‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 199 sur 244 · LIVRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATORZIÈME

second ? c'était l'anarchie et la confusion du pouvoir, le troisième seul était praticable. On était d'accord presque à l'unanimité sur la nécessité de faire déléguer les pouvoirs par l'Assemblée. Mais là on se divisait, les uns, et c'étaient les hommes récemment arrivés à Paris, les moins instruits de l'état des choses, les plus impatients d'un retour aux formes antiques, voulaient que l'Assemblée nommât un seul dictateur temporaire, premier ministre en même temps, qui nommerait les autres ministres et qui gouvernerait pour elle.

Le plus petit nombre voulait que l'Assemblée nommât elle-même au scrutin un conseil ou une commission executive du gouvernement, pouvoir intermédiaire et fixe entre l'Assemblée et racfannistration. cette commission nommerait et révoquerait les ministres. Elle serait, en attendant la Constitution, non plus la dictature mais la présidence collective de la République.

Cette question intéressait surtout Lamartine, et c'était à lui seul qu'il appartenait en réalité de la résoudre. La France, Paris, l'Assemblée, l'Europe, avaient les yeux en ce moment sur lui. on attendait sa résolution. Les uns pour l'applaudir et l'encourager à la dictature. Les autres pour l'accuser et le maudire s'il n'acceptait pas le rôle que l'immense majorité lui décernait.

Il ne pouvait se dissimuler que sa popularité à

Saris accrue jusqu'à la passion au lieu d'avoir été usée par trois mois de gouvernement heureux pendant tant de tempêtes, que les dix élections qui venaient de lui imprimer une sorte de litre représentatif universel, que les sept ou huit millions de voix qu'on lui offrait au besoin sur toute la surface de la République y et enfin la faveur de six ou sept cents représentants sur neuf cents, le désignaient et l'imposaient pour ainsi dire au choix de l'Assemblée comme l'homme de la circonstance et comme le chef unique et prédestiné du pouvoir.

Il comprenait mieux qu'un autre, après l'épreuve d'un gouvernement divisé et orageux, les avantages de l'unité du pouvoir intérimaire dans une seule main. Il se sentait la forée et se croyait la prudence nécessaire pour manier doucement et fermement ce pouvoir à la satisfaction de l'Assemblée, il tenait seul les fils de l'Europe. II se flattait de donner à la République un ascendant immense sans allumer la guerre, et par un seul geste énergique préparé et accompli a propos au delà des Alpes. La popularité de tous les bons sentiments publics qui s'attachait à lui, l'attendrissait plus qu'elle ne l'enorgueillissait. Il rougissait d'avoir l'apparence de l'ingratitude envers sa patrie en se refusant froidement à son appel. La gloire d'asseoir l'Assemblée nationale après l'avoir évoquée, et d'être le premier pouvoir légal après avoir été le premier pou-

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