LIBERTÉ. . HUMANITÉ. ÉGALITÉ. JUSTICE
■« Cejourdhui, 9 thermidor, t’an lit de la républi- • que française une et indivisible, nous Rarbaroti , chef du 1." bataillon de la Gironde ; Ducarpc , capitaine audit bataillon; Moissel, lieulenant au 1." bataillon du 8.' régiment d infanter-ic ; Bouvet , sergent-m<ajor au l.'f balpillon dos 83 départements ; et P. Cunit , caporal au même balaillon, membres do la commission mi- • litaire élablie à Auray , nommés par le général Le Moine, commandant la 5.' division, en A'ertu de la loi'du 25 brumaire, 3.' année républicaine , et l’arrêté du représentant du peuple Blad ; en date du 3 courant,
. pour juger les pri8.onniors faits , ledit jour 3 , dans la presqu’île de Quiberon par l’armée républicaine , étant réunis en la salle d'audience du tribunal civil , avons fait extraire des prisons' pour eompar.aîire devant nous, les dénommés ci-après ; savoir:
» Urbain René de Hercé , 3gé de 60 ans, ci-devant-
i 152* UVBÉ KBDVIÈHE. CH*P. IV.
- évoqué" de Del, 'natif de....... fils de doraicilié
à — Charles de Sombrcuil , âgé^ de 25 ans , natif '
de Limoges, domicilié à Paris, capitaine au régimënt . d’Esterhazy-bussards, bis de François Sombreuil et de Marie Lechoisier. — RcnéXalandcIIc , Hgc de.. ... ^
1 ) Lesquels , après avoir subi interrogatoire , ayant été trouvés convaincus d'émigration et d'avoir porté les ‘ armes contre la république , «t tous de s'étre trouvés dans le rassemblement d'éihigrés et autres, ennemis de la France descendus sur son territoire.... La commission militaire , vu l'article 7, titre V de la loi du 25 brumaire, l'an III de la république une et indivisible, .dont la teneur suit : — r- Tous les Français èmigtës qui seront pris faisant partie des rassemblements armés ou non armés, seront jugés dans lesHi heures , etc.,. , etc. Condamnent les dénommés ci-dessus à la peine de mort, ordonnent qu'ils seront .conduits ce jour à Vannes, .chef- lieu du département, pour y subir leur jugement .'dans les 24 heures , conformément à l'article 8 du titre V de la loi précitée. Déclarent leurs biens acquis .et confisqués au probt de la république. — Fait et prononcé à Auray en séance publique lesdits jour et an qiie devant, et ont signé. » (1)
(1) D'autres jugements, précédés des n\émes considérants et terminés par les mêmes formules , contiennent quelques' détails de plus sur la profession des inculpés et leur séjour à l'étranger, mais sans aucun
• • - Vf *' i* ,
lA RÉVOirTIOK EK BRETAGKH. 153
Mais remarquez une chose : cejonrd’hui
9 thermidor an III ) du(|uel la coinmiWion militaire cVAuray date le premier de ses actes de justice t'épublicaine^ est aiissi le premier an-^
débat , sans comparution do témoins , sans défense. . — • Le jugement rendu le lendemain tO ibermidor , par la môme commission, présente toutefois une particularité qui mérite d’étre ‘rapportée: ■ ‘ .
« Considérant que la capitulation, dont arguent les accusés, ne peut exister, que les luis n’eii admettent aucune avec les émigrés. — ^ Considérant qiic la vérité est qu’il n’en^a pas même existé et que c’est une défense vagué alléguée par eux. Que les mots bas les armes! qui ont été cptendus ne regardaient que. les patriotes mêlés forcément avec les émigiés (il fut établi que plusieurs avaient été liés pour être embarqués) ; que la. déclaration dont la teneur suit en est une preuve convaincante: — Je soussigntf, général de brigade, atteste gu il n g 'a point eu de capitulation avec les troupes gui ont été vomies sur nos côtes , dans la presgxiile de Qaiberon; giion a seulement crié : bas les armes , à nour les patriotes ! Que le représentant Tallien a constitué prisonnier le parlemen(aire des rebellesy — En conséguence , la commission mililaire s'occupera sans délai du jugement des prisonniers faits dans 'la presgutle de Quibergn -, en se conformant surtout aux
lois et aux arrêtés des représentants du peuple.
r ' . Signé Le Moikb.
» Ladite commission anêle , etc... . * • ,
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nlversaire de la chute de Robespierre; et*, pour le célébrer, ainsi que nous l’apprend l’annotateur de radminisIrAlioh départementale du Mpr- ^biban , dans son journal',' toutes les autorités de . da ville de Vannes, la troupé et les habitants, confondus sans armes , ^e sont rendus à la municipalité et au club (il se tenait à la salle de spectacle) où lé procureur do la commune, et le président du département ont prononcé des discoui-s analogues à la fête. Plusieurs fois iuteiTQmpus par les hymnes que chantent' en choeur les ci-, toyennes de Vannés, ces discours été suivis d'un solo de violon exécuté par JB oycr ^ ÿ"*, a été vivement applaudi,. Puis , après ces discours et ces chants , on a dansé.... On dansait eucore quand : ' ' *
« Environ minnit, le département reçut un jugement du môme jour prononçant la peiue de mort contré seize émigres convaincus d’avoir été pris à Quiberon . le 3 ' du courant. Ces seize condamnes, arrivés à- la môme heure (minuit) sous forte escorte , ont élé logés dans -la ■prison .alors formée des deux tours qui s’élèvent audessus de runc"* dos portes de la ville donnant vers Ui Garenne). — Gomme après les avoir fait entrer dans .une' ' eliarabre on les faisait passer deux à deux dans une autre chambre où on les écrouait, et où ils devaient passer la duit , ceux qui restaient pensaient qu'on tes guillot'raait dans. cette seconde chambre , séparée de là première par
LA HÉVOLUTIOH EH BRETAGHE.
