‹ Histoire de la révolution dans les départements de l'ancienne Bretagne ouvrage composé sur des documents inéditsChapitre 11 sur 35 · vpL · texte numérisé non relu

vpL

82 tITBB RBCriklIB. — ■ CHAP. 111. •

équipage, ane lettre des administratearÿ de Gaerande nous apprend que rinlerprëtation des arrêtés préparatoires de la pacification , arrêtés qui ' avaient promis des congés à ceux des déserteurs' qui en demanderaient, avait conduit la presque totalité des jeunes gens des cinq départements de la Bretagne, présents sous' les armes,' à rentrer dans leurs familles pour jouir dii bénéfice de cëtte disposition. Hoche, vivement alarmé d'un tel état de choses, annonce aux représentants que lè's officiers seront bientôt sans soldats , et que partout les côtes se dégarnissent des canonniers-gardes qui se retirent dans leurs' foyers pour, y ehercher le .pain que la république ne peut leur fburnir ef . que leur solde/né saurait leur procurer.

L’ennemi cependant médite les plus auditcieux complots , et dans quelques jours une effroyable insurrection aura éclaté , en mrâie temps qu’ime descente' vomira sur nos côtes f 'émigration entière. Afin d’être fixés' sur les besoins et le's res- sources du .moment, les représentants prëscrivent une revue générale de tous les équipages «t corps armés cantonnés dans les cinq départements de la Bretagne. Les commissaires des guerres, les . officiers municipaux, les généraux, sont chargés de cette revue. Elle ^t lieu le 25' floréal: et les

LÀ KÉVOrOTIOH EH BBEXAGKE. 83

ëlats de situalion ayant été , dès le lendemain , transmis à rordonnateiir général Daru, celui-ci reçut l’ordre de présenter, dans les premiers jours de prairial, un résumé de Li situalion militaire du pays. Nous avons ce curieux document, ainsi que la correspondance à laquelle il donna lieu entre Paru et les représentants; voici ce qu’il en ressort; — 52,648 hommes et 1788 chevaux «tdient présents sous les drapeaux. 6,781 hommes existaient dans les hôpitaux , et Nantes comptait une garnison d’environ 4,000 hommes^ ce qui exigeait un effectif journalier , avec le sixième en sus pour les gens à la suite, de 74,100 rations dç pain. 3Iais les approvisionnements des districts et des magasins militaires , à la même époque , ne présentaient dans leur ensemble que 5,582 quintaux de blé ^ froment ou seigle qui ne pouvaient ' suffire à la nourriture de Farinée pendant une seule décade. Des arrêtés du Comité de Salut Public avaient prescrit un approvisionnement de SIX mois , mais , do deux réquisitious successives s élevant ensemble h 240,000 quintaux , la première n’avait' fourni que 34,826 quintaux , et la deuxième, nptifiée depuis 'plus de trois mois, n avait encore donné que 167 quintaux sur la totalité des ciuq départements. Vainement d’ail-* -

P4 ' LITBB BBrVIÈHE. -r- CHli. III.

leur» lés .nouveaux représentants en mi^ion dans' - le pays ont-ils obtenu-qu’il serait échangé plusieurs • milliers pesant de fer contre les gi'ains que les cultivateurs consentiraient à livrer: toutes lescharrettes sont démontées, les chevaux sont cachés ou dispersés , et les propriétaires ne cèdent qu’è la force et aux sévices qui les aigrissent de jdus en plus. On a eu un instant l'idée de voiturer les approvisionnements à l’aidé des chariots de' l'armée; mais ces chariots,, qui sont -la plupart à., -quatre roues, ne peuvent entrer dans les bas cheinins ni en sortir, il a encore fallu renoncer à ce moyen. Restait la voie des' achats et des 1 échanges de gré à 'gré. Mais les faux assignats répandus à fnillions par les insurgés 'ont totale-ment .discrédité ceux de. la 'république : d’une -antre part il a été prononcé des peines sévères contre les détenteurs de ces faux assignats et les cultivateurs, qui n’ont ni les moyens ni la faculté ' de les distinguer , se refusent, dans la crainte du châtiment, à en recevoir d’aucune espèce; l’argent seul, l’argent au coin royal a cours dans nos dé- ■partements. — Il faut donc s’en remettre aux préposés des vivres , â ceux qui sont encore assez hardis pour aller traiter dû prix de quelques boisr. seaux de grains jusqnes dans le . fond des cam-

