‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 200 sur 244 · LIVRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATORZIÈME

voir révolutionnaire de son pays, le tentait, le renom de fondateur et de protecteur de la Constitution naissante lui apparaissait séduisant et lumineux dans le lointain de l'histoire.

Il n'avait donc en ce qui le concernait que de l'entraînement vers ce rôle. Mais l'ambition et la gloire n'étouffaient pas chez lui le bon sens et j l'honnêteté. Il pensait avant tout à la République et à son pays. Or voici ce qu'il se disait à lui-même, et ce qu'il répondait à ses conseillers, pendant les trois ou quatre nuits d'insomnie où il délibéra avec lui-même en présence de sa conscience et de l'avenir :

« Le sentiment républicain est faible en France. « ce sentiment est mal représenté à Paris et dans « les départements par des hommes qui repoussent « de la République et qui en font horreur ou peur « aux. populations. La République est une surprise « dont nous avons fait un miracle, par la sagesse « du peuple de Paris et par le caractère de man- « suétude, d -unanimité, et de concorde que nous « lui avons imprimé. Mais les impressions sont « mobiles et courtes dans les peuples, surtout en « France. A peine la majorité de la population qui « s'est jetée par l'enthousiasme de la peur dans le « sein de la République modérée, aura-t-elle repris « ses esprits, qu'elle accusera ce qui Ta sauvé et « qu'elle se retournera contre les républicains. S'il

« n'y a point de républicains d'ancienne date alors « dans le gouvernement, ou si ces républicains déjà « en petit nombre sont divisés devant leurs ennemis « communs, que deviendra la République? et si la « République, seul asile actuel de la société, suc- « combe devant quelques retours précaires et fac- (c lices des monarchies usées, que deviendra la « France? Il ne faut donc à aucun prix diviser les « républicains à l'origine même de l'institution ré- « publicaine. Il faut continuer à les contenir, à les « modérer, à les rallier le plus longtemps possible, « jusqu'à ce que la République ait pris assez de « racines dans les faits et dans les idées pour em- « ployer indifféremment des républicains de toutes « les dates avec les républicains de la première « heure.

« Or, si je prends seul le pouvoir des mains dune « assemblée non républicaine ou peu républicaine, « que va-t-il se passer? une de ces deux choses : « ou j'expulserai mes principaux collègues du pou- « voir, et alors ce pouvoir épuré sera suspect et « odieux à tous les républicains d'hier. Ou bien « j'appellerai ces collègues au pouvoir, et alors je « serai suspect et odieux à l'Assemblée nationale. « Car je ne puis pas me dissimuler que l'Assemblée « ne me nomme qu'à la condition tacite de les « exclure. Ainsi d'un côté je ruine la République « en la scindant trop tôt; ou je déclare la guerre

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