LIVRE TREIZIEME
de Lamartine. Elle frappa vivement son esprit. Il résolut de tout tenter pour conquérir ce caractère, cette opinion et cette épée à l'Assemblée et au gouvernement. Il ne connaissait ni le général, ni sa famille. Il apprit que M. Flocon avait des relations avec la mère du général, il pria son jeune collègue de l'introduire auprès de cette femme très-éminenle, disait on, de cœur, d'esprit, de patriotisme. Il ne cacha pas à M. Flocon l'objet de l'entrevue qu'il sollicitait de madame Gavaignac. M. Flocon partageait le désir du ministre des affaires étrangères, de donner un chef militaire et républicain à l'armée, mais il craignait que la mère des deux Gavaignac déjà en deuil du premier de ses fils, ne voulût pas contribuer à compromettre la vie du second en le rappelant dans un temps d'orages et pour des missions périlleuses, d'une colonie paisible et d'un climat nécessaire au rétablissement de sa santé.
Madame Gavaignac consentit néanmoins à recevoir le ministre des affaires étrangères. Lamartine trouva dans un quartier éoarté et dans un appartement modeste meublé de tous tes signes du veuvage, du recueillement, et de la piété, une femme en deuil, dune physionomie profonde et expressive où la sensibilité et la force luttaient sur des traits graves et résignés. Il comprit du premier coup d'œil pourquoi les républicains avaient appelé cette
femme la mère des Gracques. Elle avait en effet dans son élévation, dans sa simplicité et dans son accent quelque chose d'antique et cependant de chrétien, des hommes libres pouvaient être éclos sous ce regard.
La conversation ne démentait pas cet extérieur. Lamartine en avait rarement rencontré d'analogue si ce n'est dans quelques femmes célèbres des souches héroïques de Rome ou de Florence. Une tendresse de mère, une énergie de citoyenne y résonnaient dans un accent viril. Il aborda le sujet de l'entretien. Il parla à madame Cavaignac des dangers de la République si elle venait ou à faiblir ou à s'exagérer à son début; de la nécessité de l'entourer de forces honnêtes et modératrices pour lui sauver les convulsions des gouvernements faibles et spasmodiques; du sacrifice que la fondation de Tordre libre et démocratique demandait à tout le inonde et même aux mères; du désir extrême qu'il avait de voir l'armée se rapprocher de Paris sous la garantie républicaine du nom de son fils. Madame Cavaignac résista, elle s'attendrit, non sur elle, mais sur la liberté, elle finit par se laisser vaincre.
« Vous me demandez le plus grand des sacri- « fices, dit-elle à Lamartine, mais vous me le de- « mandez au nom du plus absolu des devoirs. Je e vous l'accorde. Je consens à être l'intermédiaire