IIVBE JSKUTltMK. CHAP. III
hciir de rencontrer les lirigands. Ils ont été joliment frot- J(Js. Ils étaient de 3 ù 4000 hommes. Une colonne, venue de Pluvignicr les a menés de ce point jusqu’à Landaul. , Une autre colonne les a pris. dans ce dernier endroit et les a canduits jusqu'à Brenoe devant Mendon, en passant par le pont de Cranic. Ils ont tenu environ cinq quarts d heure; mais, au bout de ce temps, ils ont ftii et sc‘ sont mis en pleine déroute. On les a poursuivis jusqu'à • la mer. » ' ♦ • ' *
' D’une autre part, Brue en arrivant lul-inème à^'Landevant par la route d’IIenn’ebont avec le {jénéral Chabot et 1000 hommes avait rencontré l’ennemi et l’avail refoulé depuis Brandérlon.
Cependant les chouans .et les troupes '^e dé- ^ barquement restés dans la presqu’île de Qulberon s’étaient rendus maîtres du fort Penthièvre et dos batteries énvironnantes. Le drapeau'blanc y flottait, allié au léopard anglais, quand Hoche arriva à la hauteur.de Carnac. Mais déjà des redans^ des fossés , des palissades ; avaient été ajoutés aux fortifications que les républicains, avaient été obligés d’ababdonner. Voici comment Brue, par une lettre du 19, rend cômpt.e de l’arrivée de Hoche
sur les lignes ennemies. ^ ;
R Le général en chef cl moi avons rejoint l'armée hier
malin à 4 JieureS dans la lande de Ploesnel , près Auray ;
peu de temps après, elle s’est mise en marche. Elle a été. » • . «O- • ’ • ■ r
■ LÀ. BBVOLÜTIOH , ES BBETAGHEi 111
sans rcnconlrc jusqu'à Ploubarncl et Carnac; mais là clic a trouve l’ennemi. Du premief endroit où il était, jusqu'à Quiberon, U a été poursuivi par le général Humbert , mais le fort nous a empéebés d'aller plus loni,cl nous a forcés de nous retirer snr la falaise. A Carnac il n’y avait qu'un petit poste; il a été bientôt enlevé çt sans dilliculté. Des divers côtés il a été tué à l'ennemi beaucoup de monde/- nous n’avons perdu que très-peu d’bommes. Ce matin, à 2 bc'ures, l’ennemi est venu nous attaquer^ il a'élé, comme de raison, bientôt repoussé. Nous lui avons encore tué- quelques bomracs, et nous n’en avons perdu •que deux.
» Les brigands sont dans Quiberon: il paraît, d’après les rapports qui nous ont été faits, que les chouans réunis à eux forment un total de 15 à 18,000 hommes; dans ce nombre il peut y avoir 5 à 6,000 émigrés. Hier les républicains ont pris un obusier, des obus, des armes, des habillements; aiijourd'htii l’ennemi était si pressé de so retirer, qu’il lui*a encore été pris un caisson chargé de munitions, aux armes du roi Georges, et quelques chevaux.
» Les chaloupes canonnières de l'ennemi n’ont cessé ce matin de tirer à terre pendant l’affaire ; mais, jusqu’à présent, je n’ai pas appris que leurs coups nous aient été. funestes. Le général en chef met la plus grande activité etla plus grande bravoure. C’est lui môme qui va reconnaître son terrain sous le feu de l’ennemi et en avant de tons les tirailleurs. Son zèle et scs soins nous garantissent une victoire 4clatànte avant peu. Il y a 10 jours que les’ émigrés sont à Quiberon : nous n’avons pas de connais-»
112 • lltlE" BEÜVlJSHB.’— CHiP. UI. , '
sancc de ce qui s’y passe, mais nous voyons une grande agilalion dans, la flollc anglaise; tous les bâlimcnls sont presque toujours à la voile ou prilts à s’y.inetlre. On dit que les émigrés ont fait, -il y a deux jours, reniliàrqncf Iciirs femmes et leurs enfants ;' il y a beaucoup de personnes qui pensent qu’41s ne.tarJcrorft pas .'i en faire autant malgré les exortations et la présence de l'évéque de Dol, du curé de Saint-Malo et de plusieurs autres calotins. — Nos canons , cl surtout ‘nos obusiers^ ont ce . matin fait merveille et déconcertent furieusement les chevaliers français et leurs écuyers. »
Puisaye- el les autres chefs dé l’éinigralion ainsi rc.sserrés ’ dans des ligues élroites, embarrassés de la masse des chouans et des habitants qui sjélaient ralliés aux troupes de débarquement, ne tardèrent pas à sentir qu^ils avaient 'commis ' une énorme .faute en se laissant acculer à des sables où l’eau et les vivres leur manquèrent promptement. Les chefs qui , comme Georges et Mercier, avaient d’ailleurs jusque-là tenu la campagne les armes à la maiiî, et que leur infîme origine avait seule fait consentir à servir en sous- • ordre, ^ne tardèrent pas à manifester un'mécontentement qui passa rapidement dans les masses, qu’ils dirigeaient (1). Il y eut, .dès ce moment^
(1) Il n'etif personne un peu'au courant des désastres
LA BÉr'oLUTIOn EN BRETAGNE. 113
défiance cl division dans le camp des rebelles, et ce fut sans doute autant pour combattre ces malheureuses dispositions, que pour réparer, s’il était possible , la faute commise dès le prin-
qu essuya rannéc royale à Quiberon , qui ne sache en effet que de basses intrigues, des jalousies , mais aussi de justes mécorilcnteinenls paralyaèrent dès le principe, .les projets de l'insni rectian. La première faute commise dans ce sens par le cabinet anglais , fut d’avoir rendis au comte d'Hcrvilly , oflicier à sa solde , la' responsabilité du débai'quement , et d'avoir ainsi , en quelque sorte , lié les mains au commandant en chef de l'expédition, qui n'entrait dans la plcmitude de son commandement, qu’une fois A terre. Apri's le débarquement, d'Hcrvilly,. comme oflicier anglais, se crut encore en droit, pour satisfaire à sa responsabilité-, de ne point sé départir de la direction spéciale des émigrés soldés par rAngIcterre, les regardant comme nn corps auxiliaire (lont il devait toujours compte : cette nouvelle prétention perdit tout , et l'on ne saurait nier que , pour le débarquement et les premières opérations , les plus fi'icheux mal- . entendus n'aient résulté de cette circonstance. Le peu
• d’égards que' les émigrés témoignèrent pour les bandes
* de Georges et de Mercier , et pent-étrè aussi la secrète jalousie de ceux-ci , qui devaient tout A leurs armes , achevèrent de jeter le trouble dans les rangs de la cause royale.
tl4 LimiJ RRCVliilIR. CHAP. îît. '* * '
cipe h l’ëgard des colonnes de Vauban , de Tin- ■leniac et de Dubois-lîerlhelot , que l’on avait retenues au lieu de les laisser percer h l’intëricur , qu’on résolut en conseil de tenter une double diversion sur Sarzeau et le Finistère. De Tinteniac , ayant sous ses ordres Georges , Mercier , d’ Allègre J le vicomte de. Ponibellanger , le chevalier de La Marche , le marquis dè Bnsnel , le . comte deGuernisac et plusieurs autres , s’embarqua, dès le soir même avec 5,000 honlmes sous la protection d’une corvette anglaise , et se' trouva le lendemain en mesure de descendre sur la côte de Saint-Jacques, près de Sarzeau. Les ordres donnéit h Tiufeniâc étaient, disent quelques écrivains royalistes , de se porter sur Baud , afin d’y faire sa jonction avec Jean-Jean et Lantivy , qui raient ,* ’de leur côté , être dirigés vers Qûimperlë ét Pontaven , avec une deuxième colonne de 4 à 5,000 hommes, dont la marche par GuiscrifF elles environs du Faouët.semblait également assu-r rée à Puisaye et à ses conseillers. Ainsi réunis à Baud , ces deux colonnes se seraient portées rapi-, ' dement vers le camp de Sainte-Barbe, auraient pris Hoche à revers et^l’anraient ntis entre deux' ' feux. - ' .
