LIVRE TREIZIÈME
Lamartine n'y croyait pas. Il était convaincu de la loyauté de ses adversaires. On pouvait se combattre, non se trahir.
Mais deux campé étaient distincts dans le gouvernement. Autour de ces deux camps se groupaient des tendances diverses, des systèmes de république opposés, des hommes antipathiques, ombrageux, violents. Ces hommes pouvaient tirailler la volonté des chefs, les aigrir les uns contre les autres, semelles défiances entre eux , puis enfin les pièges, et se servir de leur drapeau et de leur nom pour recruter des factions et pour entraîner ensuite ces factions à des extrémités.
La majorité du gouvernement était constamment obsédée d'avis alarmants sur les trames qui s'ourdissaient, disait-on, contre sa sûreté. Oh changeait fréquemment le lieu de réunion du conseil. On se prémunissait contre les coups de main. On réunissait quelquefois secrètement jusqu'à deux ou trois cents hommes armés dans les environs du ministère des finances ou du Luxembourg pour prévenir une surprise. Tons les partis se suspectaient et se surveillaient.
Lamartine était informé par des confidences spontanées d'hommes bien placés pour tout savoir et par sa police secrète sur les étrangers, que des desseins irrésolus se combattaient dans l'esprit des chefs principaux des factions et des clubs contre lui.
Des fanatiques de démagogie parlaient hautement de se défaire de lui. Il recevait tous les jours de Paris et des départements des menaces écrites d'assassinat. La police même de Caussidière lui transmettait ces avertissements. Il se fiait à sa destinée. Il s'était dévoué le 24 Février à tout même à la mort pour donner son vrai sens à la Révolution, pour la conserver pure de crime, de sang, et pour lui faire traverser sans catastrophe intérieure et sans guerre extérieure l'interrègne qui pouvait engloutir son pays. Il voyait le bord. Il était sûr que sa mort serait le signal du soulèvement de l'immense majorité du peuple de Paris et de l'unanimité des départements, et qu'elle assurerait le triomphe de l'Assemblée nationale sur les dictateurs. Cette certitude le rendait heureux et serein. Il ne prenait aucune précaution quoiqu'il sût que de mauvais desseins veillaient jusqu'à sa porte. Il sortait à toute heure de la nuit et du jour, squI, à pied, sans autres armes qu'une paire de pistolets sous son habit. Sa popularité veillait sur lui à son insu.
Elle grandissait tellement alors dans toute la France et dans toute l'Europe qu'il recevait jusqu'à trois cents lettres par jour et que tous les départements lui faisaient demander s'il voulait les représenter. Les peuples qui ont toujours besoin de personnifier un instinct dans un homme avaient personnifié alors en lui l'instinct de la société me-