‹ Histoire de la révolution dans les départements de l'ancienne Bretagne ouvrage composé sur des documents inéditsChapitre 6 sur 35 · BÉVOLUTIOn B» BRETAGNE · texte numérisé non relu

BÉVOLUTIOn B» BRETAGNE

En politique, les extrêmes sont les points de vue ou l'on se fixe, les détails ne sont rien, ils n'afTcctcnt que ceux qui ne voient que momentanément les choses; quelque malheureuse que soit la mort de quelques hommes, que sont quelques particuliers contre la France entière?

Voilà quelle doit être notre manière de voir, quelque douloureux qu'il soit pour nos cœurs de dissimuler..... IVous'y sommes contraints, et la nécessité partout est une loi irrévocable.

, MM. de Bnishardy et Chanleroau, qui arrivent d'auprès des généraux Charette et Stofïlet en rapportent les mêmes sentiments, et nous invitent à ne pas nous écarter de nos projets -et de nos plans de pacification.

Nous sommes", avec l'estime et l’union la plus sacrée, Gormatin, Boishabdy, de Cdabtebeau, Jarby.

La guerre allait donc recommencer , et la saisie ' des pièces publiées par lès Représentants, l’arrestalion de Gormatin et de ses adhérents, écpiivalurent il une dédaralioii en forme, dont la consé- . quence naturelle dut être, pour les républicains, de prendre toutes les mesures qui devaient assurer le succès de leurs armes.

L’ordre dedissiperpar la force les attroupements ‘ qui pourraient exister,^ l’ordre de saisir les chefs et sous-chefs des bandes insurgées partout où on pourrait les joindre , l’ordre de faire reOuer sur les clièfs-liciix de districts tous les parents des

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'rebelles ou des émigrés furent donnés à Tiastant même. Puis, appuyant ces mesures de proclamations et d’avis conformes , pn lut dans les cantonnements 'en présence <les autorités , et avec toute la pompe possible, cette dénonciation de guerre, à laquelle les troupes long-temps contenues, longtemps privées du nécessaire , répondirent par’des * cris de mort!

« J'ai harangué moi-méme le peuple assemblé , dit Corbel, qui se trouve instantanément à Pontivy. Je lui ai retracé avec énergie les sentiments et les mouvements de mon. cœur, et nous avons tous juré ÿuerre à mort, guerre étemelle au royalisme! '

3ïais le^Comité do Salut public allait lui-même se prononcer sur ces faits, et le courrier qui était parti do'Vannesle 4prairial pourlui porter copie de la lettre de Cormatirt , revint bientôt avec un ar- >

. rêté du 9, confirmant les mesures de répression -déjà prises par les Représentants, et donnant quelques nouveaux -moyens pour assurer la paix à ■ ceux des rebelles qui tiendraient aux conventions de la Mabilaisl A cette pièce était jointe une lettre particulière de Gillet , alors membre du Comité de Salut public, à ses collègues de Vannes, et il 'leur disait; que, dans la séance du Comité, tenue

la nuit du. 9 au 10, il avait été tracé une nouvelle

IX BéroLUTiorr eh brbtàche.

instruction (c’est l’arrêté que nous venons de mentionner) sur la conduite que les Représentants en mission dans l’Ouest auraient h tenir et sur le plan de campagne qu’ils devraient suivre avec le secours d’un renfort de 10,000 hommes que l’on allait détacher de l’armée du Nord.

<i II est bien évident, continuait Gillet, d'après les pièces dont vous nous avez envoyé copie , que les chefs des chouans ne sont pas de bonne foi , ou plutôt que ce sont des traîtres , et je ne balancerais pas à les faire . arrêter ; j’en ai fait la proposition au comité. Quelques membres qui prétendent connaître parfaitement notre pays (Gillet était du Morbihqn) sont encore d'avis de temporiser; mais c’est précisément cette temporisation qui nous a perdus. Si on avait agi avec vigueur, il est probable qu'il n'existerait plus aujourd hui de chouans ; car il faut remarquer que les paysans se rangeront du p.Trli le plus fort. Les mesures timides qu’on a prises ont donné do l’audace aux chefs de la révolte. Notre circonspection, le désir que nous avons témoigné de la paix leur ont fait croire qu'on les craignait. . Ils se sont crus une puissance, et ils le sont devenus en effet par la manière dont on a traité avec eux.

» C’est une calamité publique que ce traité, et; les représentants qui sont veuus ici chercher à nous inspirer de la confiance dans ceux qui l’ont souscrit, ont bien mal connu les hommes et les choses. Ce traité a fait perdre un temps précieux’.....’ Le mal est extrême , et les dangers pressants ; j’insisterai donç chaejue jouf

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pour que l’on sorte de l’apathie où nous sommes; c’est ■ Traiment un scandale public que de voir une borde de brigands braver la puissance de la République cl égorger '

impunément les patriotes Vous files sur les lieux ,

chers collègues; vous pouvez mieux quo personne ap.précicr les événements. Xes instructions qui vous parviendront vous donnent une grande latitude de pouvoirs ; ils prévoient le cas des chefs nommés depuis la pacification et de ceux qui, l’étant avant celte époque, en ont conservé le litre et les fonctions ; ceux-là doivent être arrfilés, et à plus forte raison ceux contre lesquels . on a des preuves écrites de trahison. C'est par où il faut commencer. Vous sentez que cette expédition exige beaucoup de discrétion et de prudence , mais aussi quelle est d’une grande importance. On pourra couper par là le fil de la conjuration.