Mais ici encore il y. eut erreur et faux calcul
TA Ri^roumov en bbbtackb. il5
de la pari des émigrés. On peut suivre en effet la Irace de M. de Tinleniac jour par jour; et, sur le rapport circonstancié de l’un des hommes .de sa colonne qui vint bientôt faire sa soumission, je trouve qu’après avoir tourné Vannes, avoir surpris Elven , y avoir fait fusiller une cinquantaine do républicains, il fut tout à coup arrêté h Josselin , où , malgré le nombre de ses hommes s’élevant déjà à plus de six mille, il ne put réduire 200 républicains embusqués dans le château qui le tinrent en échec pendant quatre heures. Une nouvelle colonne de 400 hommes s’étant montrée, Tinleniac fut obligé de passer outre. Le lendemain , lui et les siens avaient gagné l^e château de Coétiogon, où les darties de lioi.shardy et de Guernisac l’attendaient pour le ravitailler. Mais 800 républicains qui épiaient sa marche, le joignirent et l’attaquèrent brusquement au moment où il était à table avec les gentilshommes dont il avait formé son état-major. Heureusement pour lui que Georges et Mercier, qui n’étaient point des conviés, se trouvaient à la tête de leurs hommes et purent soutenir le premier choc do l’ennemi. De Tinténiac , poursuivant un républicain , fut cependant tué. De Pontbelianger acquit ainsi le commandement , se lo-
< (6 IIVBS HBVriÈVI. . — CHAP. III. ,
{^'en lin instant dans Quintin et poussa jusqu'il Chatelaudren , d’où il se repliait, quand la nouvelle des désastres de Quiberoii lui parvint. Mais ne ressort-il pas suffisaimnent de la marche de. Tinténiac et de celle de Pontbellanger, que ni - 1 un ni l autre ne songèrent sérieusement à gagner Baud , soit qu’agissant h leiir guise , ils dédai— . gnassent les ordres de Puisaye, soit qu'ils eussent ' reçu, comme on Ta dit, des -ordres secrets et ' contradictoires de la faction de Paris' et des agents de Louis' XVIir, ‘que Puisaye ne cesse de pré- senter comme, contrariant^ sous, main ses .projets les mieux conçus. Qnant.à Jean-Jean et à Lantivy.» qui furent portés presque simultanément*, à l'aide, des vaisseaux anglais , vers l'embouchure de Ta petite rivière de Pontaven , je trouve encore dans les faits et dans les dates une réponse .péremp- ' toire au plan que les .écrivains royalistes semblent ainsi se tracer après coup avec une complaisance marquée. C’est que l’expédition de Jean-Jean et de Lantivy ne complétait .son* débarquement à ' Nevez que le 28 messidor, le jour même où* Puisaye et les émigrés de Quiberon résolvaient une dernière attaque . contre le camp de Sainte- Barbe , pour sortir des lignes où Hoche les avait ' enfermés. Ou le plan dont les historiens royalistes .
■ ■' pigi(ized by Of)Og[e
IA BÉVOUJTIOIf EU BBETA65K. 117
se font un mérite, en rejetant leur défaite sur son inexécution, n’a donc pas existé, ou le général en chef et ses lieutenants n’ont tenu ni les uns ni les autres à le suivre.
Ces deux expéditions eurent au reste le mémèsort. La première , après avoir prélevé sur les patriotes de Quintin et do Chatelaudréh, une contribution extraordinaire de 140,000 liv. , se dispersa à la nouvelle des événements de Quiberon, comme nous venons de le dire ; et ^ pour fuir avec plus de sûreté, elle se débarrassa, eu passant sur la chaussée d’un étang, d’une partie de ses, armes et de ses uniformes anglais. — La deuxième, forte de 15 à 1800 hommes, venue sur des chasse-marée qu’accompagnaient des canonnières anglaises , opéra sou débarquement sur la côte do INevez, près Ponlaven, le 27 mcssidorau soir. S’étant emparée des batteries de la côte, elle avait atteint la hauteur de Pontaven dans la . journée du 28 , et s’y était logée , quand le gé-' néral^ Rey et les représentants Guezno et Guér- • meur, qui s’étaient rendus dans la nuit de Quim perlé h l’embouchure de la rivière de Pontaven , donnèrent l’ordre au capitaine lliiard de passer cette rivière avec 300 hommes , dans le but de se porter rapidement sur les derrières de Pon-
118 £iru BÿoviiMB. — chap. ui.
' taren. lï’ennémi 'fat en effet surpris dans cet|e ville an moiueat où il s'y ravitaillait. La fuâllade • s'engagea avec quelque activité , mais sans résokir'^ tion soutenue de la .part des rebelles. Treale ^des leurs réstèrent sur le champ de bataille , et le reste, se dirigeant par le Trévoux, Melbo, Trémeven et Arzano , atteignit , dans la ni^ etià-. vante, Plouay, d'où ils gagnèrent facilement l'iii> térieur du Morbihan, sians que les colonnes pai^ lies de Quimper, de Lorient,. de Quimperléeti^
’ camp de Guidel , eussent pu les rencontrerr , Prises an' dépourvu-, chacune des places de Quini' per, de Quimperlé .ou de Lorient aurait pu en quelque .sorte , et au choix de l'ennemi, être oc- ‘cupéo par lui. Elles n'avaient d'autres forces pour les -protéger que des dépôts, de compagnies ter-^ '.ritoriales ou des détachements' de garde nationale composés d’hommes qui ' n’avaient pu être . hiobilisés. Mais , soit hésitation ou défaut de rcu- ' seignements , renuemi ne songea même pas à attaquer Quimper qui renfermait 540 prisonniers anglais et n’avait pour toute '^gamison que 1^0 hommes. Il évita également Quimperlé et se trou- . vait déjà en pleine déroule à la seule annonce de rarrjvée du général Meunier et des patriotes de
• tA BÉ?01im0H EH BBETAGHB.
Loi'ient qui s’tUaient mis en mouvement avec la plus louable résolulion (1).
