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A la hauteur de la place Saint-Michel, la tête de colonne s'arrêta refoulée un moment par les masses qui obstruaient l'angle de la place de Grève et du quai. Des dragons vinrent annoncer que rHôtel de Ville était formidablement défendu, que les conjurés avaient du canon et qu'oM apercevait aux fenêtres des préparatifs de décharges meurtrières sur la colonne quand elle déboucherait du quai sous le feu de la façade. Lamartine fait dire au général de faire avancer une seconde colonne par les rues qui sont parallèles au quai et qui débouchent du côté opposé au fleuve sur la place, même manœuvre encore que celle du 9 thermidor, quand Bourdon de l'Oise marcha sur Robespierre par ces rues latérales , pendant que Barras marchait par le quai.
Enfin après un moment donné à Texccution de ce mouvement Lamartine et son collègue débouchèrent à cheval en tête de la colonne d'attaque
sur la place de Grève, aux cris de Vive la représentation nationale! Un mouvement de confusion les sépara. Les artilleurs et les gardes nationaux qui entouraient Lamartine le conjuraient de descendre de cheval, de peur que son élévation au-de>sus de la foule, ne le fit choisir pour but des décharges qu'on s'attendait à recevoir au pied de rédilice : « Non, non, s'écria Lamartine, si « quelqu'un doit tomber le premier pour la cause « de l'Assemblée nationale c'est moi ! » et il traversa sous un rideau de baïonnettes, de sabres, et de drapeaux la place. Son cheval ne marchait plus, il était soulevé et porté jusque dans la cour du palais. Pas un coup de fusil n'avait été tiré.
Les gardes nationaux qui avaient devancé la tète de colonne, et les gardes mobiles se précipitèrent à Tassant des escaliers. Us s'emparèrent déjà sans résistance de Barbes et de ses complices. Ce fut une mêlée sans combat. On ignorait en bas ce qui se passait en haut, on s'attendait à des scènes tragiques de résistance désespérée , de meurtres ou de suicides comme ceux qui signalèrent l'arrestation d'Hcnriot ou de Couthon. La foule était tellement épaisse dans la cour, que Lamartine ne pouvait descendre de son cheval. « Parlez-nous ! parlez-nous ! » lui criait-on en élevant les mains et les armes vers lui.
« Citoyens s'écria Lamartine, la première Iri- <i hune du monde c'est la selle d'un cheval quand « on rentre ainsi dans le palais du peuple, ente touréde ce cortège de bons citoyens armés pour <( y étouffer les factions démagogiques et pour y ti réinstaller la vraie République et la représen- >i tation nationale avec vous ! »
Lamartine après ces paroles fut moins entraîné que porte sur les bras des gardes mobiles, des gardes nationaux et des citoyens , à travers les vestibules, les escaliers et les corridors, jusqu'à une petite s;ille du premier étage où la même affluence, le même tuniuUe, les mêmes armes, et la même exaltation régnaient.
Quelques-uns des chefs de l'insurrection, et Barbes leur complice par entraînement, étaient déjà enfermés dans une pièce voisine. Us n'avaient fait aucune résistance , la promptitude de résolution et la rapidité de la mircbe de la colonne «l'attaque dirigée par les deux membres du gouvernement, n'avaient pas laissé aux conspirateurs le temps de grossir leur nombre, d'appeler leurs partisans, et d'organiser leur défense. Les cinq à six mille hommes qui étaient entrés avec eux à l'Hôtel de Ville s'étaient débandés et dispersés à l'aspect des premières compagnies de garde nationale à pied et à cheval et des dragons de M. de (îoyon colonel actif prenant ordre de lui-même et .\doré de son régiment.
Réunis en conseil tumultueux dans la salle de foutes les révolutions à l'Hôtel de Ville, leur triomphe n'avait duré que deux heures. Ils les ■ ivaient employées à se constituer par une sorte de scrutin populaire en dictature révolutionnaire collective, composée de Barbes, Louis iJlane, Albert, Blanqui, Raspail, Huber, Sol)rier, Proudhon, Pierre Leroux, Cabet. Celait le gouvernement des clubs proscrivant le gouvernement de la nation, la coalition des sectes, contre la représen- 'ation du pays. Beaucoup de membres de ce gou-
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vernement ignoraient même qu'on avait usurpé leurs noms. Lamartine et Ledru Hollin signèrent rëvolutionnairement aussi et sans autre titre que l'urgence et la vindicte publique, l'ordre d'arrêter les conjurés présents, et de les conduire à Vincennes.
Mais la foule immense et armée qui se pressait de minute en minute sur la place et l'indignation de Paris qui s'exaltait par l'horreur et par la répression soudaine de l'attentât, firent craindre à Ledru Rollin, à Lamartine et à Marrast, que les coupables ne pussent traverser impunément pendant le jour les rues et les places soulevées contre eux. ils ne voulaient pas qu'une révolution pure jusque-là fit couler une première goutte de sang, môme le sang de ceux qui avaient voulu la corrompre et la souiller. Ils savaient que la pire des corruptions pour un peuple c'est la corruption par le sang versé sous ses yeux ; d'accord avec M. Marrast qui était resté intrépide quoique emprisonné par la sédition dans l'Hôtel de Ville, ils pourvurent de sang-froid à ce danger, en ordonnant que les prisonniers ne fussent conduits qu'à une heure avancée de la nuit et sous une forte escorte à Vincennes.
