LIVRE QUATORZIÈME
Tout devint facile au gouvernement à dater du 16 avril, les factieux et les ambitieux avaient été convaincus de leur impuissance. Le coup de main pour enlever la dictature par les clubs, et pour perpétuer et dépraver le gouvernement révolutionnaire avait été déjoué. Les partis ne se résignèrent pas, mais ils frémirent. Ils prirent en aigreur ce qu'ils avaient perdu en espérance. Les clubs devinrent conspirateurs, les journaux envenimèrent les discussions du gouvernement, rares, mais acerbes. Une émeute d'ouvriers soufflée par les factieux désespérés de Paris, tenta à Rouen ce qui avait échoué dans la capitale. Energiquement réprimée par la garde nationale et par l'armée, cette émeute et les mesures prises pour sa répression devinrent le texte de violentes récriminations. M. Arago défendit avec indignation et courage les officiers généraux inculpés par les pétitions démagogiques.
Mais l'heure de l'Assemblée nationale appro-
chait. La majorité du gouvernement temporisa. Lamartine, les yeux exclusivement fixés sur le jour des électrons, négligea dès ce tnoment tontes les dissensions de détail et même de principes qui pouvaient surgir entre la majorité et la minorité du gouvernement. Il redouta plus que jamais tout déchirement violent qui aurait pu compromettre le seul véritable objet de ses efforts et des efforts de la majorité : La convocation d'une Assemblée nationale sans guerre civile. « J'ai tâché d'être la « résistance de la véritable démocratie à l'odieuse « démagogie dans le gouvernement, disait-il : mainte tenant je voudrais être l'huile qui adoucit tous « les froissements entre les opinions , et qui pré- « vient toutes les ruptures. »
Un jour, en son absence, le ministre de l'intérieur ayant fait scission avec ses collègues, et s'étant retiré avec la résolution de donner sa démis* sion, Lamartine s'offrit pour négociateur. Il alla lui-même chez le ministre de l'intérieur, il lui représenta dans l'intérêt commun du gouvernement et du pays le danger d'un déchirement qui ouvrirait passage à l'anarchie, et pacifia les esprits.
On était à la veille des élections, le gouvernement avait délibéré longtemps s'il se présenterait