‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 48 sur 244 · LIVRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME

L'opinion publique rassurée sur ce point s'inquiétait de plus en plus de nos finances. On frémissait de ce congrès des salariés au Luxembourg. C'était un danger sans doute. Mais l'histoire devra le reconnaître. La parole et l'intervention de Louis Blanc puissantes dans le principe sur deux cent mille ouvriers avaient en même temps une action modératrice sur les passions du peuple. Il leur présentait de faux systèmes , mais il ne leur prêchait pas de mauvais sentiments, il y avait des espérances maladives et exagérées dans ses théories, il n'y avait point de vengeances. Il promettait des chimères, il ne donnait ni désordre, ni violences, ni sang. Le Luxembourg sous son insinuation contribua beaucoup à intimider les capitaux, mais il contribua aussi à maintenir l'ordre, à prévenir les expropriations, à dépopulariser la guerre, à faire prévaloir l'instinct d'humanité dans les masses. Une idée fausse peut être honnête, et ce qui est honnête n'est pas inutile pour être allié à des erreurs en industrie. Tel était au commencement le caractère des enseignements de Louis Blanc au Luxembourg.

Les autres membres du gouvernement supportaient ce congrès comme* un mal sans doute , mais comme un mal inévitable et qui produisait un plus grand bien. Louis Blanc jeté hors du gouvernement, expulsé du Luxembourg et devenu par cette persécution même l'idole et le Mazaniello éloquent de deux ou trois cent mille ouvriers oisifs et fanatisés dans Paris, eût été un bien plus dangereux élément de trouble que Louis Blanc dissertant au Luxembourg, contenu par sa solidarité avec le gouvernement et contenant ces masses dans un cercle fantastique dont il ne les laissait pas sortir. On ne pouvait pas moins accorder aux ouvriers, soldats de cette révolution faite au nom du travail, qu'une enquête sincère et libre sur ces questions de travail qui étaient leur politique et leur vie.

Cependant afin de prévenir la panique qui croissait d'heure en heure on ébaucha des mesures pour rassurer le capital , le travail et le crédit, on répondit au mot banqueroute jeté dans les esprits par un décret qui anticipait de quelques semaines le paiement de la rente aux créanciers de l'État. C'était répondre par un fait à des suppositions de ruine, c'était le défi jeté à la défiance. Cette mesure ne suffit pas pour rassurer les ima-

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