‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 55 sur 244 · LIVRE DIXIÈME. m · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME. m

millions de capitaux de la dette flottante. On ajourna le remboursement des bons du trésor et des caisses d'épargne; mesures tristes mais nécessaires adoucies par des accroissements d'intérêt entre les mains des créanciers et par des remboursements partiels et morcelés aux dépositaires indigents.

Pendant que le gouvernement provisoire sauvait ainsi la République des conséquences incalculables d'une banqueroute, le ministre de la guerre activait avec toute la puissance du trésor public les mesures adoptées pour porter l'armée à la proportion de nos dangers extérieurs.

Les premiers symptômes 'd'indiscipline, résultat inévitable de l'anarchie momentanée de Paris le lendemain d'une révolution , n'avaient pas tardé à se réprimer d'eux-mêmes. Les soldats un moment débandés étaient rentrés dans leurs régiments et avaient repris volontairement ce joug de la discipline dont le patriotisme leur fait un devoir et dont l'honneur fait une vertu. L'esprit de la France sa montra dans son armée. L'agitation révolutionnaire ne franchit pas le seuil des casernes. La société sentait qu'elle avait besoin de sa force. L'armée la lui conserva intacte. A peine une ou deux séditions légères aussitôt réprimées que connues

affligèrent le gouvernement dans un ou deux régiments de cavalerie et d'artillerie. Quelques sousofficiers tentèrent d'y semer l'insubordination par des prédications de clubs. Le bon sens des soldats,, l'impassibilité des officiers, Ténefgie du ministre, étouffèrent à l'instant ces germes de désorganisation militaire. Jamais armée nationale ne présenta un plus beau modèle de calme dans l'ébranlement général, d'obéissance raisonnée à ses chefs, de fidélité au drapeau , d'attachement au centre du pouvoir. Elle fut l'instinct armé de la patrie. Ces quatre mois d'incorruptibilité dans le désordre, de résignation dans l'éloignement forcé oh on la tenait de Paris, de respect pour ses chefs, d'impatience contenue sur les frontières, de modération envers le peuple, sont pour l'armée française une des plus glorieuses campagnes de l'histoire. Elle montra combien la liberté et l'instruction versée dans le sein de nos populations rurales depuis la fin des guerres de l'Empire avaient transformé le peuple, car l'armée est toujours le symptôme de l'état vrai du peuple. Quand à la suite d'une commotion intestine le soldat reste soldat, on peut être sûr que la révolution ne dégénérera pas en anarchie.

Un seul symptôme douloureux contrista l'àme du pays et rappela les scènes hideuses de la première révolution française. Ce symptôme ne fut pas la honte de l'armée active. Il éclata dans l'oisiveté

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