‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 2)Chapitre 3 sur 15 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

La situation de l'Europe était celle-ci : Les traites de 1 8 1 0, bascdu droit public européen avaient refoulé la France dans des limites territoriales trop étroites pour son orgueil et peut-être pour son activité, ces trailés l'avaient séquestrée aussi dans un isolenicnt diplomatique etdans un dénuement d'alliance qui la rendaient perpétuellement ombrageuse et inquiète. La restauration, gouvernement imposé autant qu'accepte aurait pu renouer ces alliances et créer sur le continent et sur les mers un système français, soit en s'alliant avec l'Allemagne contre la Russie et l'Angleterre , soit en se coalisant avec la Russie contre l'Angleterre et l'Autriclie. Dans le premier cas, la France aurait obtenu des dévclop[>ements en Savoie, en Suisse et dans les provinces prussiennes rbénancs par des concessions accordées à l'Autriche en Italie et dans le bas Danube , et sur le littoral de l'Adriatique.

Dans le second cas, la France aurait étouffé l'Autrivhe entre elle et la Russie, elle aurait débordé librement en Italie, repris la Belgique et les frontières du Rhin, influé en Espagne. Conslantinople, la mer Noire, les Dardanelles. l'Adriati(|uc concédés à l'ambition russe lui auraient assuré ces accroissements. L'alliance russe c'est le cri de la nature, c'est la révélation des géograpbies. c'est l'alliance de guerre pour les éventualités de l'avenir de deux grandes races, c'est l'équilibre de paix par deux grands poids aux extrémités du continent contenant le milieu et reléguant l'Angleterre conmie une puissance satellite sur rOcéaa et en Asie. La restauration par sa

nature monarchique et nnli-révolutionnaire donnait des gages à Tune ou à liiutre de ces alliances, elle était de la famille légitime des rois, elle avait la parente des trônes, elle ne pouvait pas les menacer sans renverser sa propre nature.

La dynastie d'Orléans aurait bien voulu porter en elle ces conditions de sécurité morale pour les maisons régnantes et se naturaliser vite dans les familles souveraines, mais elle avait deux taches qui la faisaient reconnaître et qui la faisaient craindre. Une apparence d'usurpation dans son avènement au trône et une nature semi-révolutionnaire dans son élection populaire de 1850. La Russie repoussait ses avances. lAulriche faisait payer cher sa tolérance, la Prusse l'observait. l'Angleterre seule Tacceptait, mais à des conditions de subalternité et quelquefois de complicité humiliante avec la politique britannique, odieuse à la révolution qu'elle avait dérobée, suspecte aux peuples qui n'espéraient rien d'elle, inquiétante pour les rois qui lui reprochaient un trône usurpé, elle ne pouvait avoir qu'une politique isolée, personnelle, temporaire, des Ixèves avec tout le monde , des alliances avec personne. Sa chute même , en alarmant les rois leur causait une sorte de satisfaction secrète en contradiction avec leur intérêt, mais en concordance avec leur nature, il y avait de la vengeance dans cette joie des maisons régnantes. La révolution de Février était à leurs yeux comme une expiation, leur politique souffrait, leur cœur se dilatait.

La Russie, qui n'avait aucun contact avec la

France, ne se troublait pas beaucoup d'une révolution à Paris, elle était trop convaincue de Timpossibilitc matérielle d'une intervention de la France en Pologne , tant que rAlleniagne n'ouvrirait pas la roule et ne serait pas l'auxiliaire de l'indépendance des Polonais.

L'Autriche devait s'alarmer, mais l'homme d'E» tat émincnt qui gouvernait depuis trente-trois ans la monarchie autrichienne, le prince de Metternich , avait depuis longtemps une politique sénile qui assoupissait tout autour de lui et qui laissait la fatalité monarchique gouvernera sa place. Hommeexpcrimenté mais lassé, il avait vu si souvent fuir et revenir la fortune de l'Aulriche qu'il ne soccupait plus de ses mouvements, aussi la Hongrie, la Ctoatie, la Gallicie, la Bohème et l'Italie se décomposaient-elles rapidement sous sa main et l'influence de la maison dAutriche touchait-elle à sa décadence. La république agitait sans la dissiper celte somnolence.

