LIVRE DIXIÈME
et de la reine, nul ne se doutait dans la contrée que cette maison déserte , renfermât ceux qui étaient deux jours avant les souverains de la France et les hôtes de tant de palais, on avait soin de tenir les volets fermés, la fumée même des cheminées ne s'élevait que pendant la nuit, ce confinement dura neuf jours, ces neuf jours étaient employés par le général Rumigny, par le général Dumas et par quelques affidés à procurer au roi des moyens sûrs d'embarquement pour TAngleterre.ee prince et ses amis ignoraient que le gouvernement avait autorisé Lamartine à leur procurer lui-même avec les égards et les prudences dus au péril et à l'infortune ces moyens de fuite.
Le roi craignant d'être reconnu et arrêté au Havre s'il s'y rendait pour y prendre le paquebot d'Angleterre, alla de nuit à pied à Trouville. Un négociant de Trouville M. Gueltier lui donna asite pendant deux jours, d'après le conseil de son hôte le roi se décida à fréter un bateau pécheur du port de Trouville pour se faire conduire en mer à un paquebot anglais, le premier patron auquel il s'adressa soupçonne, marchande, et veut faire payer exorbitamment son service, on le congédie, un autre soupçonne aussi qu'il s'agit de sauver des fugitifs, il offre gratuitement sa barque par générosité, on accepte son dévouement, mais le premier, jaloux et honteux, informé du départ projeté de son cama-
rade, divulgue le mystère et le dénonce, le roi instruit des rumeurs qui circulent dans la ville redoute des recherches domiciliaires auxquelles ces rumeurs vont donner lieu, il change d'asile et revient enfin la nuit par des chemins boueux, sous la pluie , découragé , harassé et se croyant poursuivi dans la maison du jardinier où l'attendait la reine, la côte semblait se fermer devant eux. l'enthousiasme pour la République, quoique inoffensif et généreux, semblait donner au pays tout entier l'apparence de la haine contre la royauté.
Un jeune officier de marine résidant au Havre qui n'était point dans la confidence du séjour du roi aux environs, mais qui soupçonnait par des demirévélations que la famille royale cherchait en vain des moyens d'évasion, prit sur lui de demander au capitaine Pol de la marine anglaise , s'il consentirait à prendre le roi en pleine mer à son bord dans le cas où ce prince irait aborder son paquebot dans une barque pêcheur, le capitaine Pol répondit que ses ordres s'y opposaient, mais arrivé à Southampton il se hâte d'avertir confidentiellement l'amirauté des ouvertures qui lui ont été faites et du service qu'un paquebot croisant sur les côtes de France peut rendre au roi. lord Palmerston expédie à l'instant des ordres dans cet esprit aux consuls anglais sur nos côtes du Nord.
Le jeune officier averti à son tour par le consul