‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 158 sur 244 · LIVRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TREIZIÈME

feslation si intempestive, si odieuse aux départements, si alarmante pour la paix de Paris, si mortelle à l'acceptation de la République, il leur traça en traits rapides mais saisissants les conséquences d'une rupture violente de l'imité du gouvernement conservée jusque-là au prix de tant de sacrifices. Il leur montra les nouveaux dictateurs par droit d'épuration populaire épurés eux-mêmes huit jours après, et victimes inévitables du peuple après en avoir été les instruments et les complices. Il affecta plus de terreur et de découragement qu'il n'en éprouvait, afin de leur en inspirer à eux -mêmes -et de reporter par eux la terreur et le repentir dans l'âme des conspirateurs de ce mouvement.

Ces collègues parurent émus et décidés à s'interposer s'il en était temps entre les meneurs de la manifestation projetée et le gouvernement. Flocon qui pensait comme Lamartine bien qu'il fût plus lié que lui avec les partis extrêmes, jura avec loyauté qu'il détestait de pareils projets, et qu'il ne trahirait jamais en s'y associant la foi que les membres d'un même gouvernement quoique séparés quelquefois de vues se devaient entre eux. La séance finit par ces adjurations de Lamartine adressées au dehors plus qu'au dedans, et par cette franche déclaration de Flocon.

Le lendemain Lamartine apprit par Louis Blanc et par Albert que leurs instances pour prévenir la manifestation avaient été vaines, mais les meneurs subalternes leur avaient promis de faire des efforts pour modérer le mouvement, pour le désarmer, et pour lui enlever tout caractère de violence. Lamartine répondit à ses collègues avec désespoir, que la violence était dans le rassemblement lui-même; que le poids de la masse et du nombre était une arme trop suffisante contre un gouvernement désarmé; que le peuple allait violer lui-même et perdre bientôt ce qu'il avait conquis s'il affligeait contraignait et scandalisait la République par des journées semblables* et pires peut-être que celle du 17 mars.

Mais le mot d'ordre était donné, le sort était jeté, il était trop tard pour que les chefs quels qu'ils fussent eussent le pouvoir de contremander et de dissoudre le mouvement. Louis Blanc et Albert en paraissaient profondément attristés eux-mêmes. Lamartine et ses collègues les plus intimes se résignèrent à recevoir l'assaut qu'on leur annonçait et livrèrent à Dieu et au peuple la destinée du lendemain.

Cependant quoique désarmés les membres du gouvernement avertis, ne négligèrent rien individuellement par leurs intelligences dans les diffé-

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