LIVRE QUINZIÈME
« ne laisserons jamais la France s'avilir, elle ne « s'avilira pas jusqu'à permettre comme dans les « temps malheureux du Bas-Empire, qu'on achète « la République sous un nom quelconque des « mains de quelques vociférateurs! » (L'Assemblée se lève de nouveau à ces paroles et ratifie par ses acclamations générales la résolution énergique du gouvernement. )
Quelques jours après les attroupements pressant de nouveau l'Assemblée nationale, le gouvernement résolut de recevoir la bataille, il réunit des forces et du canon autour de Y Assemblée , convaincu qu'il valait mieux résister de vive force à la capricieuse injonction du peuple, que de livrer la République au hasard d'une faction qui paraissait alors vouloir substituer un nom au peuple lui-même, mais cette fois l'Assemblée céda. Ce fut une de ses rares faiblesses pendant cette longue et orageuse session de quinze mois. Le gouvernement abandonné par l'Assemblée dans ce défi énergique qu'il portait à deux factions à la fois en gémit. La concession de l'Assemblée ne calma que pour un jour les exigences et les turbulences des ateliers nationaux, ces turbulences changèrent seulement de drapeau.
Lamartine, appuyé par M. Trouvé-Chauvel, esprit ferme, et par l'amiral Casy, brave et noble militaire,
conjura le gouvernement de résigner son pouvoir et de remettre à l'Assemblée une autorité affaiblie désormais puisqu'elle était brisée par elle-même, il insista plusieurs jours, il ne consentit à rester que le temps nécessaire pour subir la bataille prochainement annoncée par les ateliers nationaux.
Quelques mois après, l'éloignement temporaire que Lamartine demandait pour écarter Louis-Napoléon du berceau de la République, se changea en une élection par six millions de voix à la place de Président de la République. Les prévisions de Lamartine parurent heureusement démenties par le républicanisme de ce premier magistrat. Lamartine se félicita d'avoir été trompé par ses craintes. Il reconnut que le peuple était plus confiant et plus sage que lui.
Les tentatives et les scandales de l'anarchie se multipliaient dans Paris. Le gouvernement y résistait avec les seules armes de la persuasion, de la vigilance, et de la police, et de la garde nationale. Les lois répressives anciennes étaient brisées, dea lois d'ordre républicain n'étaient pas faites. Lamartine était convaincu que les scandales des clubs, du journalisme et de la place publique étaient les plus sûres armes à laisser aux ennemis de la République. La France est un pays de décence, le scandale l'humilie, et ce qui l'humilie la désaffectionne. il pensait que la République ne pouvait se légitimer