un jardin qui existe 'sur le mur de la ville. — Aucun d’eux ne paraissait abattu , et tous causaient de sang froid. — Sombreuil , homme bien fait^ taille de 5 pieds 7 à 8 pouces, ayant une belle ligure , mAle, nerveux, alerte , décidé , bien coloré, fier, sc disculpait en disant que la République ‘avait fait mettre :'i mort son père plus qu’octogénaire et six de ses frères et sœurs. Il paraissait désirer mourir dans le •comb.at. Il disait hautement que si on le relûchait il se battrait à la lète de ses colonnes. Que si ou ne voulait pas le relAcher on pouvait lui opposer dix hommes, qu’il se battrait contre eux. Il ne paraît pas avoir plus de 27 ans. — Rendus dans la deuxième chambre, les condamnés parurent avoir quelque espéranée. Sombreuil demandait à être jugé à- Paris : il s’appuyait 9dr la parole de Hoche qui lui avait dit, au moment où il gagna'it un bateau à la nage , de sc rendre et de sc fier à la loyauté française, que, sur cette parole , il avait regagné le bord et avait amené avec lui son . lieutenant qui était déjà dans le bateau. On lui objectait que Hoche n’était pas le maître de donner une semblable, parole; que, s’il lui avait dit de sc fier à la loyauté française, il l’avait aussi prévenu que son sort ne dépendait pas de lui. A cela il ne répondait rien ; mais- un instant après il revenait à dire qu'il se fondait sur la capitulation, et celte capitulation était la prétendue parole de Hoche. ;
» Lalandelle , jeune homme de 25 ans, paraissait s’humaniser. Il racontait qu’il était jeune lors de sa désertion, qu’il avait fait depuis bien des réflexions; il comptait n'étro que détenu; il désirait- 1 être à Vannes..
150 UVRE ISKUVlfeME. CIIAF. IT.
Son émipralioii (^lait, dU'ait-il , aiiloriséc par un décret de la Convention. Il allégnail cpi'il n'avait pas cunnnissance de sa révocation. L'évéqnc de Del disait à ceux (jni témoignaient le désir de le voir : cesf moi. Le.s autres causaient assez volontiers et ]>araissaient toujours* tenir à leur système de royauté.
*•' D Ail heures et demie *dn matin les seize cpndatunés ont été fusillés sm- /a Garenne , et enleryés dans Te cimetière de la coraraiine, à une heure de l’après-midi. Som- •breuiln’a pas vonlu qu'on lui bandât les yeux. Il avait la tôle haute (I). »
(1) La mort de cc malhetitcux jeuiie homme, dont le ' nom rappelle tant de désastres , sera toujours considé-
rée comme l'nn des incidents les plus dramatiques de la catastrophe de Quiberon. Que ne dut-il pas se passer eiî effet dans l’ânre du jeune comte de^Sombreuil quand, nourrissant cn'core -les -douces i1l<isions. d’un, mariage arrêté nvant son départ de Londres, il se vit , ainsi frappé par l'arrêt d'iinb commission sans- avoir combattu, sans avoir pu sauvqi' ses malheureux compagnons- On conçoit tout.ee que l'honneur et des sentiments vivement blessés, düreut lui suggérer; et scs ac- ‘cusations contre. Pnisaye ont au moiils une excuse dans les regrets et la douleur qui (jmpoisonnèrent .'.os der- ' niers moments. Sans rentrer dans la controverse à la- . quelle a loqg-temps donné lieu la lettre accusatrice do âombreuil remise à sir Jonh Waren et à Hoclic , dans le but de démasquer l'impéritie et la lâcheté de Pui.
LA BÉVOLCTIOK EK BHETAGBE. 15
. Le iciulemuin , 11 tlicnnidor , 103 prisou^iiers,
parmi lesquels de IJroglie, La Roi hefoucauld ,
Loneii de Saiiil-Luc , Lantivy-Ti'édiou , Dnpiessix
Bollierel, ancien procureiir-général syndic des
sayc , nous dirons que ccliii-ci, qui nia d'abord l aiiliienlicité de celle pièce et qui en prèlait la fabrication à Tallien et à Hoche, en réfiila cependant les dispositions, en disant que c'èlail sur la demande et les instances de Sombreuil lui-nièmo', qn'il avait cherché à gagner la flotte pour diriger les embarcations vers la terre, et que, si la chose ne put avoir lieu en temps convenable, c’est que Sombreuil ne garda point la position qui lui avait été assignée ; enfin qu'après s’étre replié vers le point extrême de la presqu'île, il n’avait péint osé, par un mouvement décisif et 5 la ba'îonnettc , attaquer la Colonne de Humbert, forte seulement de 800 hommes, tandis qu'il en avait encore 3,500 à sa disposition. Dans un autre passage de scs mémoires, Puisayç dit que M. de Sombreuil, dès les premiers jours de son débarquement, éleva des prétentions à' un commandement supérieur qu’il ne put admettre comme fondées ni en raison, ni en justice. — Comme détails intimes et de vie privée, nous pouvons ^ ajouter, en-dehors de ces faits, qu’au mois d octobre 1799 il se trouva, dans les prisons du Finistère , un nommé Brignon , ancien domestique de M. de Sombreuil. — Rendant compte de sa fuite de Qiiiberon, cet homme prétend que de Sombretiil était retenu au lit le 3 thermidor , par suite d’une légère blés-