‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 65 sur 244 · LIVRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME

de ne point asservir l'âme des enfants au monopole d'un corps enseignant; de donner à la société ce qui appartient à la socfâlé, à la famille ce qui appartient à la famille, à Dieu ce qui appartient à Dieu. L'enseignement républicain peut combiner tout cela dans une forte organisation de l'Université et dans un complet système de liberté d'enseignement en concurrence avec l'institution enseignante de l'État.

La République rationnelle ne pouvait vouloir ni enchaîner la civilisation et la conscience au clergé, ni interposer une main profane entre la religion du père et l'âme de l'enfant, elle devait donc émanciper la conscience religieuse de la tyrannie de l'État, comme elle devait émanciper l'intelligence du peuple de la suprématie imposée des dogmes. Sa pensée comme celle de l'avenir était la liberté intellectuelle comme la liberté civile des cultes , la foi individualisée dans l'homme , Dieu libre de se manifester et d'éclater par la raison toujours croissante dans l'esprit humain, le sentiment religieux seulement sous toutes ses formes, mais institué, propagé, honoré, cultivé comme dogme universel de toute société spiritualiste.

M. Carnot pensait et agissait dans cet esprit, il avait à côté de lui, en M. Reynaud, son sous-secrétaire d'État, les traditions de l'époque philosophique corrigées par le sentiment religieux et ap-

pliquées par le sentiment démocratique, les lumières de l'Assemblée constituante. Les instincts fraternels de la vraie République, la tolérance, la liberté et la modération de notre époque, c'était là l'esprit de ce ministre, c'est celui de tous, qui eut le plus de temps pour réfléchir et qui médita le plus de bien. Le premier acte de M. Carnot fut une circulaire au clergé pour déclarer que, la république voulait être religieuse , et pour l'encourager à rentrer dans ses temples respectés par le peuple et protégés par le gouvernement, il proposa deux lois, la première sur l'instruction primaire, où il concilie les trois principes énoncés plus haut, obligation, gratuité, liberté de l'enseignement. Cette loi faisait de l'instituteur un fonctionnaire de morale et d'intelligence publique, il fonda l'École d'administration, école qui avait le tort d'être unique au lieu d'être spéciale à chaque branche d'administration, il éleva le traitement des instituteurs, il fonda l'École maternelle, pépinière de charité pour former les mères adoptives des salles d'asile, il développa l'enseignement agricole dans les écoles primaires, il provoqua l'adoption par l'État des élèves d'élite qui manifestaient des vocations transcendantes, il rétablit les lycées, et y ordonna l'étude de l'histoire de la révolution française, il y réprima énergiquement l'indiscipline que le contre-coup de la crise de février y faisait redouter, il proposa un Athénée libre, com*

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