LIVRE QUATORZIÈME
« L'Autriche lai fit tour à tour des caresses et « des injures. La France ainsi caressée et repoussée « par la main habile mais vieillie du prince de Met- « ternich , sacrifia l'Italie entière et l'indépendance a des États confédérés de l'Allemagne, aux sou- « rires de la cour de Vienne. En 1831 l'insurrection « réprimée de concert en Italie, en 1 846 Gracovie « effacée de la carie, mesurèrent f échelle toujours « descendante de ces obséquiosités du cabinet des « Tuileries à la politique de l'Autriche.
« La Prusse, dont la sécurité et la grandeur sont « dans l'alliance de la France, fit une alliance désce espérée et contre nature avec la Russie, elle se « fit ainsi l'avant-garde de la puissance russe contre « l'Allemagne, dont elle est le poste avancé, elle y « perdit cette popularité germanique que le grand <c Frédéric lui avait laissée.
« Les États de la confédération du Rhin ainsi « négligés par la Prusse, intimidés par l'Autriche, « travaillés par la Russie, flottèrent de l'alliance « prussienne à l'alliance autrichienne, selon l'heure « et la-circonstance, repoussés de l'alliance fran- « çaiee par les souvenirs de 1813 et par la conni- « vence du cabinet des Tuileries qui les abandonci nait à l'omnipotence autrichienne. Mais pendant « ces oscillations des États secondaires de la con- '< fédération germanique, un tiers-état, ce germe « de la démocratie , se formait en Allemagne, il
« n'attendait pour éclore qu'une occasion d'émaner cipation des États secondaires et qu'un retour « de la pensée française aux vrais principes d'al- « liance et d'amitié avec les États allemands du « Rhin.
« Les Pajfe-Bas irrités du démembrement de la n Belgique conservaient par ressentiment des préce ventions contre la France, ils s'unissaient sur le « continent à la Russie, sur l'océan à l'Angleterre. « A ces detix titres la France était exclue de leur « système d'alliance.
« Quels étaient nos rapports avec l'Angleterre? « Sa politique toute maritime, avant la révolution a française, était à la fois maritime et continentale « depuis la guerre de 1808 en Espagne et de 1813 « partout. Sans répugnance pour la dynastie de « Juillet, l'Angleterre avait prêté à cette royauté « un concours utile aux conférences de Londres en « 1 830 et 1 831 . par cette espèce de médiation con- « tinentale qu'elle avait exercée entre la France, « l'Allemagne et la Russie, l'Angleterre avait maince tenu l'équilibre du continent, cet équilibre, c'é- « tait la paix. M. de Talleyrand avait converti cette « paix en une ébauche d'alliance du principe libé- « rai constitutionnel : c'est ce qu'on a appelé la « quadruple alliance entre la France, l'Angleterre, « l'Espagne, le Portugal. Si ce germe n'eût point « été étouffé dès l'origine, s'il se fût développé
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« énergiquement en s'étendant à l'Italie , à la « Suisse, aux puissances rhénanes germaniques, il « pouvait se changer en un système de progrès li- « béral des peuples du midi et de Test, et créer une k famille de nations et de gouvernements démocra- « tiques invulnérables aux puissances absolues. « mais pour cela il fallait à la France un gouvernece ment qui osât avouer son principe. La cour des « Tuileries ne travaillait qu'à effacer ou qu'à faire « oublier le sien, des ambitions purement dynas- « tiques couvées et révélées souvent par le gouver- « nement français relativement à l'Espagne, ne de- « vaient pas tarder à ruiner au détriment de la « France et des peuples libres cette alliance ance glaise briguée par tant de complaisances, trahie '« par tant d'égoïsme.
(( La question d'Orient sur laquelle la politique « entière du monde pivota de 1838 à 1841, fut la « première occasion de refroidissement et bientôt « de conflit diplomatique et d'aigreur entre les « deux gouvernements, vous connaissez cette né- « gociation qui ébranla la paix, qui arma l'Europe, a et qui finit par la houte et par la séquestration « de la France.
« L'empire ottoman se décomposait, le pacha « d'Egypte, profitant de sa faiblesse, envahissait la < moitié de l'empire, substituant la tyrannie arabe « à la tyrannie turque. Le vide creusé en Orient par
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« la disparition de la Turquie, allait être inévitable- (( ment comblé ou par l'islamisme sous un autre « nom , celui d'Ibrahim, ou par l'omnipotence russe, « ou par l'omnipotence anglaise. La France avait « trois manières d'envisager la question d'Orient et « de la résoudre : ou soutenir franchement l'empire « ottoman contre le pacha révolté et contre tout le « monde; ou s'allier avec la Russie en la livrant à « sa pente vers Constantinople, et obtenir à ce prix « une alliance russe et des compensations territo- « riales sur le Rhin ; ou s'allier avec l'Angleterre en « lui cédant le pas en Egypte, sa route obligée vers « les Indes, et resserrer à ce prix l'alliance anglaise, « en recevant en échange des avantages continen- « taux et de grands protectorats français en Syrie, a Le cabinet des Tuileries ne sut pas être franc, « et n'osa pas être ambitieux. Il abandonna la « Turquie à son agresseur, puis il abandonna cet « agresseur lui-même à la Russie, à l'Angleterre, à « l'Autriche, il s'aliéna à la fois tout le monde, « empire ottoman, Russie, Angleterre, Prusse, Au- « triche. Il reforma par sa propre folie la coalition « morale du monde contre nous, tout finit par la <« mise hors l'Europe du cabinet français, et par la <c note du 8 octobre, aveu de faiblesse après des « actes de défi, acceptation d'isolement au milieu « de l'Europe reliée en un seul faisceau de ressenti- « ments contre nous.