‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 171 sur 244 · LIVRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATORZIÈME

devant l'Assemblée nationale avec un plan de constitution tout préparé, on s'il se contenterait d'abdiqner entre ses mains et s'abstiendrait de toute initiative qui pourrait ressembler à une dictature continuée ou à une usurpation de la souveraineté nationale. Dupont de l'Eure, homme prévoyant comme l'expérience, ne cessait de conjurer Lamartine de s'occuper de ce plan de constitution* L'idée de Lamartine était sur ce sujet conforme à celle de Dupont de l'Eure. Il pensait que les débats d'une constitution pour une assemblée seraient longs et tumultueux > qu'ils useraient le temps mieux employé à pourvoir aux dangers et aux urgences multipliées de l'inauguration du gouvernement démocratique ; qu'une constitution, c'est-àdire les deux ou trois principes d'un gouvernement devaient s'écrire en quelques lignes comme le résumé lapidaire d'une révolution et d'une civilisa* tion ; que les lois organiques dé cette constitution devaient ensuite être flexibles, successives, modifiables, et s'écrire à loisir, selon l'urgence et le temps, sans avoir le caraetère d'immutabilité de la constitution elle-même.

Il avait en conséquence rédigé en cinq ou six axiomes le texte d'une constitution, il désirait que ce texte pût être voté d'acclamation en deux ou trois séances , et que le gouvernement émanât tout de suite de la constitution votée.

Lamartine était convaincu que l'unité du pouvoir exécutif constituée dans une présidence, dans un directeur ou dans nu conseil, était la forme définitive que la République adopterait après sa période de création Mais pour la première période destinée à habituer le pays à la forme républicaine, et à relier ensemble dans un intérêt de concours et de concorde les principales forces de l'opinion, il penchait à admettre pour deux ou trois ans un pouvoir exécutif tri ni ta ire, dans lequel trois hommes élus par r Assemblée nationale représenteraient les trois éléments dont se compose touta opinion : l'impulsion, la résistance, la modération- ces trois forces se combinant entre elles dans un consulat de trois ans et correspondant chacune à un des trois partis dans la nation : impulsif, retardataire, modérateur; lui paraissaient sans doute nne cause possible de tiraillements et de langueur dans le pouvoir exécutif; mais ce qu'il craignait par-dessus tout pour la République à son origine , c'était la- guerre civile. Cette dictature mixte, donnant sécurité et gages aux opinions diverses , était de nature à la prévenir. Il s'occupa de cette pensée ; il s'en entretint avec quelques-uns de ses collègues, il se promit de sonder les dispositions à cet égard des membres de l'Assemblée nationale à leur arrivée à Paris, et de se résoudre au parti qui lui paraîtrait le plus universellement adopté dans la majorité des esprits.

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Une conférence intime eut lieu entre lui et des membres d'autres opinions sur ce sujet. On chercha à s'entendre, on ajourna tout, on ne résolut rien. Tout dépendait à cet égard d'éléments inconnus : l'esprit, les dispositions, les majorités, les maorilés dans les membres de l'Assemblée nationale.

Quant à un plan de constitution à présenter on y renonça entièrement dans les dernières séances qui précédèrent le 27 avril. Les trois parti* qui se faisaient tour à tour opposition ou concours dans le sein du gouvernement étaient trop divisés et quelquefois trop irrités pour s'entendre sur un projet commun d'institution. Le parti socialiste, le parti conventionnel et le parti républicain constitutionnel ne pouvaient enfanter une même pensée, on le sentit, on l'avoua, on s'en remit à l'Assemblée nationale qui devait départager ces partis. Le» deux derniers partis pouvaient avec quelques efforts s'entendre. Le premier était incompatible avec l'Assemblée nationale, car l'Assemblée nationale allait procéder du sol, du temps, des traditions. Le parti socialiste procédait d'une théorie absolue : une théorie absolue c'est la violence. La violence ne peut constituer que la tyrannie.

Enfin l'aube du salut se leva sur la France avec

le jour des élections générales. Ce fut le jour de Pâques, 27 avril , époque de solennité pieuse choisi par le gouvernement provisoire pour que les travaux du peuple ne lui donnassent ni distraction ni prétexte de se soustraire à l' accomplissement de son devoir de peuple, et pour que la pensée religieuse qui plane sur l'esprit humain dans ces jours consacrés à la commémoration d'un grand culte, pénétrât dans la pensée publique et donnât à la liberté la sainteté d'une religion.

C'était le plus hardi problème qu'on eût jamais posé devant une nation organisée dans les temps nouveaux, cette épreuve le résolut au salut et à la gloire de la nation.

Au lever du soleil les populations recueillies et émues de patriotisme se formèrent en colonnes à la sortie des temples, sous la conduite des maires, des curés, des instituteurs, des juges de paix, des citoyens influents , s'acheminèrent par villages et par hameaux, aux chefs -lieux d'arrondissement , et déposèrent dans les urnes, sans autre impulsion que celle de leur conscience, sans violences, presque sans brigues, les noms des hommes dont la probité, les lumières, la vertu, le talent, et surtout la modération, leur inspiraient le plus de confiance pour le salut commun et pour l'avenir de la République.

11 en fut de même dans les villes. On voyait les

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