LIVRE DIXIÈME
au coup qu'il va recevoir, il monte au château à sept heures, il informe les aides de camp du roi et le duc de Montpensier. le roi dormait encore, sa famille le réveille la nouvelle lui est ménagée et adoucie par la tendresse de la reine, cette princesse a changé son courage pendant la lutte en résignation après le malheur, un conseil de famille et d'amis s'ouvre autour du lit du roi. on décide que la famille royale se séparera pour échapper à un soupçon et aux émotions que des voitures remarquées ou des visages reconnus pourraient exciter sur les chemins.
On assigna pour rendez-vous à la reine et au roi une maison de campagne isolée et inhabitée appartenant à M. de Perthuis sur le cap d'Hon fleur, de là on espérait trouver facilement des moyens furtifs d'embarcation et gagner la côte d'Angleterre, le duc de Montpensier, la duchesse de Nemours et les enfants prendraient la route d'Avranches pour se réfugier de là à l'île de Jersey ou de Guernesey.
On laisse les voitures de cour, le sous-préfet en procure de moins suspectes empruntées aux habitants de Dreux, les vêtements les plus simples déguisent les fugitifs, une calèche emporte vers Avranches le duc de Montpensier et la duchesse de Nemours, le roi la reine une femme de chambre un valet de chambre et M. de Rumigny aide de camp du roi montent dans une voiture fermée, la reine qui avait commandé pour le matin une messe dans la
chapelle sur le tombeau de son (ils ne put même faire ses prières d'adieu à ces cendres, l'heure pressait, le sous-préfet de Dreux part avec eux sur le siège de la voiture, ils prennent la route d'Ânet et de Louviers.
Arrivé à Anet, premier relai de poste, le roi est reconnu et salué avec respect. M. Maréchal lui procure huit ou dix mille francs en or et des passeports sous des noms supposés.
A Saint-André les chevaux se font attendre, le peuple rassemblé par un jour de marché soupçonne et inspecte à distance la voiture, il croit entrevoir M. Guizot. un cri s'élève: c'est Guizot, c'est Guizot! Témotion se propage et devient menaçante, le souspréfet connu de quelques habitants de Saint-André s'efforce de détromper la multitude, il fait des demiconfidences qui sont comprises et respectées. . Cependant trois hommes s'approchent et regardent au fond de la voiture, le roi s'y tenait à demi caché, il portait un bonnet noir rabattu sur son front, de&lunettes, pas de faux cheveux sur sa tête chauve. Ces hommes restent indécis et reviennent bientôt avec deux gendarmes, les passe-ports sont demandés. M. Maréchal les présente, prend à part un des gendarmes, confie à sa générosité le secret du salut du roi et de la reine, le gendarme ému feint d'examiner les passe-ports et de les trouver en règle, les chevaux sont attelés, le roi part.