Ces mesures prises, la foule croissante et tumultueuse dans le palais sépara les deux membres du gouvernement.
Lamartine se hâta de sortir pour aller rassurer l'Assemblée nationale en permanence. Pendant le peu dinstants qu'il avait passés à l'Hôtel de Ville, la place et les quais s'étaient couverts de baïonnettes de toutes les lésions de Paris. De ses deux
chevaux quil avait envoyé cliercher chez lui pcn- (Uint la marche de la colonne, l'un monté par M. de Forbin Janson avait été arrêté avec ce brave volontaire, qu'on avait pris pour un insurgé et jeté au cachot, lautre monté par un jeune garde national, M. Guillemetcau, avait renversé son cavalier sur h; Pont-Neuf. Ce cheval avait été ramené sur la place par un dragon. Lamartine presque étouffé au sortir de l'Hôtel de Ville par l'élan passionné vers lui, des gardes nationaux et du peuple, cherchait un cheval pour échapper à la foule, et pour respirer au-dessus de la multitude dans laquelle il était submergé, en passant devant le front du régiment de dragons, il reconnut son cheval et s'élança en selle.
Il revint jjar les quais à lAssemblée nationale. Des groupes de peuple enivres de cette victoire de la vraie république sur une anarchie de quelques heures lentouraicnt en battant des mains. La bride de son cheval était tenue par des artilleurs, il était suivi dun cortège de garde nationale à cheval, de gardes nationaux à pied, de dragons, et de citoyens qui se relayaient pour l'acclamer, l'applaudir, serrer sa mnin, toiu-bcr ses habits. Les trottoirs, les embouchures des ponts, les fenêtres, les toits , les terrasses du Louvre et des Tuileries, étaient couv:rls d'tiommes de toutes conditions, defeinmes,de vieillards, d'enfants qui battiiie.it des mains sur son passage, qui versaient des larmes, qui le saluaient de leurs mouihoirs agités de loin, qui jetaient des Heurs sur son rheval. Vn seul cri de Vive la République, Vive l'Assemblée nationale. Vive Lamartine, le poursuivit en se renouvelant depuis les degrés de l'Hôtel de
Ville jusqu'aux degrés de la chambre des députes. Jamais le nom d'un simple citoyen adopté pour symbole de l'ordre rétabli, ne fut porté plus haut par un peuple pour redescendre quelques jours après plus soudaineîucnt dans Timpopularilé. on voyait que de tous les triomphes celui qui enivrait le plus le peuple français , c'était le triomphe sur l'anarchie.
Lamartine en descendant de cheval monta à la tribune, il annonça à l'Assemblée que son i-ègne était rétabli, et que le gouvernement allait prendre des mesures pour punir et prévenir de tels attentats. l'Assemblée se sépara aux cris de Vive la République. Les gardes nationaux des banlieues et des départements voisins de la capitale alîluèrcnt d'eux-mêmes la nuit et le lendemain dans Paris, pour venger au besoin la représentation. Dans la nuit le gouvernement réuni au Luxembourg régularisa ce mouvement, interrogea le préfet de police Caussidière, lit arrêter les complices de la sédition, nomma M. Clément Thomas commandant général de la garde nationale de Paris, remplaça les généraux dont l'indécision et rétonnement avaient paralysé l'énergie, il leur substitua des chefs plus actifs et plus populaires dans l'armée.
Le lendemain il ne restait plus de trace du mouvement l'évolutionnaire qui avait consterné la France, si ce n'est parmi les Montagncn ds à la préfecture de police, et dans les casernes de la garde républicaine.
Ces corps révolutionnaires a.miés, que Caussidière avait sous la main pour la sûreté de Paris,
mal inspirés par leur connivence avec les clubs ou mal dirigés {)ar Caussidicre, avaient manque la veille à tous leurs devoirs, leur nertie au moins avait abandonné TAsscrnblée nationale à ses envabisseurs, rilôtol de Ville à la conspiration. Le gouvernement ordonna leur épuration. Les gardes "républicaines obéirent aux premières sommations et remirent leurs armes en murmurant. Le corps des Montagnards se fortifia au nombre de trois n\ille bommes dans la préfecture de police , ne voulant reconnaître d'autre autorité que celle de Caussidière, et menaçant de soutenir un siège désespéré et de verser des flots du sang de la garde nationale, si on tentait de les déloger de force. Le général Bedeau reçut ordre d'entourer la préfecture avec six mille hommes de troupes et vingt-cinq mille bommes de garde nationale, pour contraindre ces soldats indisciplinés ou rebelles à la soumission, et pour opérer leur désarmement.
Le général Bedeau les cerna dès le matin. L'exaspération de la garde nationale contre ces complices présumés ou ces partisans secrets des clubs , était extrême, on demandait <à gi\inds cris l'assaut. Les canons menaçaient les portes. Ces trois mille soldats de Caussidièi'e avaient des munitions considérables. Ils étaient déterminés à faire acheter leur reddition au prix de beaucoup de sang versé , et à faire à l'extrémité sauter le quartier.
A deux heures Caussidière appelé une seconde fois au Luxembourg par la commission executive, refusa de donner sa démission volontaire. Il tint un langage ambigu où l'obéissance et la menace sourde se confondaient sous l'équivoque des ex-