Mais , avant de préciser les résultats de la journée du 28 messidor à Quiberon même , rentrons un instant dans le camp de Hoche. Le représentant Guezno, qui, avant son départ pour Quimperlé et Ponîaven , s’était assuré avec les troupes de Josnet du cours de l’Etel, en refoulant les chouans qui lors du' 'mouvement . de Hoche vers la presqu’île, cherchèrent h s’en éloigner , venait d’arriver au camp de Sainte-Barbe. La conliance du général dans le représentant Guezno était entière , ainsi que nous l’avons ‘déjà dit au sujef des mesures prises par notre compatriote pour* le rétablissement du culte. Leur rencontre fut donc cordiale et ouverte , et Hoche se plut à lui exposer ses projets d attaque ' contre lés rebelles; 'il ordonna en même temps
(1) Pour rendre un compte complet de cet épisode do l’afTairc de Quiberon , et pour faire connaître en môme temps l'émoi et l'embarras qui s'empareront toujours des . administrations civiles dans ces . Circonstances , nous renvoyons aux pièces justificatives deux lettres écrites au moment do la crise par les administrateurs do Quimpcrlé. (Voir les n.®‘ 58-ct Ô9.) • ,
lltBB HBUVlfeHE. CHAP.
une prise d’armes h toutes les troupes^ du camp , et s’ëlant mis en devoir d’en examiner les lignes avec le représentant, escortés de 25 chasseurs, ils se portèrent ensemble aux avant-postes que commandait le général Humbert. Quelques coups de canon furent tirés du fort Penthièvre sur le . groupe nombreux des chefs qui parcouraient- ' . ainsi les batteries que les républicains avaient ^ masquées à Taide des meubles que la. masse des ' habitants, et des chouans avait abandonnés en.* 'quittant leurs villages. Les tirailleurs de -Humbert supportaient .cependant avec impatience le .feu de l’ennemi, et plusieurs ,' cachés dans les' dunes , lui risposlaient , quatfd Hoche se retour-^ nant vers Humbert , lui dit : Pas de ces jeux- ’ là: laissez ces Messieurs.^. tirer tant .qu’ils 'voudront ; jé ne veux pas qit'on les familia- -rise avec le feu , nous les' retrouverons plus tard .. — Le représentant et le général en -chef se retirèrent et passèrent la nuit dans une étable étendus sur la paille. Le lendemain matin Guezno demandant à Hoche ce qu’il devait , écrire au '
■ Comité de Salut. public^ le général lui répondit ; '
-r- Vous voyez -ces caAonnières qui sont'
embossées sur la falaise ^ je ne puis passer '' • ■ ' • * *• • * '' * .
. sans pef'dre la majeure partie de mes gre-
■ ' IA BBVOLUTIOH Elf BRKTAGHE. 12!
nadiers ; mais dites au Comité de Salut public que dès que le vent, s'élèvera à la tempête , et que ces batiments s"éloig?ieront , f aurai chassé ces Messieurs de 7io>re sol.
Hoche , qui avait renfermé ses troupes dans ■' des lignes fortement retranchées, attendit donc. — Le 28 messidor, ainsi que nous l’avons dit cependant , devait ôtrç témoin d’un premier combat qui allait décider eu quelque sorte du sort do l’expédition. Hoche se trouvait absent du camp , lorsque, le 27 au soir, deux transfuges arrivant des lignes ennemies prévinrent le général Le Moine que les émigrés devaient l’attaquer le lendemain. Dès la nuit du 27 , M. de Vauban , ac- >
compagne du commodore V\^aren , s’élail porté avec deux mille hommes, vers l’anse, de Carnac , en, vue d’inquiéter les républicains sur leur flanc et de faire diversion à la principale attaque des lignes de Sainte-Barbe.. Le lendemain 28,.M’aubc du jour, le principal corps d’opération, dirigé par Puisaye et le^ comte d'Hervilly , que nous avons rencontré plusieurs fols au comméneement de la révolution h Bennes et iNantes, se dirigeait, en effet, sur trois colonnes, vers le camp de Sainte-Barbe. Humbert , qui était aux avant-postes, parut ne pa,sjernr ; et , se repliant,
122 llvaS'HBüVlfejlE. CHAP. 111 . '• ^
suivant l’ordre .qu’il en aVait reçu , il attira ainsi l’ennemi jusqu’à portée de pistolet des lignes républicaines. A ce moment , quatre batteries se démasquèrent et croisèrent à la fois leur feu sur les colonnes serrées de l’ennemi. Celles-ci s’ébranlèrent , et leur retraite décida bientôt une déroüte complète que la cavalerie* acheva de consommer. Soit calcnl bu inadvertance , Hoche , qui était absent, ne porta la perte de l'ennemi qu’à.35Q* morts et l’abandon- de cintf pièces de. canon ; mais les écrivains royaliste» présents parlent de 12 à 1400 hommes mis hors do combat; parmi lesquels le comte d’Hervilly^, qui succomba à ses blessures ; le eommandeur de la Laurencie , frèrede l'ancien évêque de Nantes, qui eut les deiix'^
jambes emportées ; MM. de Talhoqët, de Melaise, de Saint-Cren^ de ' Cillard , . de La llophe^ de Kerouarlz, qui tous moururent* sur la place. L'a .journée cependant eût- été encore plus fatale aux émigrés , et peut-être décisive , si les bâtiments • jegers qui avaient un instant favorisé la diversion
tentée par le comte de Vaüban dans la baie de Carnaç, n’élaient .revenus à temps pour empêcher les .généraux Le Moine' et Valleteaux de. franchir la dune qui fermé l’entrée de la presqu’île. ‘ , .
lÀ BÉVOLCTlOa EK BRETAGKE.
Dès ce moment, toutefois, leur position devint chaque jour plus critique. La seconde expédition , commandée par le jeune comte de Sombreuil, avait été signalée à Puisaye la veille de l’afiaire. Sombreuil lui-même s'étail'fait mettre à terre pour offrir ses services ; et , dès cinq i heures du soir , près de 3,000 hommes , qu’il commandait , étaient en rade. Pourquoi la coopération de ces nouveaux combattants , la plupart aguerris par les campagnes de Hollande ut d’Allemagne , ne fut-elle pas acceptée ? C’est ce que nous ne saurions dire ; mais toujours est-il que les écrivains royalistes so sont accordés pour taxer le refus de Puisaye , les uns comme un acte de basse jalousie ; les autres, plus indulgents, comme une faute impardonnable. Tout nous porte à regarder xe jugement pomme fondé , et si la 'cause de l’émigration, dans cette circonstance, dut espérer quelque chance de succès , il est manifesté que ce ne devait être que par la coopération successive des deux divisions attendues, l’une que commandait Charles de Sombreuil , l’autre que 'le comte d’Artois dirigeait, et que son titre de prince du sang, si ce n’est sa bravoure, devait rendre formidable (I). Mais , si déjà
(i) A eps dires, Puîsafc objecte que la pacificaÜon
l'îùjilé'
<24 IIVRB RBTJTIBHE. CHÂP. lli:
la jalousie et les basses passions avaient fait naître
une funeste division entre les émigrés et les chefs de chouans , on peut juger à quel degré cet esprit de défiance et de mauvais vouloir fut bientôt porté par suite des fautes commises ou des désastres essiiyés depuis qu’oii s’était laissé renfermer dans la presqu’île de Qiiiberon.' La défen«* sive dans une 'place, dépourvue de ressource et encombrée de bouches inutiles , -fut donc- désormais la position réelle de l’émigration. Hoche , 'ce jeune et valeureux général, aü coup d’œilélevé , aux mesures sagaces et promptes , aïi cou-' rage froid et réfléchi , mais brûlant et irrésistible, né devait. plus les. perdre de vue: il avait oGBciellement annoncé au comité de salut public que le premier vent d’ouest qui s’élèverait avec
et les conférences de la Mabilais surtout avaient jelif le trouble dans le parti royaliste, et qu’il avait dû en cons'équence agir, avec le • plus de promptitude possible. Que, d'une autre part , le cabinet anglais, ou quelques-' uns de ses membres , s'autorisant des actes publics de la Mabilais , alléguaient que, dans le cas d’un 'revers. , le parlement pourrait les accuser d'avoir entrepris l’cspé-. ditioD dans un temps inCporlnn ; et que celte circonslance l'avait encore obligé à appareiller le plus tôt possible avec les forces niiscs à sa disposition. '
LA BÉVOLtJTIOK EH BRETAGNE. 125*
force , cléciclerall de leur ruine. — Voici ce qu’il écrivait le 30 messidor au soir au général Drut , arrivant au camp pour y élever une batterie qui devait battre en brèche le fort Pejitbièvre. — « Ne mangez , ne buvez, ne dormez que la batterie de 24 ne soit établie. Il est de la plus grande importance, mon cher général, qu'elle soit prête à battre rennemi demain malin. » — Le feu s’ouvrit , en ciTet , le lendemain contre le fort Penthièvre ; mais ce ne fut que dans la nuit du 2 au 3 thermidor , par un temps affreux , avec des vents forcés et une pluie battante , que l’attaque générale fut résolue.
