‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 85 sur 244 · LIVRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE ONZIÈME

splendide et par l'aristocratie de son nom à la servir au dehors. Il ne partit pas pour son poste, plus jaloux d'entrer à l'Assemblée nationale et de retrouver une tribune que de figurer dans une cour, il fut remplacé auprès du grand-duc de Toscane par M. Benoit Champy allié de M. de Lamennais et patroné par ce nom illustre et populaire. Ce choix fut heureux, l'homme se trouva digne du prince éclairé et libéral qui faisait de la Toscane une république ou plutôt une famille par les traditions libres et douces de ce gouvernement. M. Benoit Champy fit aimer la République française du prince même que son contre-coup devait jeter quelques jours après hors de sçs États. Ses conseils plus énergiquement suivis auraient préservé la Toscane de ce deuil et de cette réaction contre le centre de l'Italie.

Madrid était une des cours où il était le plus difficile d'approprier un envoyé de la France à la situation de l'Espagne. Le général Narvaez homme très-supérieur à la renommée soldatesque qu'on lui a faite au dehors, était pour l'Espagne une sorte de Richelieu militaire tout-puissant au second rang. Sous une cour divisée et plongée dans les plaisirs Narvaez avait étudié , avec une sombre et muette anxiété au premier moment, le caractère et la révo-

lution française. Jugeant la France par l'Espagne il avait dû croire que la guerre civile s'y choisirait des chefs parmi les princes et parmi les généraux de la maison d'Orléans. Dans la prévision de ces événements où l'Espagne aurait eu un rôle à jouer par suite de ses liaisons de famille avec la dynastie de juillet, il s'était expliqué avec une ambiguïté inquiétante et il avait concentré des troupes vers les Pyrénées. Le manifeste du gouvernement provisoire et les explications de son ministre avec le chargé d'affaires d'Espagne à Paris avaient changé les dispositions de Narvaez. les intrigues de la France et de l'Angleterre à Madrid agitaient l'Espagne et inquiétaient sans cesse le général sur la durée de son autorité. Lamartine en retirant la main de la France de ces intrigues et en laissant l'Espagne à son indépendance intérieure tranquillisait le gouvernement espagnol, il ne laissait à Narvaez d'autre tiraillement qu'avec l'Angleterre, le résultat d'une pareille politique ftit ce qu'il devait être : la France ne porta plus ombrage et fut d'autant plus recherchée qu'elle s'imposait moins.

Cependant pour persister dans ce système il ne fallait pas à Madrid un républicain trop ardent qui eût porté ombrage à la Constitution et agité les fermentations de républicanisme impuissant en Catalogne. Ni un nom militaire, il eût ravivé les souvenirs de la guerre de l'indépendance. Ni un diplomate

Page 1