La Prusse était le point sensible vivant et actif de ce côté. C'est sur le cabinet prussien que l'Angleterre appuyait le levier de sa diplomatie conti^ nentale. C'est aussi par celte cour que la Russie agissait sur rAlIcmagnc , mais les populations prussiennes inquiètes de lascendant britannique chez elles, humiliées de l'omnipotence russe, travaillées de l'ambition de gouverner l'Allemagne, et pénétrées par leur province rhénane de la contagion des idées libérales et eonstitulionnelles, penchaient vers la France, elles entraînaient de ce côté leurs honnnes d'Etat. La République leur paraissait l'avènement d'une double destinée pour la Prusse : le système constitutionnel au lieu

de la monarchie militaire, l'ascendant sur l'Autriche au lieii d'un rôle secondaire peu en rapport avcclcur armée et levir civilisation. L'inquiétude que la Prusse pouvait concevoir sur les provinces du Rliin ne Ichiportait pas sur ces* joies de Tambition nationale. Dùt-ollc perdre ses provinces rattachées au centre français, elle entrevoyait deé compensitions en Allemagne dans le Hanovre,

dans lé Holstein et ailleurs.

Quant à l'Angleterre elle avait été favorable d'abord à la dynastie d'Orléans pai'ce que celte dynastie mal assise devait faire longtemps osciller la France, et tenir l'Europe dans un système d'indécision et d'oml)rage dont le cabinet britannique aurait à profiter pour sa puissante, mais le ministère de M. Thicrs en 1840 en menaçant vainement l'Angletere de lui disputer sa roule naturelle aux Indes, et son ascendant nécessaire en Egypte, avait aliéné l'Angleterre, irrité l'esprit national des d'eux peuples, fait revivre d'anciens préjugés, et jaillir d'anciennes colères mal éteintes. Ce ministère il est vrai avait sagement reculé devant la guerre au dernier moment et fini la querelle par la note humiliée du 8 octobre. Mais la défiance était restée dans la réconciliation.

L'Angleterre avait vu le roi élever ses fortifications de Paris et encourager de fa voix et du geste le chant de la Marseillaise ce tocsin des giicrrcs extrêmes, elle s'était reielée davantage vers la Russie. le ministère de M. Guizot lui avait fait d'abord toutes les concessions pour regagner «à oonfîsnce. ce minlttre cher d'abord à 1 Angles

terre parce qu'il semblait avoir été formé sur le 'liiodcle (les hommes d'Etat delà Granâe-pretagne, et pai'cc qu'il i)rcnait avec une grande liaulcur d'alti(udc et de talent le rôle d'un tory de la révolution, avait perdu aussi dans l'esprit dps Apglais.

Ambassadeur à Londres pcn()anl le ministère guerroyant de lil. Tliiers, M! (!iuizpt i^yait été dans la situation éminemment fausse d'un |fomme qui veut la paix et qui menacç de la guerre ses amis pour une mauvaise cause, irappelé en France jjuar le rpî, et par les conservateurs pour réparer "des fautes dont il avait été lui-mciT)e le coinplice comme membre de la coalition parleinenfairc a .ï*aris et comme ambassadeur de M. 'l'hiers à tondrés, sa situation était fausse en France et pîus fausse encore à Londres, il lui fallait à la fois iiiaintenir et répudier jusqu'à un certain pointée qu'il avait dit à la tribune dans l'opposition et ce qu'il avait fait à Londres coiiime a^cnt du ministère de 1840. et il lui fallait en même temps rassurer, caresser, pacifier je parti coriscrvateur dont il était redevenu îé cbéi'. il n'y a pas de génie humain qui soit à la hauteur d'une fausse situation. M. Guizot donnant pleine raison à l'Anglêtcrrq maintenant sui" la question d'Egypte ^ était pousse par le besoin de réconquérir une certaine popularité contre l'Anglelerre ailleurs, à l'inquiéter par une lutte d'inlluence en Espagne, il servait ou il (l.iltait par là aussi l'anibilion de famille du roj. î| lui laissait entrevoir une couronne de pl(is à Jjadrid pour sa maison.

