LIVRE DIXIÈME
étaient devenues sa dernière ressourcé, il fut ému, touchant, passionné, il s'indigna de l'aveuglement de la garde nationale, des faiblesses, des hésitations de ses ministres, de l'ingratitude des peuples qui élèvent un homme au trône pour les sauver de l'anarchie, et qui le précipitent dans un caprice au fond du gouffre d'où ils les a retirés, il s'attendrit sur la vanité des services qu'on rend aux hommes, sur le sort de la reine, sur leurs vieillesses reléguées, vertes et fortes encore, dans l'inutilité de quelque exil royal loin de Paris qu'ils avaient aimé, loin du gouvernement qu'il avait dirigé, loin des conseils qu'il avait éclairés de son expérience et de ses lumières.
Les deux magistrats versaient des larmes à ces reproches adressés par un vieillard meurtri de sa chute, à sa fortune et à la nation. Le roi quittant bientôt ce triste sujet, fit un retour sur son petit-fils, et plaignant ses enfants jetés par une demi-révolution sur un trône que toute sa sagesse à lui n'avait pu raffermir, il sembla présager des malheurs , et adresser des vœux désespérés au ciel pour ces destinées.
Cependant le roi se flattait encore que sa retraite avait tout apaisé et que son abdication avait laissé derrière lui un trône, des chambres, un gouvernement, il déclara au maire et au sous -préfet que son intention était de s'arrêter quatre jours à
Dreux pour y attendre la résolution des* chambres à son égard, l'indication du séjour et de l'existence royale qui lui seraient assignés par la nation, il prit quelque nourriture, il visita au flambeau les constructions qu'il avait ordonnées au château comme un homme sûr d'un lendemain.
Ce château inhabité était dénué de tous les objets de première nécessité pour le roi, les princesses, les enfants, les habitants attachés à la famille royale se hâtèrent d'apporter meubles, linge, vêtements, argenterie, on prêta au roi quelques centaines de pièces d'or, le sous-préfet lui proposa d'envoyer chercher le régiment de Chartres qui était en garnison à Chartres, il refusa, la ' garde nationale de Dreux lui fournit des postes de sûreté et d'honneur. . Après le repas il écrivit lentement à M. de Montalivet ministre de sa maison pour lui demander ses portefeuilles, ses nécessaires, ses objets de toilette, et pour lui donner ses instructions préliminaires sur les dispositions à faire relativement à sa fortune.
A deux heures le courrier porteur de cette dépêche part, le roi se couche et s'endort d'un profond sommeil, pendant ce sommeil un ami de M. Bethmont arrive de Paris et annonce au sous-préfet la proclamation de la République.
M. Maréchal veut laisser au moins au roi ses heures de repos afin que sa force restaurée suffise