‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 9 sur 244 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

de l'ambition de gouverner l'Allemagne, et pénétrées par leur province rhénane de la contagion des idées libérales et constitutionnelles, penchaient vers la France, elles entraînaient de ce côté leurs hommes d'État. La République leur paraissait F avènement d'une double destinée pour la Prusse : le système constitutionnel au lieu de la monarchie militaire, l'ascendant sur l'Autriche au lieu d'un rôle secondaire peu en rapport avec leur armée et leur civilisation. L'inquiétude que la Prusse pouvait concevoir sur les provinces du Rhin ne l'emportait pas sur ces joies de l'ambition nationale. Dût-elle perdre ses provinces rattachées au centre français, elle entrevoyait des compensations en Allemagne dans le Hanovre, dans le Holstein et ailleurs.

Quant à l'Angleterre elle avait été favorable d'abord à la dynastie d'Orléans parce que cette dynastie mal assise devait faire longtemps osciller la France, et tenir l'Europe dans un système d'indécision et d'ombrage dont le cabinet britannique aurait à profiter pour sa puissance, mais le ministère de M. Thiers en 1840 en menaçant vainement l'Angleterre de lui disputer sa route naturelle aux Iodes, et son ascendant nécessaire en Egypte, avait aliéné l'Angleterre, irrité l'esprit national des deux

peuples fait revivre d'anciens préjugés, et jaillir d'anciennes colères mal éteintes. Ce ministère il est vrai avait sagement reculé devant la guerre au dernier moment et fini la querelle par la note humiliée du 8 octobre. Mais la défiance était restée dans la réconciliation.

L'Angleterre avait vu le roi élever ses fortifications de Paris et encourager de la voix et du geste le chant de la Marseillaise ce tocsin des guerres extrêmes, elle s'était rejetée davantage vers la Russie, le ministère de M. Guizot lui avait fait d'abord toutes les concessions pour regagner sa confiance, ce ministre cher d'abord à l'Angleterre parce qu'il semblait avoir été formé sur le modèle des hommes d'État de la Grande-Bretagne, et parce qu'il prenait avec une grande hauteur d'attitude et de talent le rôle d'un tory de la révolution, avait perdu aussi dans l'esprit des Anglais.

Ambassadeur à Londres pendant le ministère guerroyant de M. Thiers, M. Guizot avait été dans la situation éminemment fausse d'un homme qui veut la paix et qui menace de la guerre ses amis pour une mauvaise cause, rappelé en France par le roi, et par les conservateurs pour réparer des fautes dont il avait été lui-même le complice comme membre de la coalition parlementaire à Paris et comme ambassadeur de M. Thiers à Londres, sa situation était fausse en France et

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