‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 233 sur 244 · LIVRE QUINZIEME · texte numérisé non relu

LIVRE QUINZIEME

que par l'ordre promptement rétabli, inflexiblement maintenu, il fallait rassurer avant tout l'imagination de la France.

Plein de ces idées, il vint proposer au conseil, ou sa démission , ou l'adoption d'une série de dé* crets temporaires nommés par lui lois républicaines de transition et destinées à pourvoir aux nécessités impérieuses de sécurité des esprits , de discipline, de force armée, et d'ordre, pendant la fondation toujours agitée d'une institution nouvelle, surtout quand cette institution est populaire.

« La physionomie de la République depuis quel- « ques jours m'afflige, dit-il à ses collègues. Je ne « veux pas assumer sur mon nom la responsabilité

* d'une situation de faiblesse, et de désarmement « de la société qui pourrait dégénérer en anarchie. u Je demande deux choses : des lois de sécurité « publique sur les attroupements, sur les clubs, « sur les abus du criage des journaux anarchiques, « sur la faculté d'éloigner de Paris dans leurs com- « mu nés les agitateurs convaincus de troubles pu* a blics, et enfin un camp de vingt mille hommes sous a les murs de Paris, pour prêter main-forte à l'armée « de Paris et à la garde nationale dans la campagne

* certaine, imminente, que nous aurons inévitable- « ment à faire contre les ateliers nationaux et contre a des factions plus coupables qui peuvent surgir et « s'emparer de cette armée de toutes les séditions.

« A aucun autre prix je ne resterai au gouvernées ment. »

« — Ni nous non plus, » s'écrièrent unanimement ses collègues. M. Marie, assidu, infatigable, énergique, fut chargé de rédiger les projets de décret, le général Cavaignac reçut l'invitation de combiner les mouvements de ses troupes de manière à pouvoir faire refluer sur Paris au premier ordre les divisions auxiliaires de l'armée des Alpes.

Ce général, et Lamartine avaient de fréquents entretiens sur la nature des mesures militaires à prendre pour prévenir ou pour surmonter les périls croissants de la République. Peu de jours se passaient sans que Lamartine, à l'issue du conseil, ne s'informât du nombre précis et de la marche des troupes qui d'après les ordres du gouvernement occupaient les casernes ou les cantonnements autour de Paris, du nombre d'heures nécessaire pour que l'armée fût debout, et réunie aux postes convenus, enfin du système de défense que le général se proposait d'adopter en cas de lutte dans la capitale.

Lamartine, instruit par la chute de tous les gouvernements précédents qui avaient péri pour avoir disséminé leurs bataillons sur tous les points de Paris, et pour avoir lutté avec des tronçons d'armée contre des masses, était convaincu qu'une lutte dans une capitale de quinze cent mille âmes devait être une bataille conforme à toute la théorie des

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