uns KBtVlÈMB.,— CHAP.. II
les agents de l’administration et du représentant ’Brnc, qu’il se manifestait . un mouveme'nt ex- • Iraordinairc dans les paroisses particulièrement soumises à l’action des rebelles. Les énvirons de* riouë'rdqt et de Langoë'lan ,loGuémené, les campagnes de Plouay él d’Henqebonl sont spécialement signalés comme étant chaque jour occupés ^ ou traversés par des bandes de chouans plus qu mol ns .'nombreuses , h la tête desquelles on a vii des chefs et. une demoiselle Dubotderu montés sur d’excerllenls chevaux. Les espions républicains ont aussi évanté les approvisionnements considérables .qui se sont formés dans le$. environs de Grand-Champ ; et.ee pqlnt^ plusieurs fois signalé pour être le quartier-général des rebelles, devient l’objet de toute la sollicitude de Bruo et du gcnértil Josnct , qui commande les • forces réunies à Vannes. Il est en elfel bientôt appris" que c’est de ce point que le conseil supérieur du Morbihan lance ses ordres ; que Cadoudal , Mercier et le comté de Silz , qui y commande en chef, y sont réunis, et quun abbé Boutoullic , ancien vicaire-général du diocèse , y -dirige , comme; président , la correspondance du conseil centrai. D’après ces informations il fut •en conséquence résolu .que 'Josnet -marcherait
L\ BÉVO£OTIOB EH BRETAGBE. 61
, avec quatre à cinq cents hommes sur ce point , et essaierait de le surprendre. Mais le secret de cette expédition j au dire de l’administration départementale , no fut point convenablement gardé , et la troupe , au lieu d’arriver à l’improviste , fut signalée assez à temps aux rebelles pour que le comte de Silz et ses amis eussent rallié autour d’eux environ 500 rebelles* qui se tenaient habituellement à line petite distance du quartier-général et en formaient la garde. L’attaque des républicains fut toutefois assez inopinée pour que les insurgés se trouvassent surpris et déconcertés de la vivacité des assaillants. Le combat se soutint un instant ; mais avec des chances inégales, et les chouans commencèrent bientôt h plier, et, peu après, à fuir, abandonnant des magasins considérables et une correspondance qui divulgua toute l’organisation effectuée dans, les paroisses à l’abri de la pacification. L’issue de ‘cette journée fut on ne peut plus funeste h la cause royale, et si Cadoudal, Mercier et Bou-, toullic parvinrent à se soustraire à la poursuite des républicains, leur principal chef, le comte de Silz, celui-là môme à qui était adressée lalettre de Cormatin qui fit découvrir les projets de rinsurrection , tomba mort à la tête des siens,
62 LirXB HBUrifcHB. ~ cbà?. h.
laissant à la discrëtlon des républicains loiit ce \
qui se trouvait à son quartier-yénéral.
Beaucoup plus nombreux ({u’ils ne l’avaient été ce premier jour, les rebelles se replièrent vers*.la forêt de Trédiou , pour s’appuyer sur Saint- - Bily , qu’ils avaient fortifié à l’avance. Ils s’y trouvaient au nombre de 1500. hommes assez mal armés , U . est vrai , mais conduits par Georges
dont le caractère et la bravoure- inspiraient la
plus haute confiance aux insurgés , .quand Josnet , h la tête de 4JD0 hommes enflammés par le
succès de' Graiid-Ghamp , se porta bravement » * • vers les retranchements de Georges, et les enleva, à la baïonnette , laissant 150 de 'ces malheureux sur le champ dç bataille. '
Ce nouveau désastre,. la mort du comte de Silz et la dispersion de ■ leur- quartier-général , „jetèrent naturellement un grand désordre parmi les bandes à. peine formées du Morbihan. Mus.leur organisation par compagnies, par paroisses/ ■ayant leurs efiefs et leu» comités de correspondance , ne se montra .cependant jamais plus forte, et il dot au moins paraître' étonnant aux républicains qu’à trois ou quatre jours de là les émissaires annonçassent- qu’il y avait quatre à cinq mille ' rebelles réunis dans la forêt de Caraors.