Le mariage impoliliijue du duc de Montpiensicr avec la sœur delà reine d'Espagne, préparé comme uqofntriguâ. découvcji't Jlout à coup comme un

piëge, proclamé ensuite comme une victoire avait \iv('nicnt offensé l'Angleterre. Ce refroidissement de rAngIcterre avait poussé le cabinet des Tuileries à se rapprocher de l'Autriche en lui faisant dans les affaires de la Suisse des concessions contraires à la sécurité de la Fi'ançe, à Tindépcndanee des peuples et encore plus à l'esprit de la révolution. Le mariage du duc de M()nl|)ensier avec la pjinccsse espagnole devait inévitablement ahoulir à une rupture avec TAngleterre et à une guerre de succession , où la France aurait à prodiguer ses trésors et son sang pour un intérêt purement dynastique. Ce mariage portait en soi de tels germes de destruction pour la politique et pour le trône même de Louis-Phih'ppe qu'ils frappaient tous les dii)lomales. Le jour où l'on apprit ce prétendu triomphe de la dynastie d'Orléans, Lamartine s'écria devant plusieurs hommes politiques : « La maison d'Orléans aura cessé de ré- «i gncr en France pour avoir voulu régner aussi « en Fspagne. Avant deux ans la révolution sera •.i faite à Paris. »

L'Angleterre devait donc voir sans peine s'écrouler une dynastie qui après l'avoir flattée longtemps l'avait menacée une fois en Egypte et trompée une autre fois en Espagne. La République fut reçue sans répugnance à Londres. Les hommes d'État de l'Angleterre étaient assez impartiaux, assez sensés et assez versés dans l'histoire pour comprendre que cinquante ans de révolution, d'expérience, de liberté et de progrès dans la raison publique mettraient entre la nouvelle République et la Républi(iue de 1 705 la différence qu'il y a entre

la raison et lu colère, entre une explosion et une institution. Une nation comme la France ne porte dans sa r('\olution que ce quelle a clans sa nature. La Republique du 24 février ne pouvait être que la France de la veille passée dans ses institutions du lendemain.

Or, toute la question de paix ou de guerre pour la République se trouvait contenue dans les dispositions de l'Angleterre. Aucune coalition n'est possible si FAngleterre ne la fomente pas. Elle tient à sa solde le continent dès qu'il est armé. Sans l'Anglclcrrc toute guerre continentale n'est que partielle. Aucune guerre partielle ne peut inquiéter la France, la paix était donc possible, mais pour qu'elle fût certaine il fallait deux cboses : respecter la Belgique dont l'indépendance était à la fois un intérêt anglais et un intérêt prussien; et respecter l'AUemague dont la violation par nous aurait armé l'Autricbe alliée à l'Angleterre et adossée à la Russie.

Quant à l'Espagne la cbute de la dynastie d'Orléans désintéressait à la fois la France et l'Angleterre de leurs prétentions rivales au delà des Pyrénées.

L'Italie ne remuait pas encore. Elle commençait seulement à demander à ses princes le premier degré de la liberté dans des institutions constitutionnelles et le premier degré de l'indépendance italique, dans une fédération de ces tronçons de nationalité entre eux.