Les deu.\ représentants Blad et Tallien , membres du comité do salut public , tous deux cn- . voyés extraordinaires près de l’armée d’opération, étaient arrivés au camp de Sainte-Barbe , le lendemain de' l'affaire du 28. Une revue générale des troupes avait été passée le 30, et chacun se disait è l’oreille que le grand coup' ne tarde-rait pas à être porté. — Les dispositions d'attaque se trouvèrent en eifet réalisées dans les journées du.l," et du 2 thermidor; et, dès la 'nuit suivante, h 11 heures, toutes les forces républicaines se mirent en mouvement vers la presqu’île. Des transfuges du régiment d’Hervilly qui
I2G V LIVRE KEOVllîME. CHAP* 111.
formait la garnison du fort Penthièvre , avaient ' fourni à Hoche des renseignements sur la possi- ’ * hilité de tourner les ouvrages avancés de l'ennemi et d’arriver par la plage au fort même , où les prisonniers français, retirés des prisons d’Angleterre et engagés contre leur gré , no. manque- ; raient pas de livrer' la place. — L’adjudant-général Ménage , avec deux cènls grenadiers , reçut l’ordre de se porter sur ce point et d’escalader le roc sur lequel s!appuyait le fort., en 'même temps que les généraux Le Moine , Vallelanx et Humbert attaqueraient de front les ouvrages que l’ennemi avait hâtivement con.struits à l’entrée .de
la presqu’île. Il y eut un moment de confusion
dans les colonnes républicaines , et le temps était
si mauvais, l’obscurité si profonde, que Hoche '
ne parvint qu’avec, les pkis grandes difBcultés à • •
* régulariser leur mouvement. Mais cette obscurité,.
.le bruit des flots et de la tempête , dont les mu-. Agissements endormaient l’ennemi , favorisèrent / l’expédition de Ménagé. Il atteignit sans, être dé-; 'couvert la voie que lai- avaient indiquée les transfnges ; et parvint , sans coup férir , dans l’enceinte du fort. Ceux des Français , prisonniers de guerre, " qui avaient suivi l’émigration à contre coeur, 'se . joignirent aux républicains et .les aidèrent à désar^
Didilizcc: Cocj^lc
lA RÉVOtCTIOS EN BBETAfiNK.
mer ou à culbuter ceux qui tentèrent de faire ivhistance. Les couleurs nationales se trouvèrent , aussitôt substituées h celles de l’émigration ; et , de ce moment, le cpmbat ne, fut plus douteux. Les royalistes placés aux avant-postes, et qui n’avaient point cessé de tenir en échec la masse des républicains, se .trouvèrent h la pointe du jour placés entre deux feux et forcés à une retraite précipitée. Les troupes de, la division de Som- . breuil, cantonnées dans la partie la plus reculée de la presqu’île, étaient composées de plusieurs régiments; mais, plongées dans le sommeil, elles * n’avaieiil pu prendre part h l’action, et elles se i ralliaient h peiue, que Puisayc, chef reconnu de l’expédition , avait déjà abandonne le champ de . bataille pour regagner la flotte (1). De sorte que ^ i__ — ^ ^ ^ — ! j — a L
(i) ?tous n'avons pas besoin, de dire, sans doute, que Puisayc ne manque pas, dans ses mémoires j d'ex- . dises et de raisons longuement déduites pour motiver sa 'fuite à bord de la floUc anglaise. — Lee principates sont l’obligation où il se tronva, dit-il, de mettre en sûreté les papiers et les secrets de l'expédition , en même temps que l’indispensable nécessité, suivant lui, de s’entendre avec le commodore Waren pour faire approcher de la côte les canonnières et les bâtiments légers de la flotte qui pouvaient seuls arrêter lés républicains........
-128 LIVBK KBC.TlfellS. CHAP..ÎII.
' ‘ ♦ -, * le jeune de Soiùbreuil , en se repliant des^ avant*
postes sur celles des compagnies qui se formaient
au bruit du canon, n’eut autre cho&e à leur an-
noncer que la nécessite où ils étaient depé<-
rir! — El un dernier cri de vive le Roi! se lit
eiitendi'e dans^ les tables de Qiiiberon — La
confusion cependant devenail grande , les fuyards, les femmes, les enfants et tous ces paysans 'réfugiés qui avaient rendu la position des émigréssi difficile , se précipitaient sur les hommes' ïir-
J\ous '(levons le dire toutefois, jamais ces cxciises n'ont pai'U d’un grand poids ans iiommes tic son parti,' et si nous avions à examiner sa c(>nd(iitc militaire dans ■CCS circonstances, nous ajouterions- qu’il est d’un autre efite fort étrange qiie'Puisaje se trouvAt au fit avec ses aides -de-camp au moment de la prise du. fort ,-'qnand U nous apprend lui-même que, dans la journée du 20 juillet (2 thermidor) il avait eu connaissance de la fuite des transfuges qui livrèrent le fort, et qu’il av'ait aussilêt répondii que ce n!était qu'à basse mer et par les rochers de l'Ouest qu’ils avaient pu déserter ; ce qui l'engagea ,ajoute-t-il , à'faire mtilliplier les patrouilles sur la falaise, à faire doubler la surveillance sur ce point, à en faire approclier les canonnières de sir Waren, etc. , etc. -r- Comment donc Ménage et ses 200 grenadiers passèrent-ils sans être aperçus ? * ^ ,
• X.A BKVOLUTION EM BRETAGME. 129
inës*et les côlonnes encore en état d’offrir quelque résistance. Arrivé jusqu’au fort Penlhièvre , Hoche , qui a promptement apprécié la position de l'enneiTii , et qui pense avec raison qu’il songera h se retirer vers le fort neuf et le port d’Orange, afin de communiquer avec la (lotte, fait filer plusieurs colonnes le long de la plage et force bientôt Sombreüil et le reste des combattants à mettre bas les armes.
