence du roi : elle a déclaré la personne du roi sacrée et inviolable. Les mesures proposées constituent le roi prisonnier dans la capitale et transportent tous ses pouvoirs dans l'Assemblée nationale... Si vous exercez le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif, la Nation elle-même pourra être effrayée d'un si grand pouvoir. Nous devons

(1) Adresse des Amis de la Constitution de Bourg aux citoyens du département de l'Ain, en état de porter les armes. Bourg, 1791. 4 p. in-4». — Ph. L. D.

(2) Un des gouverneurs proposés fut notre compatriote Bacon-Tacon, auteur des Recherches sur les origines celtiques du Bugey. Il publia en 1 792 La Raison aux Français ou Opinion sur la liste des candidats délégués pour présider à l'iducaticn dujih du ci-devant roi.

nous préserver de la pre'vention comme de l'irréflexion : épargnons au peuple bien des regrets et peut-être de grands malheurs. Je demande qu'il y ait une conférence dans le Comité de Constitution, et je déclare que jamais je n'accéderai à des mesures qui tendraient à rendre le roi prisonnier (i).

Malgré la justesse de ces observations, le décret passa.

Le marquis de Bonnay ne fut pas plus heureux quand il attaqua les décrets ordonnant, d'une part, la mise en arrestation des trois gardes du corps qui avaient suivi le roi et, d'autre part, le licenciement des quatre compagnies dont ils faisaient partie et dans lesquelles il avait servi lui-même. Du moins il s'honora et il honora ces compagnies d'élite par une magnifique protestation :

Quant au reproche qu'on nous fait, dit-il, d'être plus attachés au roi qu'à la patrie, je déclare que je crois le roi et la patrie indivisibles, et qu'ayant juré de mourir pour l'un comme pour l'autre, quelque fût celui des deux qui demandât mon bras, j'obéirois, j'irois partout où le devoir m'appelleroit soit pour le roi soit pour la Nation. Si le roi m'avoit appelé à ses conseils, je l'aurois dissuadé de ce départ ; mais s'il m'avoit choisi pour le suivre, je répète que je serois mort à ses côtés, et que je me glorifierois d'une telle mort (2).

(i) Bûchez et Roux. Histoire parlementaire de la Révolution française, t. X, p. 362.

(2) Bertrand de Molleville. Histoire de la Révolution française, t. V. p. 116.

Page 1