‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 75 sur 244 · LIVRÉ ONZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRÉ ONZIÈME

National là mise en accusation de Lamartine et sa tête, et qui étaient hués et chassés de la tribune par les assistants, l'esprit des clubs avait été excellent et leur action généralement utile jusque - là. La pression du bon sens public pesait sur les tnauvais citoyens. Le sentiment de leur unanimité fortifiait les botis. le maire de Paris avait mis provisoirement à leur disposition pour faciliter ces réunions plusieurs monuments publics , et des salles d'asile ou de spectacle, le plus grand nombre des clubs étaient ainsi en harmonie avec le gouvernement luimême, et propageaient ses idées d'ordre, de patriotisme, d'examen et de conciliation dans la multitude. Un fait vint leur donner une physionomie nouvelle et plu9 caractérisée.

Le gouvernement avait ouvert les cachots où languissaient depuis plusieurs années les précurseurs de la République convaincus de complots ou d'attentats contre la monarchie. Deux de ces premiers combattants de la cause démocratique venaient de sortir de prison, c'étaient Blanqui et' Barbés. Lamartine ne connaissait pas Blanqui. Voici comment il connut Barbes :

Barbes avait été condamné à mort par la Cour des pairs, sous le dernier gouvernement, à quatre heures du matin du jour où le condamné devait être exécuté, une jeune femme se présente à la porte de Lamartine et demande à le voir. Lamar-

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tine se lève et va la recevoir. La jeune femme en larmes se précipite à ses genoux, lui dit qu'elle est la sœur de Barbes, et le conjure de sauver son frère. Lamartine n'avait aucun rapport avec la cour, il se souvient qu'il en a eu avec M. de Montalivet, ministre et ami du roi. il y court. M. de Montalivet, cœur généreux où les inspirations ne délibèrent pas plus que le courage, était très-malade, il ne calcule ni sa santé, ni ses forces, il se lève et se fait conduire chez le roi à Neuilly. Le roi, dont la pensée devançait en cela celle de son ministre, fait grâce de la vie au condamné.

Mais pendant cette entrevue de Neuilly, l'émeute d'avril grondait dans Paris; la fusillade éclatait dans les rues, la Chambre des députés était cernée de canons et de troupes. A cei aspect, Lamartine tremble que le gouvernement ne veuille faire exécuter la sentence, de peur que la grâce ne paraisse faiblesse et concession aux insurgés. Bientôt un second messager de M. de Montalivet le rassure. Le roi persiste à épargner ce sang. Barbes est sauvé. La sœur du condamné attendait son arrêt dans un des bureaux de la Chambre des députés. Lamartine lui rend la viq en lui portant celle de son frère. Elle s'évanouit en baisant ses mains.

Il y avait sept ans que cette scène s'était passée lorsque Lamartine quelques mois avant la révolution de Février reçoit de Barbes deux lettres que

ce condamné avait trouvé le secret de dérober aux geôliers de son cachot à Nîmes. Ces lettres disaient à Lamartine : « Je vous dois l'existence; après « Dieu, vous êtes mon sauveur. Si je sors jamais « de ces murs renversés par le triomphe certain de (( la république, ma première visite sera pour celui « envers qui ma reconnaissance a besoin de se « soulager, et j'espère qu'après m'avoir sauvé, il « sauvera aussi ma patrie. »

Barbes avait tenu parole. Le lendemain de son arrivée à Paris, il était venu se jeter dans les bras de Lamartine. « Je suis doublement heureux de « votre délivrance lui dit le ministre des affaires « étrangères. Vous êtes libre et c'est la Réputé biiqae, ce gouvernement de vos prédilections cjui « vous reçoit dans la liberté. Vous pouvez lui être « tufe-utile en ce moment. Le peuple , sans autre « frein que nos paroles, a besoin qu'on le dirige et « qu'on le modère. Il vous écoutera. Vous êtes un « de ses martyrs. Vos paroles seront ses oracles. « Conseillez-le non avec la colère d'un combattant « mais avec la générosité d'un vainqueur et avec « le sang-froid d'un homme d'État. La République « n'a plus de dangers à courir que de ses excès. « Montrez autant d'héroïsme pour la retenir que « vous avez montré d'impatience et de courage « pour la devancer. Les idées ne deviennent gou- « vernement qu'à la condition de se régulariser en

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ce ordre et en force. Oubliez les tradition» de la « première République, et aidez-nous à en Fonder « une qui nese souille ni d'anarchie ni d'échafauds, « et qui réconcilie peu à peu tous les griefe dans « tous les droits. »

Telles furent les paroles de Lamartine. Barbes les écouta avec tous les signes d'un acquiescement de cœur et d'esprit.

« Ces idées sont aussi celles que j'ai mûries en moi « dans ma captivité et dans ma religion politique, « dit-il* Je ne veux employer l'influence que ma re- « nommée de victime me donnera sur le peuple que ce pour le diriger dans ce sens» Mais je suis étranger ce depuis des années au monde politique; J'étais ce jeune quand je fus jeté dans les fers» Je ne con- « nais ni les choses, ni les hommes. Me permettrez- « vous de vous consulter de temps en temps pour ce retrouver la vraie voie si mon ignorance des ce affaires m'en faisait involontairement dévier? »

Lamartine lui promit de lui ouvrir son cœur toutes les fois qu'il le désirerait, il lui recommanda de ne pas se lier avec ceux qui confondraient la démocratie et la démagogie, ou qui chercheraient l'amélioration des conditions sociales des prolétaires dans la subversion de la propriété, base commune qui portait tout, et sans laquelle propriétaires et prolétaires s écrouleraient ensemble dans la même ruine.

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