LIVRE DIXIÈME
gue et l'intempérie ne fassent expirer sans secours une enfant portant un autre enfant dans son sein, il fait asseoir la princesse sur une pierre, l'enveloppe de son manteau, et lui dit de l'attendre là immobile pendant qu'il va rentrer dans la ville et implorer du hasard ou de la pitié un toit ou un guide.
Il hésitait à frapper à une porte, tremblant que cette porte ne devint pour la princesse un piège au lieu d'un salut, lorsqu'un inconnu ami de M. Estancelin et envoyé par ce jeune homme pour retrouver et guider les fugitifs, aborde le général, se fait reconnaître, court avec lui retrouver la princesse, conduit les fugitifs hors de la ville, et dépose la jeune femme sous le hangar sans feu d'une tuilerie abandonnée.
Là le général Thierry et la duchesse de Montpensier, comptent lentement les heures ; la voiture ne tarde pas à se faire entendre, elle emporte enfin la duchesse de Montpensier vers Bruxelles et vers son époux.
La princesse avait été courageuse comme une héroïne, et insouciante comme un enfant pendant cette nuit de détresse et d'angoisse, au moment où elle cherchait en vain ses souliers dans la boue et marchait pieds nus dans le ravin .- «Quelles aven- « tures étranges pendant cette horrible nuit lui disait « le général Thierry pour relever son courage par « la satisfaction au moins d'une imagination roma-
ce nesque ! — Oh oui répondit-elle : eh bien j'aime « mieux ces aventures que la monotonie de la table « ronde de travail dans les salons chauds et sonnet tueux des Tuileries. »
Le duc de Wurtemberg , époux de cette princesse Marie , que les arts avaient pleurée comme la cour de son père, était le dernier prince de cette famille qui fût resté à Paris. Lamartine lui fit remettre des passe -ports sous un nom moins connu pour retourner en Allemagne.
Telle fut l'émigration de cette famille grandie par la révolution, expulsée par la révolution, venue de l'exil, montée au trône et retournant d'ellemême en exil. Aucune imprécation ne la ^uivait sur le seuil de la France, plusieurs de ses membres emportaient la vénération, d'autres l'estime, d'autres les espérances, la nation restait juste, digne dans son émancipation, la république, née de l'idée et non de la colère , se contentait de faire place au règne du pays, ce n'était ni les princes ni les princesses qu'elle proscrivait, c'était le trône qu'elle écartait, elle envisageait déjà dans le lointain le moment où elle serait assez incontestée et assez forte d'elle-même pour rendre leur part dans là patrie à ceux qui n'y revendique-