‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 121 sur 244 · LIVRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZIÈME

immense perte pour la République pratique, quand le génie déserte, la cause souffre et le siècle est en deuil.

Raspail très-puissant sur les faubourgs de Paris consentit à avoir un entretien avec Lamartine. Cet entretien fut long et sans réticences des deux côtés. Lamartine avait entendu une fois Raspail défendant sa cause devant la Cour des pairs, il était resté . frappé de cette éloquence originale, pittoresque, résignée et intrépide à la fois, la politique de Raspail paraissait consister en aspirations religieuses, populaires, égal i ta ires, plus senties que rédigées dans son esprit, l'impatience le saisissait, il venait de pousser le peuple par son journal et par son club à demander l'ajournement des élections et un dictateur populaire pour gouverner. Lamartine l'apaisa en lui montrant les dangers d'une si intolérable usurpation pour la République, il lui ouvrit les perspectives indéfinies de progrès et de charité sociale contenues dans l'institution républicaine au fur et à mesure des développements de la raison et de la vertu de la société, il le convainquit de l'impraticabilité des transformations violentes des bases de la propriété, il le conjura de donner du temps et de la confiance au pays en n'usurpant rien sur la souveraineté de tous. Raspail philosophe plus qu'ambitieux, fut touché des raisons et de l'ardeur de Lamartine, il lui promit de revenir sur ses pas,

de combattre les complots de dictature, d'attendre la souveraineté nationale et de ne conspirer qu'à haute voix et à la tribune. L'influence presque superstitieuse qu'il exerçait sur l'esprit des masses contribua beaucoup pendant cette période à décourager les complots et à contenir te peuple des faubourgs dans la patience et dans la légalité.

Cabet dont l'imagination moins forte se laissait évidemment emporter à des songes d'ambition plus illimitée fut moins accessible à la raison, on voyait que son fantôme d'invention communiste flottait toujours entre son interlocuteur et lui. Cependant Lamartine comme citoyen n'eut qu'à se féliciter de ses rapports avec Cabet. ce chef de secte ne pouvait voir avec plaisir des tentatives de dictature qui auraient donné la suprématie à des socialistes ou à des tribuns ses rivaux de système et de popularité, il retint les communistes de son parti et par eux une partie active du peuple dans l'expectative que Lamartine voulait imposer à tous les partis.

Un jeune homme qui avait montré une fois une. grande promesse de talent à la Chambre des pairs, M. d'Alton Shée était alors applaudi dans les réunions populaires, il combattit avec ardeur et désintéressement les plans anarchiques et les doctrines excessives. Entraîné depuis dans d'autres voies il

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