Mais s'il était facile à des bommes d'Etat de comprendre cette situation de l'Europe et cette beureuse co'incidence de la République avec des circonstances européennes qui permettaient de

(■qnscrvçr la pbix au coriliriëhi^ îl était pliis dîfli-

cilc do raîrc cbnipréndic à linë rcvoln'ti'on jeune et lioiiillàntc de qucîijiics joins qu'il falljiit se con» tenir, se renfernior dans son foyer intérieur et Li'îllor de là sur l'horizon des peuples siins déborder et sfins incendier à l'instant les autres Etats. Les traités de '1815' pesaient sur les soiivenirs de la France. î.cs désastres de 18IÔ, de 1814 et de 1815 étaient accumulés comme des remords de i^îloirc dans le cœur des populations. La France si essentiellement riiilitaire était non-seidement lasse mais huniiliéc de paix. La révolution semblait rouvrir d'elle-même les portes de la guerre. L'-irliiée l'aspirait, fè péiipic la chantait, la surabondance de population oisive et active la motivait, la fraternité mcîne pour la délivrance des nations oppririiées semblait la sanctifier, la haine des répiii)licains irréfléchis contre les trônes la passionnait, les hommes d'Etat violents la lançaient de leurs lèvres et de leur geste a la rnultitude. enfin les hommes d'Etat empiriques voyaient dans la guerre un expédient précieux à saisir pour élaguer la popvdafion alliée révolutionnaire desvilles^, pour faire une heureuse diversijon aux agitations' intérieures, et pour rejeter sûr les froniicrcs les brandons de ce foyer qui se dévoreraient ciixmèmcs à l'intérieur si on ne les dcverpit pas sur le continent. Les révolutions n'ont qu'une heure disaient-ils , il faut les saisir pendant qu'elles brûlent, quanti elles sont éteintes on les étojiffe du pied. Les révolutions folles n'ont qu'une heure en effet leur répondaient les hommes sensés du parti delà paix ; inais les révolutions humaines, mode-" rëes, et i-éfléchies, ont des années et clcè siécleà

devant elles. Elles ne jouent pas le sort de la lir bcrlé et des proférés des peuples sur une cdrtc dans un .accès dénçri^ic souvent ircnioialc , elles ne jouent qu'à coup sûr. et elles niellent de leur côté le droit, la raison, la justice de la cause, les peuples et Dieu.

Lamartine était convaincu de ces véritds. il était convaincu de plus que si la France attaquait la première, celte agression serait le prclçxle et Ip signal inévitable d'une coalition dos armées et 4'une ligue de rois contre la République, il ne doutait pas que l'énergie accumulée de la France ne Iriompbàt longtemps de celte coalition, mais l'histoire qt le bon sens lui disaient que la guerre offensive d'un peuple contre tous les autres, finissait tôt ou lard par une invasion, même quand ce peuple avait les soldats de Napoléon pour armée, et la tète de Napoléon pour les conduire. La République amenant l'invasipn de la France reculait de cinquante ans la liberté, de plus (et c'était là surtout sa pensée), Lamartine savait par l'iiistoire et par la natui*e que toute guerre d'un seul peuple contre tous les autres est une guerre extrême et désespérée ; que toute guerre extrême et désespérée exige dans la nation qui la supporte des efforts et des moyens de convulsion aussi extjêmes et aussi désespérés que cette guerre elle-même ; que des efforts et des moyens de celte nature ne peuvent être employés que par un gouvernement extrême et désespéré aussi ; et que ces moyens sont les impôts excessifs d'or et de sang, les emprunts forcés, les papiers-monnaies, les proscriptions, les

tribunaux révolutionnaires et les échafauds. Inaugurer la Réptihlique par un tel gouvernement' celait inauii,urer lu tyrannie an lieu de la iiborté,^ le erinie au lieu de la vertu publique, la ruine du peuple au lieu de son salut. Lamartine et ses rol- Icgues auraient plutôt donné leur tèle à la révolution que de lui donner une goutte de sang.

