‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 135 sur 244 · LIVRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZIÈME

gés irlandais partis de Dublin pour venir demander des encouragements et des armes à la République française. La vieille haine nationale entre la France et l'Angleterre favorisait leur cause ; le parti démagogique, le parti militaire et le parti catholique s'unissaient en France pour faire considérer la cause de l'insurrection irlandaise comme une cause de la liberté, de l'Église, et de la France. Lamartine ne se dissimulait rien des clameurs que ces trois partis allaient pousser contre lui, s'il osait refuser le concours de la République à une guerre civile contre l'Angleterre, 11 l'osa néanmoins, appuyé sur la loyauté de la République. Il ne trouva pas que toutes les armes fussent bonnes pour combattre une puissance rivale, mais amie, et avec laquelle il voulait resserrer les liens de la France libre.

«Citoyens de l'Irlande, leur répondit-il, s'il « nous fallait une autre preuve de l'influence paci- « fiquede la proclamation du grand principe démo- « cratique, ce christianisme nouveau éclatant à « l'heure opportune et séparant le monde, comme « autrefois, en monde païen et en monde chrétien, « nous la trouverions cette preuve de l'action toute- « puissante d'une idée, dans les visites que les « nations ou les fractions de nations viennent rendre « spontanément ici à la France républicaine et à « son principe !

a Nous ne sommes pas étonnés de voir au jour-

« d'hui ici une partie de l'Irlande. L'Irlande sait « combien ses destinées, ses souffrances et ses pro- « grès successifs en liberté religieuse, en unité et en « égalité constitutionnelle avec les autres parties « du Royaume-Uni ont ému de tout temps le cœur « de l'Europe! Nous le disions il y a peu de jours à « une autre députation de vos concitoyens , nous « le dirons à tous les enfants de cette glorieuse île ce d'Erin qui, par le génie naturel de ses habitants « comme par les péripéties de son histoire est à la « fois la poésie et l'héroïsme des nations du Nord.

<c Sachez donc bien que vous trouverez en « France , sous la République 9 tous les sentiments « que vous lui apportez. Dites à vos concitoyens « que le nom de l'Irlande et le nom de la liberté « courageusement défendue contre le privilège est « un même nom pour tout citoyen français. Ditesce leur que cette réciprocité qu'ils invoquent, que « cette hospitalité dont ils se souviennent, la Réputé blique sera glorieuse de s'en souvenir et de les pra- « tiquer toujours avec les Irlandais, dites-leur surtout « que la République française n'est pas et ne sera « pas une république aristocratique où la liberté « masque le privilège , mais une république em- « brassant le peuple tout entier dans les mêmes « droits et dans les mêmes bienfaits.

« Quant à d'autres encouragements, il ne serait « pas convenable à nous de vous les donner, à vous

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