‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 53 sur 244 · LIVRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME

route à tout prix n'avait à choisir qu'entre la création d'uif papier-monnaie ou un impôt de crise comme en 1815 et en 1830. Il s'agissait de sauver la propriété. C'était à la propriété à se sauver ellemême. Les assignats auraient perdu le lendemain de leur émission peut-être la moitié de leur valeur. L'argent contre lequel on aurait voulu les échanger se serait enfui. Les denrées auraient monte en proportion du discrédit des assignats. Il aurait fallu créer des maximum pour laisser ces denrées à la portée du pauvre. Le maximum produit la disette, la disette le désespoir, le désespoir les crimes. Nous allions en quinze jours aux assassinats et aux échafauds.

Restait donc l'impôt foncier qui résume toutes les charges comme aussi il résume toutes les richesses dans les moments où toute valeur conventionnelle disparait.

Garnier-Pagès et le gouvernement se décidèrent à frapper un supplément d'impôt foncier de 45 centimes sur toutes les impositions. Cet impôt fit murmurer la propriété, mais la sauva, il sauva les prolétaires de la faim , le travail de la stagnation , le Trésor du déficit, les grandes villes industrielles des séditions de l'oisiveté et de la misère, la patrie enfin des dangers extérieurs, en permettant au gouvernement de soutenir le crédit, d'établir des caisses d'escompte partout où les villes importantes* le de-

mandaient, d'enrôler dans la garde mobile le superflu le plus remuant de la jeune population de Paris, de fortifier l'armée, de suffire à sa solde, de nourrir un million de travailleurs indigents, de calmer l'excitation contre les riches et les murmures contre l'égoïsme de la propriété, de supprimer l'impôt du timbre sur «la pensée , d'abolir presque immédiatement l'impôt du sel, de réduire les droits d'entrée de la viande à Paris, et d'enlever la moitié de la taxe qui pesait sur les vins à l'octroi de Paris. Cet impôt devait rendre au Trésor 190 millions s'il eût été réparti sans indulgence et perçu sur la totalité des contribuables. Le gouvernement autorisa les percepteurs à apprécier avec équité les forces contributives des petits propriétaires et à n'exiger le paiement que des riches. Ces ménagements commandés par la justice comme par la politique en réduisaient le produit à 160 ou 450 millions. Ces 150 millions et les 230 millions avancés par la Banque sur gage des forêts de l'État suffirent à tout et laissèrent encore dans les caisses les sommes nécessaires pour couvrir toutes les dépenses ordinaires et extraordinaires de l'année 1 848 en employant un million par jour à des travaux pour les bras inoccupés. Tel fut le prix d'une révolution, aucune ne coûta moins cher à un peuple, et cependant cet impôt de prudence, de salut, de crédit, de travail, d'assistance au peuple souffrant , cet impôt qui se plaça entre la banque-

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