‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 74 sur 244 · LIVRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE ONZIÈME

Le parti modéré du gouvernement, et alors il était presque unanime, envisageait de loin avec espérance le moment où la nation évoquant de son sein tous ses droits et toutes ses forces viendrait elle-même au secours d'elle-même et s'emparerait seule de sa révolution. Le parti anarchique et terroriste au dehors envisageait en frémissant cette heure qui devait lui enlever toute chance de prolongation de règne et de subversion, ce parti étouffé les premiers jours sous la défaite qu'il avait subie à l'Hôtel de Ville et sous l'enthousiasme d'ordre et de modération qui soufflait de l'àme unanime du peuple, commençait à tenter de pervertir la République dans les clubs.

Les clubs, institutions ou plutôt résultat révolutionnaire, ne sont autre chose que l'attroupement tumultueux régularisé et périodique, la place publique concentrée dans une enceinte plus étroite mais animée des mêmes passions, bouleversée des

mêmes orages, ils ont même un danger de plus que la place publique : ils ont l'esprit de secte -et la discipline combinée des partis, aussitôt que Tordre fut rétabli dans la rue , par le bon esprit spontané du peuple et par les inspirations, et les vigilances du -pouvoir naissant, les clubs se formèrent dans tous les quartiers de Paris, le gouvernement n'aurait pu s'y opposer sans mentir à sa nature et sans méconnaître la situation. Les clubs dans un pareil moment n'étaient que les voix dominantes de l'opinion, les corps délibérants de la révolution.

Quelques hommes trop effrayés des analogies avec la réunion des Jacobins, crurent que la République était perdue et le gouvernement asservi du jour où ils virent se former les premiers clubs, d'autres comprirent la différence qui existait entre un seul club révolutionnaire s 'affiliant tout l'esprit d'une révolution comme les Jacobins, et dominant la Convention même, et entre une multitude de clubs animés d'esprits divers, divergeant de but et de théories, se faisant opposition et contre-poids les uns aux autres, dépopularisés d'avance dans l'esprit des citoyens par les sinistres souvenirs de 1793, et offrant au contraire à un gouvernement habile et ferme des points d'appui et des points de résistance contre l'unité dangereuse d'une seule faction, aussi les membres du gouvernement provisoire n'en conçurent-ils pas la terreur qu'on cherchait à leur en

inspirer. « Je tremblerais dit Lamartine aux alar- « mistes, s'il n'y avait qu'un club des Jacobins, et « je n'essaierais pas môme de lutter contre une ré- « union pareille autrement que par l'insurrection « des départements. Je lui remettrais la victoire et « l'empire, mais avec les clubs nombreux, libres, « sans privilèges comme sans contrainte, je ne « crains rien, que des tentatives confuses otï isoce léeSj contre lesquelles l'esprit public et les clubs « eux-mêmes nous serviront conlre les clubs. Qu'ils « m'appellent! je suis prêt à m'y présenter moice même comme Dumouriez en 1792, et à y accepte ter les dialogues et les accusations avec leurs « orateurs. »

Lamartine, en effet, aida lui-même de bons citoyens à louer des salles, à former des bureaux , à fonder des clubs bien intentionnés dans différents quartiers de Paris, pour occuper le soir l'oisiveté dangereuse du peuple- et pour en diriger l'esprit dans le sens de sa politique, il entra aussi en relation indirecte avec les clubs les plus véhéments et les plus mal inspirés, pour en surveiller les explosions, et pour y faire réfuter les motions incendiaires par des orateurs qui neutralisaient les séditions. A l'exception de quelques forcenés qui demandaient de temps en temps au club du Palais-

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