LIVRE DIXIÈME
justice de leur commandant au gouvernement, ils suivaient les quais de la Seine, on tremblait qu'un crime nocturne ne précipitât le général dans les flots.
A cette nouvelle Lamartine qui venait de se mettre à table interrompt son repas, il n'attend pas qu'on ait trouvé une voiture, il court seul à pied accompagné d'un secrétaire vers les quais ou on lui dit que l'odieux cortège avait été rencontré. Résolu à se jeter entre les séditieux et leur victime et à couvrir de son corps l'infortuné général, il frémit des conséquences sinistres d'un premier attentat, il s'indigne de ce premier exemple de crime donné par des vétérans à un peuple jusque-là doux et humain, qu'un pareil événement peut dépraver, il s'informe à tous les postes, à tous les passants de la route suivie par la charrette, il envoie prévenir le général Duvivier commandant de la garde, mobile et l'état-major de la garde nationale, il poursuit sa course sous une pluie battante sur la trace du ' char que des renseignements confus lui font plusieurs fois perdre et retrouver. Arrivé à l'Hôtel de Ville, il interroge en vain M. Marrast. il va à la préfecture de police. M. Caussidière ignorait tout, il reprend sa course par les quais dans une angoisse
inexprimable, il tremble que le crime n'ait été accompli dans l'ombre sur quelque plage de la Seine, il apprend enfin que l'infortuné général arraché aux séditieux sur la route de l'Hôtel de Ville par le général Courtais a reçu asile pour la nuit à l'état-major de la place et que ses jours sont en sûreté.
La nuit, le gouvernement saisi d'horreur délibéra avec indignation sur les conséquences et sur la répression de cet attentat. la garde nationale en attendant sa réorganisation n'existait plus que dans son état-major, dans ses cadres et dans quelques bons citoyens volontaires qui -volaient d'euxmêmes au danger, il n'y avait point de troupes à Paris. Laisser un pareil crime impuni c'était abandonner les rênes de l'armée, sanctionner l'indiscipline et la sédition par l'impuissance d'arrêter les coupables, les arrêter au milieu de trois mille hommes qui avaient du canon, c'était tenter l'impossible et s'exposer à voir l'autorité du gouvernement brisée avec scandale dans sa main. Ce dernier parti quoique désespéré était cependant celui de l'honneur et du devoir; le gouvernement le choisit.
Le ministre de la guerre, M. Arago, le général Courtais et M. Guinard, chef d'état-major de la garde nationale, se chargèrent de l'exécution, ils rassemblèrent le lendemain quelques hommes de cœur, enveloppèrent le général Petit, et se por-