Lamartine avait de plus une foi absolue dans la puissance de ("lionnètelé et du droit en politique. 11 savait que presque foutes les guerres nélaient que des expiations des injustices des peuples cnire eux. Il avait la persuasion que la justice et le respect de la république envers ses voisins seraient pour la France deux armées qui couvriraient' mieux les frontières que deux millions d bommes^' et qui propageraient plus l'idée démocratique quff la ilamme du canon. La France est aimée des peuples. L'attrait quelle inspire par son intelligence, son caractère et son génie est une de ses grandes forces dans le monde. La France désarmée est encore l'amour de l'univers. Changer ce prestige national d'amour et d'attraction en crainte et en horreur de ses armes, c'est dé' gurer la nation. La peur qu'elle inspire un moment ne vaut pas pour elle la puissance de sympathie dont Dieu l'a armée.

Il en est de même de la démocratie, qui allait faire une nouvelle épreuve de la puissance de contagion morale sur l'esprit des peu[)lcs. Lamartine avait le juste pressentiment que si la démocratie française était agressive, et que si elle se laissait dès le premier jour dénaturer par l'esprit de conquête ou confondre avec l'ambition nationale clic repousserait au lieu d'attirer. D'ailleurs

quelle était la nature de la révolution de Février,: étoit-cc une révolution territoriale ou une révolution d'idées? C'était cvidcnîmcnt une révolution didf'es, une question de l'éj^ime intérieur.

Mais ces pensées étaient trop philosophiques potjr pénétrer d'elles-mêmes les niasses soulevées et impatientes de débordement sur ri';urope,si ees pensées n'eussent ' té présentées que par la voix d'un ministre des affaires étrangères et d'un gouvernement. Elles furent heureusement secondées par les hommes influents de tous les partis pliîlosophi(|ucs et même sotialistes auxquels ï\ni'-, toiie doit eelte justiee, qu'ils serviront loyalement et puissamment alors les idées de fraternité et de paix.

Avant de soumettre ces pensées au gouverne-' ment provisoire, Lamartine écrivit à tous les agents diplomaliques une lettre eourtc et vague poiM- leur ordonner de notifier l'avènement de la| République française aux différentes cours au-! près dcsqneliles ils résidaient.

<: La répuL'Iiqne, disait-il à'ses agents, n'a pas « changé la place de la France en Europe. Elle <! est prête à renouer les rapports avec les autres « nations. " "'.

Ce mot était jeté dans cette première communi-. cation comme un symptc^me propre h rassurer lés' gouvernements et les peuples sur le caractère civilisé que la noiivclle Répuldique voulait donner, à la politique étrangère. Lamartine réunit tous lé$ employés du ministère. Rassurez-vous leur dit-il.* ceux d'entre vous qui voudront servir loyalemeiR,

là Republique seront conservés dans leurs fon(v lions. La patrie n'a pas disparu avec la royautç.

Cependant une révolution au niomcnl où elle s'aeooinplit ne peut pas confier ses secrets et son salut à ceux qui devaient la rcdouler et la combattre la veille. Elle se trahirait ellc-racmc. Lamarlîne ne voulait pas briser le mécanisme et. le personnel de cette administration centrale des afTaircs étrai^igcres que Je temps avait organisée et ^qui compte dans son sein des hommes sûrs, spéciaux, expérimentés, éminenls. Il les laissa ^à leurs postes inactifs, ou employés seulement à des travaux de simple formalité, il retira à son cabinet particulier ou à lui seul tout l'esprit, tout le secret et toute la conduite de la diplomatie de la république.

