‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 56 sur 244 · LIVRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME

de cet établissement fastueux que Louis XIV avait élevé aux vétérans de la guerre : les Invalides. Il est juste et glorieux pour une nation de pourvoir par des pensions et par des retraites à la vieillesse et aux infirmités de ceux qui ont versé leur sang et perdu leurs membres pour elle. Mais ces pensions, ces retraites, ces honneurs devraient être payés dans la résidence et dans la famille de l'invalide. Une réunion de trois ou quatre mille militaires oisifs et sous une discipline nécessairement complaisante dans un centre de dérèglement et de vice comme une grande capitale, est une pompe pour le pays, mais elle est un danger pour les mœurs, pour l'ordre et pour le régime militaire. Une administration plus modeste mais plus véritablement rémunératrice du service militaire, dissoudrait ces rassemblements d'oisivetés et renverrait aux chaumières ces secours dilapidés dans des palais.

Il existait depuis longtemps dans l'Hôtel des Invalides je ne sais quel grief perpétuellement renouvelé sur la nourriture du soldat. L'administration intérieure était accusée par ces murmures sourds qui précèdent les séditions.

Un soir des derniers jours de mars, Lamartine venait de rentrer à l'Hôtel des Affaires étrangères, après une séance de neuf heures à l'Hôtel de Ville. On lui annonça qu'une députation nombreuse d'in-

valides échauffés par la colère et par le vin s'était présentée pendant son absence au ministère. Ces hommes avaient affiché en termes violents et inconvenants des prétentions inconciliables avec Tordre et le régime de rétablissement. Ils s'étaient retirés en apprenant l'absence du ministre.

À peine Lamartine était-il informé de cette rumeur et de ces menaces qu'on vint lui apprendre l'insurrection des invalides. Quelques forcenés, ameutant leurs camarades „ avaient forcé l'appartement du général Petit. Le général Petit, sous-gouverneur de l'Hôtel, brave et loyal officier, relique et honneur de la vieille armée française, était historiquement célèbre. par l'accolade qu'il avait reçue de l'empereur Napoléon dans la scène tragique des adieux à Fontainebleau. Sans respect pour ce souvenir, pour les cheveux blancs, pour l'autorité du commandement, ce groupe de séditieux avait sous les yeux de trois mille vétérans muets ou complices, arraché le vieux général de ses appartements, ils l'avaient traîné dans la cour, garrotté comme un criminel sur une charrette. Ils étaient sortis accompagnés d'un hideux cortège de ces hommes et de ces femmes de proie qui pressentent ou qui suivent les victimes. Deux ou trois invalides montés derrière la charrette le sabre nu à la main faisaient entendre des imprécations et des appels au peuple, ils allaient, disaient-ils, demander

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