‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 157 sur 244 · LIVRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TREIZIÈME

Depuis quelques jours les discussions intérieures étaient âpres et vives, d'énergiques dissentiments se trahissaient entre la majorité et la minorité. Le ministre de l'intérieur occupé des préparatifs des élections venait plus rarement au conseil et n'y faisait que de courtes apparitions. Louis Blanc et Al* bert patrons avoués des délégués du Luxembourg et des trente ou quarante mille ouvriers qdi composaient leur armée parlaient de mécontentements menaçants et promulguaient des exigences impérieuses au nom de cette partie du peuple. Ils ne les justifiaient pas, mais ils les articulaient sous forme d'avertissements au gouvernement.

Ils paraissaient informés par ces hommes, et par leurs rapports personnels avec les clubs et avec d'autres centres d'action , de quelque grand mouvement populaire de nature à imposer à la majorité les volontés extrêmes et le dernier mot de la multitude.

A la séance du 14 avril qui se prolongea fort avant dans la nuit les indices parurent plus significatifs, et les deux chefs du Luxembourg avouèrent avec une douleur mêlée de reproches qu'une manifestation immense semblable à .celle du 17 mars mais plus décidée à obtenir l'ajournement des élections et la satisfaction d'autres griefs aurait lieu le surlendemain dimanche 16 avril.

Le gouvernement fut indigné plus qu'étonné.

assez de fumeurs recueillies par les différents membres de la majorité de tous les côtés de l'horizon annonçaient depuis quelques jours une tentative des partis extrêmes pour épurer le gouvernement provisoire des principaux membres de la majorité et pour changer la minorité en majorité par l'adjonction d'un certain nombre de chefs de clubs et de factions. On parlait d'un comité de salut public qui retremperait la dictature dans la souveraineté oclocratique d'une seule partie du peuple, qui déchirerait le décret des élections, qui concentrerait le gouvernement dans la capitale, qui l'exercerait un certain temps avant de s'en dessaisir et qui convoquerait une Convention après avoir épuré les électeurs.

Lamartine feignit d'apprendre ce projet de manifestation pour la première fois de la bouche de ses deux collègues; il ne les soupçonnait pas d'y tremper, il en soupçonnait moins encore le ministre de l'intérieur, mais il pensait qu'Albert, Louis Blanc et les hommes de la minorité du gouvernement pourraient avoir sur les organisateurs de ce mouvement une influence et une autorité qu'il n'avait pas luimême sur cette partie de la révolution. En conséquence il les adjura avec une douleur vraie mais avec une énergie de paroles qu'il exagérait à dessein, d'employer toute leur action morale sur la partie du peuple dont ils disposaient pour prévenir une mani-

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