A l'étranger, Lamartine rappela successivement tous les ambassadeurs et presque tous les ministres plénipotentiaires, leur présence dans les différentes cours avait un double inconvénieut. La République n'était pas reconnue, il y avait danger à ce que leur résidence auprès des gouvernements indécis ou hostiles fût l'occasion de froissements nuisibles à l'établissemeut des nouveaux rapports. De plus, CCS ambassadeurs étaient en général |des hommes politiques, d'anciens ministres personnellement attachés par leur sentiment et par leurs regrets à la royauté déchue. Leur confier les négociations de la république au moment même où elle luttait contre la royauté, c'était l'exposer à être desservie. Le ministre envoya à la place de ces agents secrets ou confidentiels choisis parmi les hommes d'opinions répubîîcainés ou sans liens avec

la dynnstic fugitive. Il Icui* donna verbalement a chacun les ipslruclions propres au pays où il les envoyait, ces instructions se résajnaicntçn ces mots : observez, iiiforniez et donnez dans v6$ conversa iions avec les sonvcraijnlg, les ministres et< les peiiplosson véritable sens à la nouvelle Piépubliquc. pacifique si on la comprend, terrible si on ïâ j)rovoque. , . \ '> ■< i)i>

Atlendre avec dignité rAngletcrre.peGhcrfel^^ I.1 Prusse, observer laîlbssie. calmer la Pologne., caresser l'Allemagne, éviter rAulricbe. sourire à rilaiie sans l'exciter, rassurer la Turquie, abanddiincr l'Espagne à elle-même, ne tromper pcr-. sonne ni par de vaincs craintes ni par de vaincs espérances, ne pas lapccp un, mot qu'on eût à retirer un jour, l'aire de la probité républicaine, rame d'une diplomatie sàris aml)ition comme sans An'bicsse. Telles étaient les instructions confulenticlies , quels que fussent les événements à survenir Lamartine voulait que la République eût raison partout. , . . , ' n ... i,,..

Les diplomates qui repyfi^epjajcnt a P^r;is |C;s: difTércnlcs cours, sans rcconiiaître encore le nouveau gpuyerncment avaient des entretiens oHir cicux avec le ministre des affaires étrangères. Lps ombragés qiic Iciirs cours avaient pu concevoir toiiibaient dans ces entretiens qœur h cœur entre des hommes qui désiraient également éviter des malheurs au monde et sauver du sang à Thumanité. ce fut uii bonheur pour le genre humain que ce concert préexistant de bonnes intentions, de lumières et de sagesse entre le gouvernement provisoire et Icsrçprésentaiits de l'Europe à Paris.

Les relations sdui-des maî^ iiieriveillantes ne

tardèrent pas h s'établir entre le cabinet de Paris et les cabinets étrangers.

Le premier symptôme du désir d'éfablir des raj)ports pacifiques avec le nouveau gouvernement français fut un mot du duc de Wellington à Lamartine en réponse à une ouverture indirecte et verbale que Lamartine lui avait fait faire par lin neveu de cet homme d'p]tat. Lamartine répliqua par écrit à ce mot comme il convenait, en glorifiant la pensée de paix dans la bouche de rhonime de guerre. La première impression de TAngietcrrc exprimée par son premier citoyen était un augure qui faisait bien espérer le monde, quand la France et l'Angleterre s'entendent pour donner la paix à l'Europe, aucune puissance ne peut impunément la troubler.

C'était la France qui venait d'agir, c'était sur la France qu'on avait les yeux, c'était à la France de parler la première. ILurope et la Fiance ellemême attendaient avecanxiélé ce premier mot de la République au monde, il était prudent et digne de le faire attendre quelques jours. La République ne devait pas se préoipitervcrs la paix comme une puissance timide qui craint la guerre. Elle devait la déclarer possible et non l'injplorer comme nécessaire. Elle devait de plus s'assurer secrètement avant de proférer les dogmes de la paix que ces dogmes ne seraient pas désavoués avec insulte par les autres puissances. Elle se serait exposée à voir ses avances au principe pacifique dénaturées. Elle aurait à recueillir, au lieu des sympatbies qu'elle méritait, des défis qu'elle aurait été dans la néces-

êilé de relever ou de venger. 11 rédigea ie manifeste de la République. Il le soumit le G mars à la délil)ération de ses collègues, des uiinistrcs et de qr.elqucs hommes politiquescminents de lopinion républicaine qui assistèrent ce jour-là à la délibération.

