‹ Histoire de la révolution dans l'AinChapitre 96 sur 217 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Laissons ces sottes rêveries, et citons une épigramme qui ne touche qu'au mariage. Un jeune couple parisien, qui visitait les glaciers, paraissait las de ses chaînes après trois mois d'union. Ynchaud, témoin prétendu de la froideur de ces amants, prête au mari l'impertinence suivante :

Je vous aimai, belle Lucile ;

Je voulois, pour calmer mes feux,

Prendre des glaces en ces lieux ;

Mais ce projet est inutile :

Je suis devenu votre époux

Et j'en trouverai près de vous (i).

Quand nous arriverons à l'année 1794, nous citerons des vers de Michaud, franchement républicains, tirés de son poème de Vlmmortaîité de Vâme^ et un discours non moins républicain prononcé par lui à la Société populaire de Bourg.

Ces prémices de la vie politique et littéraire de notre éminent compatriote ne donnent que plus de valeur à sa conversion monarchique : il faut une certaine force de volonté pour rompre de bonne heure avec les inclinations et les erreurs de la jeunesse.

L'Assemblée nationale n'avait pas encore pris

(i) Voyage littéraire au Mont-Blanc, dédié à madame de Beauharnois, ectrait du Tribut de la Société nationale des Neuf-Sœurs, 14 novembre e. 14 décembre 1791. — Paris, 1791, 33 p. in-S. — Ph. L. D.

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de résolution à P égard de Louis XVI et de sa fuite à Varennes. La plupart des constituants voulaient le rétablissement du roi et le maintien de la monarchie sur les bases de la Constitution. D'autres désiraient l'abdication du roi et Pexaltation de son fils, qui régnerait sous un conseil d'exécution indépendant dont les membres amovibles seraient élus par le peuple. Quelques factieux demandaient la République.

Barnave , moins révolutionnaire depuis son voyage avec la famille royale, défendit, dans la séance du i5 juillet, le principe monarchique et l'inviolabilité du roi. L'Assemblée se résigna pour le moment, mais elle se prépara une arme pour l'avenir, en décrétant que le roi serait censé avoir abdiqué la couronne et serait traité comn]e simple citoyen, s'il rétractait son serment à la Constitution, ou s'il tournait contre la Nation les forces de l'armée. De plus elle décida que la suspension du pouvoir exécutif, dont il était frappé, serait maintenue jusqu'au moment où la Constitution achevée pourrait être soumise à son acceptation.

Ce décret toutefois ne plut pas aux factieux. Le 17, ils se portèrent en foule au Champ-de-Mars, sous prétexte de signer sur l'autel de la patrie une pétition pour la mise en jugement du roi. La municipalité fut obligée de proclamer la loi martiale et d'arborer le drapeau rouge. A bas le drapeau

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