LIVRE DIXIÈME
Dumas et du général Rumigny le franchissent sans être observés et montent sur le bâtiment anglais, au moment où le roi mettait le pied sur l'échelle une femme s'approche une lanterne à la main et s'écrie : « C'est lui, c'est le roi ! » Un officier s'approche pour s'assurer sans doute par ses propres yeux de l'identité du prince : « 11 est trop tard, dit le capitaine « du paquebot, » et il fait retirer l'échelle.
Cette circonstance impressionna vivement les serviteurs du roi, qui crurent que son salut avait tenu à cette minute et avait pu être compromis par ce cri de femme et par cette curiosité d'un soldat; mais aucun ordre de s'opposer au départ du roi n'avait été donné par personne et les instructions les plus contraires à toute mesure contre sa sûreté et sa liberté étaient dans les mains de ces agents.
Le navire partit, il porta pendant une nuit de rafales et par une mer terrible le roi à Southampton où l'attendait l'hospitalité de son gendre le roi des Belges dans leur château royal de Claremont.
D'autres vicissitudes résultat de la même erreur sur les intentions du gouvernement et sur la magnanimité du peuple avaient pendant quelques jours signalé la fuite de la duchesse d'Orléans, de ses fils, du duc de Nemours, de ses enfants, et de la duchesse de Montpensier.
Noqs avons vu que la duchesse d'Orléans obligée de s'évader de la salle de la Chambre des députés devant la seconde invasion du peuple s'était retirée avec le comte de Paris, MM. de Mornay, Scheflfer, Lasteyrie, Courtais, Clément. Admirable de présence d'esprit et de courage, M. de Mornay avait protégé son départ et sa course de la Chambre des députés à l'hôtel des Invalides, la voiture qui conduisait la princesse avait échappé aux regards du peuple. le maréchal Molitor avait reçu la princesse, le comte de Paris, et le duc de Nemours dans ses appartements pendant quelques heures, mais le vieux soldat malade et troublé de la responsabilité des événements avait témoigné sur les dispositions des invalides des doutes, et sur la sécurité de cet asile des inquiétudes, qui avaient profondément découragé la confiance de la princesse et de ses amis.
Pendant que le maréchal faisait préparer un dîner pour ses hôtes et que des conseils d'amis se tenaient autour d'elle, la princesse qui avait sans cesse devant les yeux le souvenir de la captivité du Temple et l'image de son fils remis aux mains d'un autre Simon, avait résolu de ne pas prolonger d'une heure son séjour aux Invalides, elle partit, avant la fin du jour, avec son fils sous la garde de M. Anatole de Montesquiou pour le château de Ligny à quelques lieues de Paris.