On a souvent dit , et l’on répète encore aujourd’hui, qu’il y eut alors une capilulaiion non écrite, mais verbale entre llocbe et Sombreuil , et que ce fut à cette seule circonstance que les émigrés cédèrent, en remettant leurs épées, au lieu de se . faire tuer les armes k la main.
A Dieu ne plaise que nous nous mettions en quête^de détails et de documents nouveaux pour l’ignoble et seul plaisir d’imprimer un stigmate-*-’ au front des uns ou des autres. Sous toutes les-, bannières et dans tous les partis, les Français ont montré qu’ils savent mourir, quand rhonneur l’exige. Mais il y a ici , ce nous semble , un ' aspect sous lequel cette grave question de la capitulation n’a point encore été examinée : nous reproduirons, dans le chapitre suivant , avec les dé- ^ tails entièrement nouveaux que nous nous sommes > ■’ ‘ ^ 9* 7“ 5-* VOL.
LIVBK ItEDVIÈMB. ■ — CHA?. HI. *
procurés sur la condamnation et la mise à mort /' des émigrés de Quiberon , les documents également inédits qui nous paraissent trancher d’une ’ manière péremptoire la question de la capitulation. • • ' . ■ • . '
Qq il suffise donc , pour le moment , d'ajouter '' .'que, le 3 thermidor an soir., Hoche et les repré- ^ sentants Blad et Tallien se rendirent à Auray.
«' Victoire complète, écrit, Bosquet , membre du departement, à ses collègues de Vannes. 'Jloche est ici ' (Aùray). Les représentants arrivent , et avec eùx'4 è'5000' prisonniers, évéques , prêtres , altesses , marquis, comtes,
• barons , etc. » ’
A 11 heùrés do soir, même jour, 3 thermidor , le général et les^représentânts étaient à , . Vannes. Tallien en partait pour Paris le lende- •main , à 4 heures do matin. - .
' Mais reprenons, pour un instant, jejonrnal ma- ' noscrit où l’on des administrateurs du Morbihan consigna tous les détails de cette grande journée et de quelques-unes de celles qui la suivirent :
* - U Vaaoes , 5 thermidor. .
' K » Le général Hoche est entré à 1 administration dépar- '
• tementale ,' et a .donné la note qui. suit sur l’expédition de
Quiberon. . • .
* n Dans la journée du 28 messidor : 700 blessés trans- ' portés par les Anglais à Houat ; plus,. 50.0 morts, ci> hors
Digilized bÿ Goog I
tA HÉVOLUTIOir BIT BIlETAGIfB,' 131
dé combat 1200 hommes.
Dans la journée du 3 thermidor 150 tués.
♦ Prisonniers: Officiers émigrés 278
— Soldats émigrés . 260
Habitants de Toulon. .... 492 .
Prisonniers enrôlés de force. 1632 * ‘
Chouans on cultirateurs en*
traînés 3600 ’ ^ ♦
Il s'en est embarqué environ
,200 sur des bateaux, des- . . .
quels la moitié au moins a ' t : .
péri, ci. ^ lÔO '(1)
Au total, non compris les femmes et ' les enfants' qu’on a laissés échapper. . . . 7712 ^ ''
» " BT
(1) Une lettre 'd'un nommé Sénéchal, directeur de T . 1 ambulance, aux administrateurs de Vannes, portait : qu'il ne s‘ était guère embarqué que 200 chouans, èt que le reste avait été tué ^ noyé ou fait prisonnier.'
Quant à ce qui est du feu de la flotte sur les émigrés qui durent y chercher un refuge , je ne trouve rien qui .
•' , constate ce fait; mais je vois par les rapports de Hoche > et de Tallien, ainsi que par le récit des émigrés qui échappèrent à ce désastre, que des bâtiments .anglais, ' et la corvette V Arc entre autres, tirèrent sur les répu- • ■ blicains, au moment où ils forçaient Sombreuil dans sa dernière retraite ; ce qui semble expliquer les paroles . ,
de Hoche qui portent que Sombreuil et les siens ont été
LITBB BBCVIÈIIB. CHAP. III.
' » Hoche nous a communiqué une lettre des commis-
saires chargés d'apprécier le butin fait sur 1 ennemi: ils estiment que ce butin, y compris les cargaisons de deux bâtiments qui sont restés dans le port, peut alimenter une • armée de cent mille hommes pendant une année. La résistance particulière des réfugiés de Toulon avait mis notre principale colonne en désordre. Hoche l'a ralliée et dit* n'avoirperduqu’une vingtaine d'hommes(l). Les tirailleurs
pris tur un rochtr en présence de t escadre anglaise gui firait sur eux et sur les rffpublicains. — Que les Anglais cependant aient fait, dans cette circonstance , tout ce qn'il était possible de tenter pour, sauver les débris de l'armée royàle-çatholique , je ne le crois point , et il me' semble que leé paroles suivantes extraites des inslmc-, tion» données à sir Waren par les coi^missaires de Tami- ^rauté méritent une certaine considération : --- a Nousvous autorisons et nous vous ordonnons de les débarquer si M. de Puisaye vous requiert de le faire ; quand ' bien même il aurait été décidé de ne pas tenter le débar- ' quement de la totalité des forces sous votre escorte. » , — lï’est-ce pas que l'Angleterre voulait surtout se débarrasser dès émigrés et des réfugiés français qui obéraient . son .trésor? ' " -
(1) Un autre passage du même journal, daté du 3 thermidor, 6 heures du soir, est conçu ainsi qn'H suit: — '
« D'après Rousseau, qui ^ vu le champ de bataille, on compte iO à 15 républicains tués, et 306 blessés. Le brave Bota, chef de brigade, a eu le pied enlevé. '» — Cet ofi^ier mourut des suites de l'amputation.
LA 'BiT0I.VT10II BH BRBTA6HB. ' 133
évitaient le: feu de l'ennemi en se cachant clans les
trous qui se trouvent dans la falaise. Le général a dit
que les soldats étaient 'couverts d'or. et qu'ils couchaient
jusqu'à 25 louis sur le sable et les risquaient au dé. Qu'il
J a des volontaires qui ont eu pour leur part jusqu'à
800 louis trouvés sur les émigrés. — Plusieurs per-'
sonnes ont rapporté .que T... (sans doute Tallicn) s'était ^
fait'remettrè plus de 1600 liv. en numéraire métallique
et 3;000 liv. en assignats , que le même s'est saisi d'une .
tabatière ‘d'agate et d’irae .grande quantité do nitniérairo ,
en or trouvé*à. Quiberon le -3 de. ce mois.” On ne peut
douter que ces fonds ne soient par. lui destinés à être'
• • versés dans le trésor public..... .
•tk Biro&üTioir'iir kun^in. *
in
/ CHAPITRE ly.
