‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 154 sur 244 · LIVRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TREIZIÈME

« de vos désirs auprès de mon fils. Je vais lui écrire « notre conversation, j'irai vous porter sa ré- « pcmse. »

Quelques jours après le général lui-même répondit à Lamartine. Sa réponse était digne du fils d'une telle mère sans empressement comme sans faiblesse. Il Tut convenu que le général demanderait un congé au gouvernement et qu'il viendrait en France. De ce jour les trois principales pensées de prévoyance de Lamartine contre la guerre étrangère, contre la guerre civile et contre l'anarchie à Paris au moment de la réunion à l'Assemblée nationale lui parurent accomplies. Il s'avança avec plus de confiance vers l'inconnu.

Mais cet inconnu de quelques semaines était encore-plein de problèmes et de complots.

Plus le terme de la dictature approchait, plus les partis extrêmes qui sentaient s'évanouir leur règne s'acharnaient à le disputer à la nation. Ils frémissaient au seul nom de l'Assemblée nationale. Ils déclaraient hautement dans leurs conciliabules et dans leurs clubs, tantôt qu'ils renverseraient la ma* jorité du gouvernement>avant le jour des élections; tantôt qu'ils ne laisseraient entrer l'Assemblée nationale dans Paris que comme une représentation suspecte et captive .au milieu d'une haie de deux

cent mille prolétaires dont elle n'aurait qu'à promulguer les plébiscites ou à subir les violences.

Des mots sinistres et atroces échappaient comme des explosions involontaires du sentiment de révolte qui grondait dans les cœurs de certains hommes. Les discours des clubs et des délégués du Luxembourg devenaient plus amers et plus significatifs, des rapports secrets révélaient au gouvernement des réunions nocturnes où les chers des principales factions opposées à la réunion de l'Assemblée cherchaient soit à prévenir de concert ce jour par un mouvement, soit à rester tellement armés dans Paris de forces révolutionnaires que l'Assemblée nationale n'y fût que leur jouet. Les membres de la majorité du gouvernement étaient désignés à la suspicion et à la colère d'une partie du peuple. Des journaux accusateurs étaient colportés contre eux. Des affiches dans lesquelles on les dénonçait à l'indignation publique rédigées par des démagogues allemands sortaient la nuit de presses suspectes, et enflammaient l'esprit public contre les hommes décidés à remettre la République au pays. Quelquesunes de ces affiches spécialement dirigées contre Lamartine étaient placardées à l'insu de ses collègues par des émissaires qui abusaient de leurs noms et de leur protection. Des témoins et des confidents indignés de ces hasards où ils croyaient voir des complots venaient la nuit les révéler à Lamartine.

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