‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 2 sur 244 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

tisés de reconnaissance et d'espérance pour une révolution qui les élevait au rang de citoyens, qui leur restituait leur juste part de droit social et de souveraineté politique, ils sentaient que leur sort était désormais dans leurs mains. La république, en faisant asseoir dans ses conseils des représentants choisis par eux, et quelquefois choisis parmi eux, leur promettait une ère d'égalité, de justice et de providence pour une classe immense et déshéritée longtemps de toute participation aux lois, ils n'exagéraient néanmoins alors ni leurs griefs, ni leurs parts, ni leurs exigences, ils proclamaient hautement le respect des propriétés, l'inviolabilité des capitaux , la libre appréciation des salaires entre le travailleur et le fabricant qui les proportionne à son bénéfice, on peut dire que la société avait l'intelligence d'elle-même, une masse incalculable de raison, de lumière, de modération dans les désirs, et de moralité religieuse était entrée depuis un demi-siècle par tous les pores dans ce fond de la population, non-seulement elle se calmait, se résignait, se reclassait à la voix d'un gouvernement sans armes; mais elle prenait les armes pour lui, elle lui donnait du temps, elle lui attestait sa patience, elle se contentait d'un demi-salaire dans ses ateliers libres ou d'un faible secours alimentaire dans les ateliers nationaux ouverts par les mairies de Paris, quelques-uns même

refusaient avec désintéressement ce salaire de détresse pour ne pas aggraver les charges de la république, d'autres allaient plus loin; ils se réunissaient par corps de métiers, sous la seule impulsion du patriotisme, ils se cotisaient eux-mêmes et apportaient d'heure en heure au gouvernement l'impôt volontaire retranché sur leur pain , la dîme de leurs sueurs, ils le faisaient sans ostentation , avec vertu, avec larmes, quiconque les a vus alors, ne désespérera jamais d'un pareil peuple, c'est le cœur du pays; il suffit de le toucher pour qu'il en sorte des trésors de désintéressement , de résignation et de courage. L'espérance les gouvernait.

Enfin l'audace avec laquelle quelques hommes désintéressés d'ambition avaient joué leur vie en se précipitant à la tête du peuple à l'Hôtel de Ville pour prévenir l'anarchie et pour sauver à la fois la révolution et la société; la résistance désespérée et victorieuse de ces hommes au drapeau rouge , à la terreur, aux excès, aux démences qu'on était venu leur commander; tout cela avait inspiré une véritable déférence pour eux à toutes les parties saines de la population. Les scènes dramatiques de l'Hôtel de Ville, dont cent mille témoins avaient répandu et exagéré les récits dans Paris et dans les

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