«VITES DE l'aFFAIEE DE QV1BEE0E.*— OPiniOHS DES DEDX FÀBTI8 ET
DOCUMEETS 1HÉD1T8 SUR LA FREtEHDVE GAPITULATIOn ACCORDEE *. A SOJtBBEVIL^ PROCÈS-TERRAOX DES COyllIISSIOHS MI- LITAIRES. — DEB31ERS UOMEHTS DE .SOMBRRVIl ‘
■ ' ET DE L'ÉviçrE DE DOL.VaPRES LE AODR- • ' '
■ . BAL MANDSCRIT d'dH MEMBRE DE. * ’•
‘ ■ l'administratior DE - ■ • ‘
' V . J>ARTSHEHTALX. . *
Nous ne craignons pas de le- dire , les ëvéneinenls de Quiberon ne .sont pas connus, et l'esprit de parti en a , jusqu’à ce jour , altéré la vérité. Ce n’est pa^ que. des mémoires étendus , des volumes, des plaidoyers nombreux aient été pu^' bliés sur'cette; fatale époque ; mais un seul de cèâ volumes ou de ces mémoires a-t-il paru sans avoir pour objet de défendre une cause ou l’autre , de
Dkiiîi^ed by Googlc
136 • ^ MVBE KBBVlfemJ!) CHIP. IV. ‘ ■
servir un paorti ou des intérêts privés. Ni Puiëaye , ni de Beaachamp, ni M. de Bourniseanx , ni M. de Villeneuve-la-RochcrBarnaud , ni l’anonyme que nous connaissons aujourd'hui pour être M. de - Chaumâreix (parce, que nous possédons son ma-, nuscrit même) (i)ne peuvent êlrè regardés comme des juges compétents, bien -que plusieurs d’entre.
^ eux aient été témoins de ce grand désastre. Il fallait, 'après avoir recueilli les plaintes et lès .larmes de l’émigration', rechercher le témoignage des hommes qui’ étaient, au camp' de Sainte-Barbe, • la parole de Hoche et de ses officiers , le dire des < représentants et les récits tracés dans le moment par les nombreux agents de l’administration pu- /.blique qui prirent part aux événements. Or, nous avons trouvé' ou reçu en dépôt de nombreuses - < J - - - - ---
(t) M. P. Barrière, en publiant avec des rcctiBcatiôns le manuscrit en question dans un livre intitulé : La Cour et la faille (Dentu 1830), en attribue la rédaction au , chevalier de Pannat , sans nommer son véritable auteur. L’exemplaire, manuscrit que nous aVpns en main porte en tête: Relation de M. de Chaumareix (il commanda de^ ' puis la Méduse) , officier de marine échappé des prisons ~ cT Àurùy’et de P'annes . avec ifuel^ues dhservations . — Nous en dévons la communication à l’obligeance d’un de pos amis , parent du contre-amiral Boissauveur. . ' '
LA BÉyOlUTIOfl EN BRETAGNE.
pièces, derniers souvenirs de l’événement que nous avons h retracer. Nous en userons comme nous l’avons déjè fait des autres pièces qui nous ont été remises , c’est-à-dire , sans arrière-pensée , sans calcul au profit d’un parti ou de l’autre.
Soit, d’abord LA CAPITULATION, dont l'émijjra- . tion n’a cessé de se prévaloir dont plusieurs témoins, pris parmi les débarqués ont incessamment argué en rapportant les paroles mêmes que Hoche et Sombreuil auraient prononcées. — Que disent ils? — Le premier, !VÏ. La Roche- Barna ud , qui . appartenait au régiment de Bozon-Périgord , division de Sombreuil, dit, page 218 de ses haémoires, édition de 1824, que' Sombreuil,- refoulé avec un millier des siens sur les derniers rochers de la presqu’île , envoya un parlementaire à Hoc-be après avoir pris- l’avis de ses olficiers. Un instant après, Sombreuil et Hoche. entrèrent en conférence, et il fut garanti par la parole d’honneur dos deux chefs , continue M. La Roche-Barnaud : (J’te le comte de Sombreuil se dévouait et faisait le sacrifice de sa vie pour- celle de ses com-> ' pagnons d’armes renfermés dans le fort neuf; que tous les émigrés pourraient se remhar- ‘ quer ; que les soldats seraient prisonniers ' de guerre avec la facidté d'être incorporés
13,8 ’ IIVBB HETÎVIÈIIE.' — CHAP' IV.
'.dans les tronpes de la république dès que celle-ci le jugerait à propos, — Un pou plus loin , p. 2S4 , M. La Boche-Barnaud ajoute que Hoche , arrivant dans leurs lignes avec le comte ■ de Sonibreui) , leur adressa les paroles suivantes-,
• , qui furent répétées par Sombreuil:
vous allez vous rembarquer.,^ ; . -
Quant à M. de Ghaumareix , qui', ainsi que M. La Bocbe-Barnaud,,'s’échappa des prisons-d’Auray et assista à révénément,' voici son récit:
« M. de Sombrouil s'avança seul vers rcunemi, et lui lit signe de la main. La colonne s'arrêta. Lé géué^ ral Hocbc , qui la commandait, fil quelques pas, suivi de deux officiqrs de son état-major. M. de Sombreuil , élevant la voix, lui^dif: I^es hommes (jiie je commande . sont déterminés à périr sons les ruines du fort; mais~ si vous- voulez les laisser' se rembarquer , vous épargnerez le sang ‘français. ^ — Le général Hoche répondit :.Je ne puis permettre le remt^arquement ; mais si J. vous mettez bas les armes , vous serez traités comme prisonniers de guerre. — Les émigrés sont-ils compris dans cette Capitulation ? ajouta Sornbrêuil. — Oui, ditle général lloclic, tout ce gui mettra bas les armes , — ^ Après être convenu des termes de la capitulation, le général Hoclic 'demanda à JH. de Sombreuil son nom. Lorsqu’il l'eut entendu : Quant à vous. Monsieur, je ne plus rien vous pronjettre. ~ jéussi si est-ce pas pot^ •
‘ moi, répondit M. de Sombreuil , gne j'.qi'voulu capituler.
11 HÉTOIDTIOM EN BBETAGNE. 139
Je mourrai content , si je sauve la vie à mes braves compagnons et armes- » * ’
Et M. de Sotnbreuil , continue le narrateur , ëtant rentré dans le fort , lit cesser le feu des bâtimenls anglais et mellre bas les armes à ses compagnons d’infortune (1).
Ainsi qu’on le voit déjà.,, les récits de ces Messieurs ne sont pas conformes, et si tous les deux se donnent pour avoir été témoins de celle scène, il faut dire qu’ils la rapportent dans des ternies fort différents , puistjuc l’un avance que le remôarquement fut accordé , et q'ne l’aùli'e dit formellement quV/ fut refusé. D'autres historiens du parti royaliste- se contredisent sur ce même fait. , M. de Bourniseaux prétend que Hoche ne 'é expliqua qu’à mots couverts; de
(t) M. de Chaumareix rapporte que M. de Gesril du Papou, officier do marine émigré, voyant que le feu de la flotte anglaisé ne cessait pas, se jeta à la m’ér >et se rendit à la nage 'le long de la corvette Vdrcj pour l’inviter à cesser de tirer j après quoi, il revint partager la mauvaise fortune do scs compagnons d'armes. Cet admirable trait d héroïsme mérite d'autant plus d'étre cité, que le malheureux de Gesril fut au nombre des émigrés fusiliés par. les commissions militaires’ d’Auray. • ' ' •'
140 LIVBB- BEUTIËHB. CHIP- IV.
PnisaLye^ ri^fulant la lettre arcusatrici? de Som- .
