CHAPITRE III. l
wick, qu'un parti voulait mettre sur le trône de France.
Un autre compatriote, qui se distingua comme écrivain royaliste, l'académicien Joseph Michaud, rédacteur de la Quotidienne^ auteur du Printemps d'un proscrit^ de V Histoire des Croisades, etc., débuta dans les lettres, le 14 juillet 1791, par des vers sur Franklin. Il avait alors vingt-quatre ans, et ses opinions en politique et en religion trahissaient le disciple de Voltaire et de J.-J. Rousseau. Deux extraits donneront une idée de son libéralisme.
Dans le premier, il décrit la mort de FrankUn :
Quand Ja faulx de la mort s'abattit sur sa tête, Comme un roc insensible aux coups de la tempête, Franklin vit sans effroi l'appareil du tre'pas ; Le sage attend la mort, mais il ne la craint pas. De ses amis en pleurs il calmait les alarmes : « Mes amis, disoit-il, pourquoi verser des larmes ? Franklin dans le tombeau porte un cœur vertueux... J'ai bravé les tyrans et leurs complots affreux ; Sans crainte, sans remords, j'abandonne la vie ; Je puis dire à mon Dieu : J'ai servi ma patrie. »
Dans le second, il paraphrase le fameux vers latin de Turgot : Eripuit cœlofulmen sceptrumqiie tyrajinis :
Au sein de la tempête il puise ce fluide Qui sillonne les airs de sa clarté rapide,
l86 CINQUIÈME ÉPOQUE.
Et, porté sur le char de l'aigle impérieux,
Son génie enchaîna la foudre dans les cieux.
Bienfaiteur des humains, il préserva la terre
Du sceptre des tyrans et des coups du tonnerre.
Pleurons tous sur la mort du plus grand des humains;
Sur sa tombe sacrée invoquons les destins ;
Jurons par ses vertus, par sa cendre chérie ,
D'aimer l'humanité, de servir la patrie ;
Qu'on dise : « De Franklin ils ont rempli les vœux ;
Le peuple le plus libre est le plus vertueux (i). »
Bientôt après, Michaud montra Tesprit sceptique de sa jeunesse dans son Voyage littéraire au Mont-Blanc^ opuscule mêlé de prose et de vers.
A Chamouny, pour se débarrasser d^un prieur qu'il trouvait ennuyeux, il se dit protestant. — Dans le pays des Bauges, il rencontre des Chartreux qu'il prétend hébétés par la solitude. « La plupart des religieux, dit-il, lorsqu'ils ont séjourné dans cette solitude, perdent la raison, et l'endroit le plus habité du monastère est l'appartement destiné pour les moines en démence. » — A l'abbaye d'Hautecombe, il ne voit dans les Bernardins que des disciples d'Epicure :
Le Bernardin, content et brillant de santé,
Près de l'autel et loin de la prière, Par des chemins de fleurs marche à l'éternité .
(i) Pièce de i36 vers, insérée dans le recueil mensuel Le tribut de la Société nationale des Neuf Sœurs, et tirée à part sous le titre d'Extrait du Tribut, etc., 14 juillet 17 91 Paris, 1791, 12 p. in-8. — Ph. L. D.