LA BÉVOLUTIO» EIÎ BBKTAGKB. 63
Lo fait dtait cependant exact ; et déjà retranchés dans le centre même de celle forêt , ils présentaient aux républicains une force redoutable qui ne devait pas être facile h réduire (1). Le géné-
(I) C'csl ici et jusqu’à celte date qu’il faut remonter pour étudier à sa source la puissance que va prendre Georges , le jeune fils du meunier de Brech. Déjà , comme nous Tarons vu, son audace et son habileté lui avaient concilié Tamour et Tcnlier dévouement des paysans du Morbihan ; mais la mort du comte de. Silz , frappé à la lôte des rebelles , cl celle du comte de Boulainvilliers j atteint dans Tombre , lui préparèrent une autorité qui ne devait plus être disputée. — Nous n’tivons pas de données assez certaines sur la mort de Boulainvilliers , un instant reconnu comme généralissime du d’après la volonté des princes, pour dire
que Georges concourut à sa perte; mais nos lecteurs, ne peuvent avoir oublié (voir le chap. 7 du 8.' livre) les menaces que lui adressèrent les chefs réunis à Grand- Champ. — Voici ce que nous avons recueilli des personnes les mieux informées de sa mort. — Un instant éloigné du Morbihan, à la suite des conférences qui avaient précédé le traité de La Mabilais, de Boulainvilliers se trouvait dans les environs de Bignan , quand Guillemot, Tun des chefs les plus influents des bandes de Georges , apprit, que le comte était dans le pays. Le roi de Bignan , comme s'appelait Guillemot lui-méroc , fit cerner, pendant la nuit', le Village où se trouvait le
UVBE KEDVliiMB. CHAP. II.'
. rai Josiicl , renforcé de plusieurs hataiüons , court sur leurs (races et parvient jusqu’à leurs lignes.
comte. Pris à l’improvisle et saisi, le malheureux BoulaiuvilUcrs fut amené <iti point dn jour dans la prairie de Kernicol (commune de Saint- Jcan-Brovelay), devant son rival , qui 1 attendait au pied d'un cliOne. Le gentil^ homme le prit d’abord sur un ton élevé et demanda de quel droit on avait osé porter la main sur lui , le commandant en chef, lébi des princes..».. Guillemot l intciv rompant, lui dit: « IVous savons (jite tu as en poche vue commission de générait nous savons de plus gue cette commission est fausse et. gue tu es un traître. Tu vas subir la mort gue. tu as méritée. Je t'accorde une demi-heure pour t'y préparer. — M. de Boulainvilliers se répandit en protestations et en plaintes qui ne furent pas écoutées. Tout fut inutile; et l'impassibilité de Guillemot , qui avait tiré sa raonli'e pour s’assurer du temps déj.’i écoulé , lui apprit qu'il ne lui restait aucun espoir.... L'abbé de KeraulTret , qui ne quittait jamais Guillemot dans ses expéditions, s’avança j et, après avoir reçu la confession dn malheureux comte , il lui donnait l'absolution, quand Boulainvilliers , se ravisant, demanda à écrire au crayon quelques lignes, et sollicita, comme une dernière grâce, de ne pas mourir sur les terres de Kernicol , propriété dans laquelle , si on en croit la tradition, il avait passé de doux moments près de Madame
de Guillemot accéda à sa requête, et le patient,
ayant franchi un échalicr placé près du lien do cette
Digitizècttj '
^ lA BÉVOLDTlOir EN BRETAGNE. 65
Il les force et leur lue une soixantaine d'hommes'; mais douze des siens ont payé ce succès (1).
Ce n’élait là, comme on le voit, que des ren- 'contres sans résultat décisif; et l’on peut dire
scène , reçut à bout portant deux coups de fusil dans le dos qui le percèrent de part en part. Une fosse reçut sa dépouille. ' . .
Ainsi nous a été rapportée la mort du malheureux tomte deBoulainvilliers, par un homme digne de foi , qui en a recueilli les détails sur les lieux mômes , de la bouche des habitants les plus notables de Saint- Jean- Brevelay. Suivant cette môme personne, les habitants de Saint-Jean-Brevelay, avec lesquels elle visitait l’endroit où sont déposés les restes de Boulainvilliers, ''s’étonnaient de ce que la restauration n’eût pas accordé à son souvenir l'honneur de faire enlever ses ossements. Pnisaye,*. parlant de ce môme événement , dit que ses étourderies •et la jalouse ambition de ses rivaux furent la principale cause de sa mort. Une lettre de Cormatin , que nous possédons , nous apprend enfiù qu’il fut tué du premier au 9 floréal an 3, c’est-à-dire du 20 au 28 avril 1?95 ; mais ni l.'un ni l'autre ne nomment ceux qui le firent périr!
(1) De Puisaye,dans ses mémoires, dit que la perte des rebelles fut beaucoup exagérée par les républicains. Nous n avons aucun moyen de vérifier celte assertion , non plus que ce qu il dit do l’absence de Georges , de Mercier “et de d Allègre qu’il présente comme n’ayaoi