breuil, dit qu’il le prévint surtout (\uaucun
traité ou arrangement ne pouvait etfe pos- '
sibleiavec les républicains.^. . ^
]Uais , passons dans le camp adverse , et commençons par le récit officiel de Hoche ;
«. Bientôt nos troupes'nui été à la 'poursuite de l’en- ' nemi , dit-il , et la présence de deux mille hommes .dans la presqu'île a fait mettre bas les armes aux régiments d'Hervilly et d'Hector. Cinq régiments , débarqiiés le 1."' thermidor •( Damas , Béon , Rohan, Salmct Périgord) , formant la division du comte de Sombreuilj royal éraigrarit , et ks chouans , ont fait mine de vouloir se défendre , en se retirant du côté du port, où ils devaieii.t- se rembarquer. Les têtes ()e, colonnes î)nt été dirigées sur ces rebelles, et 700 grenadiers, îçs tenant en échec, les ont contraints d'imiter leurs ca- . marades ; ce qu'ils ont fait, n'ayant d'autre espoir que ' d’être jetés à la mer ou passés au fd de la baïonnette. »
Celle pièce , relation officielle , est datée du 4 thermidor. Mais , la veille au soir , c’esl-à;dire 'Je jour même de l’aflaire , Hoche avait écrit une. première lettre h Son chef d'état-major Chérin , et à l’adjudant-général Lavalelte , qui commandait à Lorient. C’était un premier avis :..que portai l-il ? .
V Lès* valeureuses troupes que je commande ont, è deux, heures du ipatin de .ce ^eùr, empo'rté, d'assaut
■ . LA BÉrOLDTION BIC BRETAGKE. • ' 141
' le fort Pcntliièvre et le camp retranché de la prcs-
’qn'îlc, sans faire halle. N’ayant d’autre alternative que de se jeter à la mer ou déIre passée au hl de la baïonnette, la noble armée a mis bas les armes. Elle arrive prisonnière à Auray, conduite par quatre balail-' Ions. Donnez avis de celte opération aux représentants ^ du peuple' et aux amis de la patrie. »
C’est donc toujours la même chose : L’armée ennemie s^est rendue prisonnière , cite a mis bas les armes. .
- Mais voulez-x’ous d’autres récits , à’autres assertions? — Voici d’abord la lettre d’un officier, nommé Simon, au citoyen Kisgner, chef de bataillon du génie , en traitement à l’hôpital d’Iiennebont. Elle est datée du camp de Sainte-Barbe,
3 thermidor. , ' • . •
« Vive la République , mon ami , console-toi de la blessure et saute de joie. Le fort Penlhièvro a été en- • levé Ce malin d'assaut par nos braves camarades. Toute
la presqu’île balayée et les émigrés tous noyés ou prisonniers. Cela a été l’alTaire de deux heures. Ces Mes- . sieurs , bien rossés , se sont retirés au fort neuf au bout ,de la presqu’île. Là, ils ont voubi parler ,. on les a sommés de racllre bas les armes : ils ont obéi , «et nous avons ramené autant de prisonniers que nous sommes de Républicains. Notre perte a été médiocre pour une semblable victoire (1). »
(I) Il ne faut pas trop s’étonner d’ailleurs des faux
142 liVRE EElIVltME. CHAP. IV.'
'On le voit , il y a toujours identilé dans le rë-*.
- cit et les détails.
Mais oh nous objectera peut-être , comme' on l’a souvent fait ^qne. Hoche, doué d’un cœur généreux et navré de ce que l’on ne tenait pas les conditions de la- capitulation qu’on Ini prête -, s’éloigna d’Âuray ponr n» pas* être témoin dn sang qui allait être versé. Je comprends et ’ j’accepte bien volontiers sa répugnance. Mais . ■comme je l’ai dit déjà', s’il se rendit sans délai- ' à' Vannes, c’e'st'qne les représentants s’y étaient’' rendus aussi et que la %oite des opëratmns delà'
■ division de Tinteniac , qui s’était snccesslvement einparée dé Josselin , de Quintki , de Qiatelau-
bruits et des récits qui se ninlüpliaient ainsi s'ur lesévé- . nements : Les faits étaient trop décisifs 'pour que le , parti vaincu n’essàyût pas tous les moyens possibles d'cU atténuer les résultats. — ^ Voici ce que Hoche répondait le 5 thermidor à l'une de ces allégations : — « Les mal-*
» veillants répandront , sans doute, que j’ai sacrifié beau- » 'coup d'hommes pour ni’emparcr du fort Penthièvre ,
» je rép'ondrai à leurs clabaudagcs par des faits et en.
• » faisant imprimer le résultat des appels. — Quelle doit » être votre rage, vils ennemis de la République ! De- >x puis le 1." messidor, la République n’a pas perdu 200 »'de ses défenseurs , et vos amis sont terrassés!;... o ■
• tA BÉVOLUTIO» EN BHETAflNE. 1^3
(Iren , donnait les plus justes inquiétudes en paraissant SC combiner avec la présence d’une nouvelle llolfe anglaise dans les environs de Porl-3Ialo, et la certitude d’une trahison ourdie dans la garnison de cette place. Vannes, comme poste militaire et centré d’opération , était donc le point sur lequel Hoche avait dii se porter sans délai.' C’est de Ih qu’il se dirigea vers üzel, Corlay et Quintin pour mettre les chouans entre deits feux. Mais ^ avant d’^exécuter ce mouvement, il revint sur la ligne d’Auray , comme le prouve la lettre ci-dessous , qui ne peut laisser de doute sur la prétendue capitulation du foj't Neuf cX, la’ répugnance qu’on a ce me semble graluiteraent prêtée à Hoche. — C’est auj( représentants Guezno et Guermeur qu’il écrit. Sa lettre , que je possède en original , est datée de Landevant ,,6 thermidor.
a Je vous fais passer , citoyens, un exemplaire des relations des affaires des 28 messidor et 3 thermidor.'’
Vos collègues Bladct Tallien , présents à la dernière, ont .
