‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 10 sur 244 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

plus fausse encore à Londres, il lui fallait à la fois maintenir et répudier jusqu'à un certain point ce qu'il avait dit à la tribune dans l'opposition et ce qu'il avait fait à Londres comme agent du ministère de 1840. et il lui fallait en même temps rassurer, caresser, pacifier le parti conservateur dont il était redevenu le chef, il n'y a pas de génie humain qui soit à la hauteur d'une fausse situation. M. Guizot donnant pleine raison à l'Angleterre maintenant sur la question d'Egypte, était poussé par le besoin de reconquérir une certaine popularité contre l'Angleterre ailleurs, à l'inquiéter par une lutte d'influence en Espagne, il servait ou il flattait par là aussi l'ambition de famille du roi. il lui laissait entrevoir une couronne de plus à Madrid pour sa maison.

Le mariage impolitique du duc de Montpensier avec la sœur de la reine d'Espagne, préparé comme une intrigue, découvert tout à coup comme un piège, proclamé ensuite comme une victoire avait vivement offensé l'Angleterre. Ce refroidissement de l'Angleterre avait pîmssé le cabinet des Tuileries à se rapprocher de l'Autriche en lui faisant dans les affaires de la Suisse des concessions contraires à la sécurité de la France, à l'indépendance des peuples et encore plus à l'esprit de la révolution. Le mariage du duc de Montpensier avec la princesse espagnole devait inévitablement aboutir à une rupture

avec l'Angleterre et à une guerre de succession, ou la France aurait à prodiguer ses trésors et son sang pour un intérêt purement dynastique. Ce mariage portait en soi de tels germes de destruction pour la politique et pour le trône même de Louis-Philippe qu'ils frappaient tous les diplomates. Le jour où Ton apprit ce prétendu triomphe de la dynastie d'Orléans , Lamartine s'écria devant plusieurs hommes politiques : « La maison d'Orléans aura « cessé de régner en France pour avoir voulu ce régner aussi en Espagne. Avant deux ans la « révolution sera faite à Paris. »

L'Angleterre devait donc voir sans peine s'écrouler une dynastie qui après l'avoir flattée longtemps l'avait menacée une fois en Egypte et trompée une autre fois en Espagne. La République fut reçue sans répugnance à Londres. Les hommes d'Étal de l'Angleterre étaient assez impartiaux, assez sensés et assez versés dans l'histoire pour comprendre que cinquante an» de révolution, d'expérience, de liberté et de progrès dans la raison publique mettraient entre la nouvelle République et la République de 1793 la différence qu'il y a entre la raison et la colère, enlre une explosion et une institution. Une nation comme la France ne porte dans sa révolution que ce qu'elle a dans sa nature. La République

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