‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 219 sur 244 · LIVRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUINZIÈME

résistance de Barbes et de ses complices. Ce fut une mêlée sans combat, on ignorait en bas ce qui se passait en haut, on s'attendait à des scènes tragiques de résistance désespérée, de meurtres ou de suicides comme ceux qui signalèrent l'arrestation d'Henriot ou de Coulhon. La foule était tellement épaisse dans la cour, que Lamartine ne pouvait descendre de son cheval. « Parlez-nous ! parlez- « nous, » lui criait-on en élevant les mains et les armes vers lui.

« Citoyens s'écria Lamartine, la première tribune « du monde c'est la selle d'un cheval quand on « rentre ainsi dans le palais du peuple, entouré de « ce cortège de bons citoyens armés pour y étouffer « les factions démagogiques et pour y réinstaller « la vraie République et la représentation nationale « avec vous ! »

Lamartine après ces paroles fut moins entratné que porté sur les bras des gardes mobiles, des gardes nationaux et des citoyens, à travers les vestibules, les escaliers et les corridors, jusqu'à une petite salle du premier étage où la même affluence, le même tumulte, les mêmes armes, et la même exaltation régnaient*

Quelques-uns des chefs de l'insurrection , et Barbes leur complice par entraînement , étaient

éjà enfermés dans une pièce voisine. Us n'avaient fait aucune résistance, la promptitude de résolution et la rapidité de la marche de la colonne d'attaque dirigée par les deux membres du gouvernement, n'avaient pas laissé aux conspirateurs le temps de grossir leur nombre, d'appeler leurs partisans,, et d'organiser leur défense. Les cinq à six mille hommes qui étaient entrés avec eux à l'Hôtel de Ville s'étaient débandés et dispersés à l'aspect des premières compagnies de garde nationale à pied et à cheval et des dragons de M. de Goyon colonel actif prenant ordre de lui-môme et adoré de son régiment.

Réunis en conseil tumultueux dans la salle de toutes les révolutions à l'Hôtel de Ville, leur triomphe n'avait duré que deux heures. Ils les avaient employées à se constituer par une sorte de scrutin populaire en dictature révolutionnaire collective, composée de Barbes, Louis Blanc, Albert, Blanqui, Raspail, Huber, Sobrier, Proudhon, Pierre Leroux, Cabet. C'était le gouvernement des clubs, proscrivant le gouvernement de la nation , la coalition des sectes, contre la représentation du pays. Beaucoup de membres de ce gouvernement ignoraient même qu'on avait usurpé leurs noms. Lamartine et Ledru Rollin signèrent révolutionnai renient .aussi et sans autre titre que l'urgence et la vindicte publique, l'ordre d'arrêter les con-

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