pris plusieurs arrôtéâ relatifs aux prisonniers faits dans cette iournée, et bientôt l.à commission militaire , qui jera demain en activité , fera justice des conspirateurs ^tti se trouvent parmi eux. »
(t) Le journal manuscrit , que nous avons déjà cité
.144 LIVRB HBUVlk^S. IV-'
Et , en efiet , comment douterions^ndus pîuR long-temps de l’opinion de Hoche dans celte circonstance , n’adressait-il pas au Comité de Salut Public les lignes suivantes, que nous avons déjà citées dans le moment où les conférences de là Mabilais allaient s’ouvrir ? . *
“ « Ne croyez pas non jJos que je sollicite la grâce'
,des ennemis de mon pays. S'ils se soumetlent aux lois , s'ils reviennent de leur erreur , je les recevrai. Âi raé , je les poursuivrai la nuit, le jour, sans qu'ils puissent espérer un instaut de repos. Alors, si je les prends, les tri- " ’bunavx en rendront compte à la Rëpublitjiie offensée trop long-temps, n ■
Et, recommençant la guerre après la rupture de là pacification , il avait dit dans son adresse à' l’armée du 13 prairial : ' ' • '
b II est. temps qu’une poignée d'agitateurs, d'insolents royalistes , de misérables émigrés , grossie de , tous les bandits vomis par*' l’étranger . s’anéantisse devant La puissance ’d'une répulrlique victorieuse de tant de rois. » ' \
plusieurs foie, dit que Hécbe partit* de Vannes, le 4 au soir, devant passer par Ânray-et par Baud. Sa lettre., datée du 6 .de Landevant , prouve qu'H resta- donc au moins deux jours à Auray ou dans ses environs , au moment même où ie général Le Moine y organisait ses commissions militaires. '
Diÿtized by (Jgpgle
LX BBVOtüTION E» BRETAGNE. 145
Mais voici quelque chose de plus précis , d’explicite et de péremptoire :
O J’étais la tête des sept cents grenadiers qui prirent M. de Somhreuil et sa division. Aucun soldat n’a crié que- les émigrés seraient traités comme prisonniers de guerre ; ce que j’aurais déracnt’l sur-le-champ. »
Cette déclaration fait partie de la lettre par laquelle il adressa aux journaux du temps la protestation de. Somhreuil contre la conduite et les actes de Puisaye. — Le représentant Blad', à peu près à la même date, le 14 thermidor an III , disait :• * '
« Les représentants du peuple , .membres du comité de salut public , envoyés extraordinairement dans les départements de l’Oncst, déclarent que, quoiqu’ils fiis-i sent sur les lieux et accompagnassent partout les co- . lonnes républicaines , ils n'ont eu connaissance d’aucune capitulation, ni même d'aucune condition convenue avec * les émigrés et les chouans pris à Quibéron ; déclarent que le général en chef et les autres généraux leur ont assuré que non-seulement ils n’avaient rien promis , mais qu'ils avaient dit hautement à Sombreuil , en présence de quelques autres chefs* de son parti, qu'ils ne pouvaient ni ne voulaient rien* promettre ; déclarent enfin que , si quelques olficiers ont invité /es patriotes , les républicains , qui étaient dans le fojt (et il y en avait plusieurs), à mettre bas les armes, ils n’ont adressé la parole qu’aux prisonniers français enrôlés
146 MVBB SBVVlisHB. — CHJikP. IV.
de forc&, aui cullivateurs arrachés de leurs foyers par la violence , et non à des traîtres arec lesquels aucune loi ne permellait 'de traiter. » . '
Tous les chefs du parti républicain sont donc unanimes sur le fait lui-méme , et chacun d’eux , à bien dire , s’est prononcé à plusieurs reprises ' sur l’opinion bien naturellement répandue par lès vaincus, qu'une capitulation 'seule avait pu les déterminer à mettre bas les armés. Le représentant Corbel, rendant compte à GuezUo et à Guermeur du passage de Ulad à Hënnebont , le 6 thermidor, leur avait’, en effet, déjà écrit que . . ce représentant lui avait confirmé à lui et à ses amis tout ce qtii avait été mandé sur Quiberon.,
• n Mais il a eu môme temps bien dissipé noire erreur et nos inquiétudes. U. n’est point vrai que le général Hoche ait entendu à aucune espèce de capitulation ou ' d'arrangement avec les émigrés et les chouans, ni qu'il . SC soit engagé envers eux par aucune parole. Il est au contraire très-vrai que tous ces scélérats ont mis lâchement bas les armes , suivant leur louable coutume , quand ifs se sont vus serrés de près , et que le général leur a déclaré qu’il n’entendait à aucune proposition do
la part des rebelles. » * ' •
Encore une fois , nous ne voulons nous faire râpôtre ou le défenseur d’aucune récrimination;'' mais 4 en noos reportant' avec le lecteur sur un
Lk RÉVOtOTION ER BRETAGSB.
champ de bataille arrosé do tant de sang français et témoin do tant de haines et de vengeances, il faut bien ([ue nous relevions la trace des' désastres qui eurent lieu, et, dès-lors, nous devons ajouter aux pièces que nous venons de produire, d’autres lettres, l’une de Topsenl , ' ) '
l’autre de son collègue à Brest , qui disent : Qu'il, •' , faut ^ sans délais etivoyer ces Messieurs faire leur paradis dans V éternité.... — QuH - serait trop tony de se- servir du rasoir na~ ' tional , et qu'il faut que la fusillade en fasse raison.
Eh ! oui , sans doute , nous concevons le pardon , et nous eussions préféré à ces paroles et à . ; un massacre en masse une amnistie sans bornes....
Mais, rappelez-vous ce que Hoche nous apprend lui-même des dénonciations que les administrations locales dirigeaient contre lui au sujet de sa modération ; rappelez-vous ce que les terroristes et d'autres citoyens disaient hautement des pourparlers de la Mabilais et des conférences ouvertes avec les rebelles, qu’ils regardaientcomme une trahison : et quand vous vous rappellerez aussi que les prisons furent ouvertes à tous les détenus ; quand vous vous rappellerez que les suspects étaient rentrés dans leurs foyers , et que ' -
148 ' MVBE CHAP. IT.
Les prêtres 'inscrmenl4^s avaient reparu clans[leurs Toramiincs; quand, enfin, vous vo^us rappellerez \ce qui n ëlé dit des enrôlements,, des attaques, des te'ntatives d’émbauehage , des massacres coinmis h l’abri de la pacification , vous comprendrez inévitablement ce qu’il put y avoir de haine ot de défiance dans le cœur de ceux ipii , après la journée de Quiberon, pouvaient encore compter les voiles de la flotte anglaise mouillée en vue, et calculer ce. qu’elle pourrait tenter de -• . rcchëf avec la' division ennemie nouvellement signalée dans les environs de Port-Malo (I).
- Suivons donc le'-désastre jusque dans ses der- ' .nières périodes, $t puisque -l’idée d’une capitulation a été rejetée 'par Hoche, et les représentants.,, rendons-nous aux prisons d’Auray , et . pénétrons jusqu’aux commissions militaires que le général Le Alpine vient d’être chargé d’ins- ' . ,
tituer par arrêté des représentants Blad et Tal- . lien j daté du 3 thermidor. Auray , ainsi que sa position l’indique, fut le premier rendez-vous detous les prisonniers faits à Qniberon. L’ailluence des troupes y fut en même temps considérable ,
(1) C'était l’cxpédilion de l'ïlc-d’Ycu^ sous les ordres, dû comte d'Artois. , .
Digilizerfby Gbogle
tA BÉVOLUTIOK e>. bbetagsk.
. l iî» •
et l’on peut juger , d’après ce rjuc nous avons dit précédemment des désordres et de l’état de détresse du pays , quels durent être la confusion et les embarras qui régnèrent dans le premier moment. Entassés péle-méle dans la prison et les églises do la ville, les malheureux prison-, nicrs y étouffaient sous l’ardénle chaleur de la saison , privés des ressources que leurs besoins exigeaient. — Sans paille pour se coucher, sans nourriture , sans pain , leur position était, réellement affreuse, et aucun soulagement ne pouvait leur être offert , ni par les chefs de l’armée, ni par l’autorité locale. Cette circons- Hance conduisit l’administration à légitimer en quelque sorte les nobles sentiments qui portèrent les habitants à leur olfrir les ressources .dont ils pouvaient disposer; et, bientôt, les lieux de détention où ia masse des prisonniers avait été parquée , furent visités par les femmes elJes dames de la ville d’Aurav , qui se*privèrenl v do tout ce qu’elles possédaient pour secourir les infortunés royalistes. La chose fut poussée au point, que, pciulanl plusieurs jours, des sor- ' lies furent accordées aux détenus. Leur chef, le jeune Somhreuil avait même joui d’une faveur encore plus marquée . et , remis par Hoche aux