LIVRE DIXIÈME
d'Angleterre au Havre, parvient à découvrir l'asile dû prince fugitif, il lui amène le vice-consul, on convient que le roi s'embarquera au Havre sur un des navires qui transportent de la côte de France à la côte d'Angleterre des bestiaux et des vivres.
Cinq jours entiers un vent contraire, une mer terrible, s'opposent au départ de ces bâtiments, le roi dévorant les heures se ronge d'impatience et d'inquiétude, il va, et revient plusieurs. fois à travers champs et par les .tempêtes de la nuit de sa retraite au port du Havre et du Havre à sa retraite, enfin il s'arrête au parti plus dangereux que tout autre de s'embarquer non loin de Rouen, à bord du paquebot qui va de Rouen au Havre, ce bâtiment qui arrive au Havre la nuit, lui donnera plus de chances de traverser cette ville sans être signalé et de passer immédiatement comme un voyageur venant de Paris de ce bâtiment de la Seine sur le bâtiment de mer qui prend ses passagers pour les transporter immédiatement en Angleterre.
Le roi se déguise, il prend les noms de Théodore Lebrun, le maire favorise de quelque connivence pieuse cet embarquement, le vice-consul anglais donne le bras à la reine, les deux vieillards reconnaissent en montant sur le pont le même bâtiment qu'ils ont frété un an avant pour leur promenade en mer pendant leur séjour de plaisir et de fête au château d'Eu.
Quelques-uns des mêmes matelots font encore partie de l'équipage, celui qui est chargé de faire la revue des voyageurs pour leur demander le prix des passages tient une lanterne dont la lumière se réverbère par hasard sur le visage du roi. il reconnaît à cet éclair le prince qu'un autre regard que le sien peut trahir, il se hâte de détourner sa lanterne en faisant un signe de respectueuse discrétion à son ancien maître.
Le bruit se répand de confidence en confidence parmi l'équipage que le bâtiment porte les fugitifs d'Eu, pas un de ces matelots n'a la pensée de servir la République par une lâche trahison de la vieillesse et du malheur, ils feignent de ne rien voir et veillent sur tout, seulement quand le bâtiment est amarré au quai du Havre ils se rangent sans affectation sur le passage des voyageurs, ils découvrent leur front en s'inclinant avec un silencieux respect : « Que Dieu vous sauve, dirent-ils à demi-voix. » C'est ce qu'avait dit la République elle-même par la voix* de son gouvernement pendant que les coups de feu éclataient encore et que le sang de Paris n'était pas lavé sous les pieds.
Il n'y avait que la largeur d'un quai à franchir pour passer du paquebot de Rouen sur le paquebot de Southampton. le roi, la reine, précédés du général