La séance était solennelle. Sept hommes sortis quelques jours avant d'une tempête tenaient dans leurs mains la paix ou la guerre. D'un mot ils allaient armer et faire entrechoquer les principes et les hommes sur toute la tei're, ou rasséréner riiorizon du globe. Lamartine était décidé à faire de la déclaration de la paix la condition absolue de sa présence au gouvernement. La généralité de ses collègues ainsi que les ministres n'y étaient pnsmoinsdécidésque lui. Le manifeste ne subit aucune discussion de fond. On était daccord sans s'être entendu. Tout se borna à quelques expressions contestées et modi liées mais d'un accord presque unanime sur la manière dont la République déclarait entendre les traités de 4815. Louis Blanc lui-même applaudit à l'ère fraternelle ouverte par ce manifeste à l'humanité.

Le lendemain ce manifeste parut.

MAXlFESTIi A l'eCROPE.

« Vous connaissez les événements de Paris, la victoire du peuple, son héroïsme, sa modération, son apaisement, l'ordre rétabli par le concours de tous les ciloycns, comme si, dans cet interrègne des pouvoirs visibles, la raison générale était à elle seule le Gouvernement de la France.

« La révolution française vient d'entrer ainsi dans sa

Eériode définitive. La France est République : la Répulique française n'a pas besoin d'être reconnue pour exis-

ter. Elle est de droit naturel , elle est de droit nalion^l. Elle pst la volniité d'un grand petipldoui'nc tlp'"intiTidëk)'n titre qu'à iiii-mênie. Ce|>en(|nr)t, la RX'piiljlî'Hio française désirant entrer dans la famille des gouvernements institués comme une [niissance régulière, et non comme un phcnftmène porturbateiir diE l'ordre européen, il'estcori- Yenablc ()ue v6us fassiez promptemcht comallre au ^onvernement près duquel vous êtes accrédité les principes elles tendances qui dirigeront désormais la poli|,ique extérieure du Gouvernement français.

■" « La proclamation do la Répuldique française n'est un acte d'agression contre aucune forme de gouvernement dans le monde. Les formes de gouvernement ont des diversités aussi légitimes que les diversités de caractère, de situation géograihique et de développement intellecluel, mural cl màt-^ricl cliez les peuples. Les nations ont, comme les individus, des âges différents. Les principes qui les régissent ont des phases successives. Le* gouve^iiemenls monarchi(|ucs, aristocratiques, constitutionnels, républicnins, sont l'expression de ces di(]["érçnls degrés de maturité d'J génie des peup'es. Ils demaTident plus de lil)erlé à mesure cprils scsentent ra'paljfcs d'en supporter davantage; ils demandent plus d'cgaliîé et de démocratie à mesure qu'ils sont inspiiés par plus dn justice et d'amour pour le peuple. Question de temps. Un peuple se perd' en devançant l'heure de cette maturité, comme il se déshonore en la laissant é' happer sans la saisir, l^à monarchie et la république ne sont pas. aux yeux dès vcrilahlrs hommes d'Etat, des principes absolus qui se combaflent à mort; ce sont des faits qui se conlrastcpt et qui peuvent vivre face àfaccf, en se' Comprcnh'û't et cli se respectant.

« La guerre n'est dore pasle principede la République française, comme elle rn devint h fatale et glor.euse nécessité en J792. Entre -1792 f t IS-iH. il y a un liemi-siècle. Revenir, après un d(îmi-sicclc, au principe de 1792 ou au principe de conquête de l'empire, eene serait pas avancer, ce serait rétrograder dans le lennps. La rc'voIntfoM d'hier est un pas en avant, non en ari^ière. Le monde et nous, nous voulons marcher à la fratcri;ité et à la paix.

0 Si la situation de la R-^nublique française, en 1792, texpliquoit loguerr«, I«» differwnîw qui ë!t< Vf Mit entre ceUé

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