Agissez-donc d’uiïe manière ferme, sage et vigoureuse. Songez que l'on a cruellement abusé de la clémence nationale , et quo le moment de temporiser est passé. U

Dans une autre lettre à Brue, du 11 prairial,' il ajoutait : , • . , ' • ' *

« Je suiç bien de ton avis jelativeme'nt à BoUet j’ai toujours pensé qu’il ne convenait nullement à. la - ^ .mission dont il est chargé. Il sera bientôt rappelé , ‘ ainsi- que îtuelle, Dornier, etc. » * . •

(Ces deux derniers avaient surtout contribué - * - ^ 1» souiilission de Charelte’.et de, Stofflel). • *

^ IA BÉVOimOIÏ EN BRETAGNE. 57

Les rebelles cependant furent loin de se laisser déconcerter par ces mesures. Disposés depuis long-temps à reprendre les hoslilités, ou n’ayant plutôt jamais cessé do les continuer, leurs prinpaux rassemblements se mirent en "mouvement aussitôt que les arrestations de Rennes* leur furent connues. Le Morbihan parut devenir le centre principal de cette nouvelle insurrection. — Les arri^taüons prescrites par les représentants avaient bien donné l’occasion de saisir quelques rebelles ; mais les principaux chefs , qui se tenaient éloignés des villes â la tôle de leurs hommes, ne. purent être surpris, et leur premier mouvement fut de Se mettre en défense , de se préparer au'^combaf. Déjà, et avant l’arrestation de. Cormalln, les -généraux Lemoine et Valletaux , qui commandaient dans les Côles-du- Nord , avaient eu lieu de saisir , fim , le baron de la Roche, qui réunissait ses hommes dans un château voisin de la forêt de Lorges ; l'autre , dans une .maison do Ploufragan , trois lettres curieuses destinées au duc de Bouillon, à M. do Puisaye , et à l’évêque do Dol , sur la nécessité de presser les débarquements d’armes et la descente projetée (1). Mais ce fut dans le Morbihan que les'

(i) Voir les pièces jiistiGcaiivcs n.®‘ Sr3,T>4 et 55,

. 58 IITBB SBOVllMB. — CHtP. II.

'priocipanx.' coups devaient se porter. Dès les premiers jours de prairial, les canlonnemciiils ' de Boche-des-rTrois , saisirent une proclamation de Sol de Grisole ; elle était conçue ainsi ’ qu’il suit : ' .

i Les l'épublicaÎDS , par une lâche et atroce perfidie-, nous ayant encore forcés à reprendre les armes pour la 'défense de nos pères mères , frères , sœurs, lâ-' chcmcnt égorgés par ces monstres { il est ordonné à tous les capitaines de disposer tellement leurs corn- ; pagnies sur les chemins et routes de leurs -paroisses que tout envoi de grains, munitions, denrées quelconques , se trouvent intcrcej)tées.

» Seront , en conséquence , déclarés .dc^bonne prise ‘toute esp^c ^dc grains, munitions, de guerre, c)ie-. vaux , bestiaux , et en- général toute defirée quelconque destinée pour une ville ,ou poste occupé par les ré- ' pulilicains.

1) Seront également déclarés de bonne prise, tous chevaux , bœufs^ , vaches , etc-, conduits aux foires tenues dans les lieiix occupés par les répuyicains.

» La dépouille de tout homme armé appartiendra de droit au prerieur , à l'exception des ârnies dont il n'aura que le choix avec les siennes , et de la munition dont il ne conservera que le taux fixé par les >

' ordonnances; le reste devant, être remis au quartiergénéral. ■ ‘ - . l , .

» Toute prise quelconque appartiendra de droit en ‘ moitié an preneur; l’autre moitié sera'reraisc au qnar-

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Ik BÉVOItITIOS ES BEETAGSB. 59'

lier. — Toute prise de chevaux, bœufs , vaches, etc., appartiendra , de même en moitié , au preneur , à moins que le conseil ne la juge nécessaire à l'armée, dans lequel cas il serait délivré la somme de 12 livres , si c’est un cheval ou un bœuf, et six livres , si c'est une vache.

» Les blés, munitions de guerre, etc. , sont exceptés ; ils appartiendront de droit à l’armée.

» Il est ordonné ù tous les capitaines d'enjoindre ù leurs soldats d’être .exacts à leurs postes, de no plus vaquer à dautres ouvrages qu'à celui de soldat, sous peine, à ceux qui contreviendraient à leurs ordres , ou qui refuseraient d’obéir, d’être punis militairement.

» Chaque capitaine préviendra, dans sa paroisse, les gens de la seconde, réquisition de 27 à 45 ans,- de préparer leurs faulx .emmanchées à rebours à un manche de six pieds et pliis, et de se tenir prêts à marcher au premier ordre.

» Messieurs les capitaines aurbnt soin, «le tenir la main au présent ordre, de le faire exécuter, avec la plus grande rigueur, et d’avoir soin surtout que tous les jours un détachement de leurs gens garnissent les grandes routes. Ils seront responsables eux - mêmes de l’exactitude de leurs- gens à remplir leurs devoirs.

» Fait au quartier-général du canton de Rochefort , ce 2 juin 1795, l'an 3.‘ du règne dô Louis XVII (14 prairial an iii)!

- » Sol de Gbisole , chef du canton, n

11 était d’ailleurs appris en même temps, par

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