Ik BÉV0LUT1O5 BIT BBETàGBE.

pagnes au milieu des rebelles qui menacent et mettent à mort cèux qui approvisionnent les

républicains. Daru nous apprend cependant

qu’on eut recours à celle voie désespérée, et que c’est celle qui offrit les plus sûrs résultats^

« IVIais, conliDuc-l'il , il nest plus possible de compter avec un préposé des vivres. Il demande des raillions •d’avance, les convertit en numéraire, achète des grains avec cet argent,' et élablil^ensuite son compte à un prix fietif en assignats. De sorte qu'ayant fait deux marchés ténébreux, l'un pour échanger scs assignats, l'autre pour acheter son blé en numéraire, il peut établir les résultats au gré de sa friponnerie 'OU de sa probité (1).

Telle .était la situation des républicains , lorsqu’ils eurent à soutenir le choc des insurgés et *. * . ** de l’émigration- appuyés par l’Angleterre. J’ai

souvent , et avec raison , entendu vanter le génie du jeune général en chef qui commandait l’armée des cotes de Brest, mais c’est à peine si l’on s’est souvenu , à l’occasion de ces événements, que Daru, plus lard apprécié de Bonaparte, se

(l). L'escompte courant pour un Louis d’or était de 50 livres , en optre de ladilférence do la' valeur qui était de 2-'i livres à 1^000 livres. --—On payait, dans ce moment, 40 livres la livre de sel, et 40 sous le blanchissage d'une chemise. ' . . . ■“

86 lirBE ^EUVIÉBB.' — .CHAP. HT.

trouvait alors an milieu de nous en qualité d’ordpnnateur en chef, chargé, depuis un mois à peine., du sen ice dont il vient de nous offrir uu tableau si désespérant.

Mais Belle-lsie, comme poste militaire , inquié* tait surtout Hoche et les' représentants:- une lettre écrite à .Guermeur par Daru ,sous la^date du 24 prairial, porte qu’il est parvenu à faire verser, dans les magasins de Lprient et de Quimper,* près de 3,000 quintaux de blé, qui sont déjà rendue à leur destination , ou en mesure de fèlre. Son activité ne se ralentit pas, et assez heureux pour im*' primer à ses .agents le zèle et 'l’énergie qu’il déployait dans son service , il eut bientôt réuni assez de subsistances à Vannés, à Bennes-, à Lorient ,pour que Hoche pût se porter bientôt librement sur Quiberon avec la masse de ses forces.

Tout annonçait, en effet,* que ce moment ne . .devait pas être éloigné, et les ordres de Hodhe, qui se tenait constamment à son quàrtier-'général de Bennes depuis la reprise des hostilités , tendaient tous à réveiller l’active vigilancé de ses chefs de corps ,. en reportant leur atfention vers la' garde des côtes et la défense des places.,' qni , comme celle de Lorient, semblaient déjà travaillées par les sourdes menées de' l’ennemi.

lA BÉTOIUTIOIÎ E5 BBETAGHE.

I A celte ëpoque, les relations de Puisaye et des princes avec le cabinet de Londres avalent pris une importance inattendue. Toutes les espérances que ce cabinet avait fondées pendant long-temps sur les opérations militaires de la Hollande et de la Belgique venaient en effet de s’évanouir : ces deux pays étalefit conquis. La Prusse avait souscrit une paix solennelle avec la république ; l’Espagne en était des pourparlers de la même

na.lurc,, et l’Allemagne seule semblait vouloir persister à continuer une lutte que les autres nïem-

• bres de la coalition abandonnaient , ou désespér

raient de pouvoir soutenir. L’Angleterre forma , -

dans ces circonstances, une alliance avec l’cmpe-

' reur François II, qui eut pour objet do seconder - î», .

celui-ci dans la guerre ^qu’ll allait avoir seul h continuer. L’une des clauses de celle alliançefut, à ce qu’il paraîl, en oulre des subsides que le ca- . .

binel Jonglais devait fournir, que ce même cabinet seconderait de tous ses, moyens l’exécution depuis long-temps projetée d’un déborquement sur les ' ,

cèles de France, assez formidable pour forcer la ’ <

république à reporter sur les points menacés une , ' /

Page 1