LIVRE QUATORZIÈME
« à la représentation nationale en lui imposant des « hommes dont elle a défiance et peur. C'est là une « alternative qu'un homme politique ne peut accep- « ter, à moins de vouloir perdre la République ou « opprimer la représentation nationa'e dos< npays.
« D'ailleurs cette alternative même n'est pas ad- « missible. car quels sont ceux de mes collègues « du gouvernement provisoire, mes égaux d'hier, ;< qui consentiront à être mes subordonnés demain, « et à engager leur nom, leur honneur, leur resu ponsabilité dans mes actes? aucun. Je serai dé- « serté par eux immédiatement, et forcé de prendre « mes ministres soit parmi des hommes inconnus soit « parmi des adversaires avérés de la République.
« Mais je suppose, ajoutait Lamartine, que j'ac- « cepte cette alternative fatale, et que je prenne le « pouvoir unitaire qu'on me décerne par les mains « de l'Assemblée, que va-t-il se passer demain ? le « voici :
« Tous mes rivaux dans la minorité du gouver- « nement provisoire, tous mes amis même dans la « majorité, tous les républicains, socialistes, ter- « roristes ou modérés, 'tous les représentants au « nombre de trois ou quatre cents qui ont été élus « sous les auspices de ces opinions plus démocra- « ques, vont se constituer en opposition puissante « dans l'Assemblée, dans la presse, dans le Luxem- « bourg, dans les clubs, dans l'opinion, dans les
« ateliers nationaux. L'Assemblée divisée devient à « l'instant une Assemblée orageuse. Les discours et ce les votes n'y ébranlent pas seulement l'enceinte, « ils ébranlent la capitale et le pays. Les partis « atterrés et muets devant la représentation una- « nime ou presque unanime aujourd'hui, devien- « nent audacieux et insurrectionnels devant une « représentation séparée en deux camps. Avant « huit jours d'un tel spectacle donné à Paris, les » opinions seront armées dans Paris même. La re- « présentation sera menacée.
« Ou est ma force avant un certain temps pour « la couvrir? dans l'armée? je n'ai que six mille « hommes dans Paris, et avant que j'y puisse rasce sembler trente ou quarante mille soldats le signal « que l'Assemblée donnera pour les appeler sera « le signal de l'insurrection contre elle et de sa « dispersion.
« Dans la garde nationale? mais plus de la moitié « de la nouvelle milice est dans les mains des ré- « publicains socialistes ou conventionnels? cette « moitié de la garde nationale s'armera pour eux « contre l'Assemblée et contre l'ancienne milice ce qui voudra proléger la représentation, c'est la « guerre civile autour du berceau de la consti- « tulion.
« Je sais bien, poursuivait Lamartine : que je « pourrai sauver l'Assemblée en la conduisant hors