‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 41 sur 244 · LIVRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME

M. Anatole de Montesquiou ancien aide-de-camp de l'empereur, puis attaché à la cour de la reine Amélie , était un de ces caractères qui n'ont du courtisan que les grâces, mais qui ont la bravoure des soldats, la chevalerie des poètes, le dévouement de l'honnête homme* la princesse protégée par M. de Montesquiou, informée heure par heure par ses amis de Paris de tout ce qui pouvait intéresser son cœur de mère, suspendre ou favoriser sa fuite, passa plusieurs jours cachée au château de Ligny. elle y était dévorée d'inquiétude sur le sort de son second Bis le duc de Chartres.

Au moment où la princesse s'échappait de la Chambre des députés elle avait été séparée de ses enfants par le peuple qui inondait les 3alles, les es* caliers et les couloirs, le duc de Chartres était tombé sous les pieds de la foule, les cris de sa mère le redemandaient en vain, les vagues du peuple étaient sourdes comme celles d'un océan.

Des députés et des employés de la Chambre lui avaient promis de rapporter bientôt son fils, ils l'avaient conjurée de ne pas se perdre elle-même ainsi que le comte de Paris en s' obstinant à rester dans un tumulte qui pouvait la menacer, l'étouffer, ou la retenir captive, en effet deux frères huissiers de l'Assemblée, nommés Lipmann, Alsaciens d'origine et dévoués à la princesse s'épuisaient d'efforts pour retrouver et sauver le jeune prince, pendant que

l'un d'eux nommé Jacob Lipmann ramasse le pauvre enfant, l'élève dans ses bras pour le faire respirer, et le soustrait au froissement de la multitude2 l'autre soutient à l'entrée d'un corridor le poids de la foule qui menace de le renverser sous ses ondulations, l'huissier Lipmann emporte l'enfant dans son logement contiga au palais, il le couche, il le soigne, il avertit M. de Lespée questeur de l'Assemblée du dépôt que le hasard de la journée a remis dans ses mains.

A huit heures du soir M. de Lespée qui croyait la duchesse d'Orléans encore aux Invalides vient prendre chez M. Lipmann le duc de Chartres. M. Lipmann porte le prince vêtu comme un enfant du peuple dans ses bras. La duchesse était partie. M. de La Valette et M. d'Elchingen le confient aux soins de M. et madame de Mornay. il reste deux jours malade dans la maison d'une pauvre femme de la rue de l'Université à qui M. de Mornay l'avait confié pour le soustraire aux recherches. Rassurés par l'esprit du gouvernement, M. et madame de Mornay le reprirent chez eux, le comblèrent de soins, et le rapportèrent sauvé et guéri dans les bras de sa mère.

La princesse part du château de Ligny pour Versailles sous un déguisement, une voiture préparée par ses amis la conduit à Versailles, à Asnicres elle prend le chemin de fer de Lille, elle passe la nuit

Page 1