‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 86 sur 244 · LIVRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE ONZIÈME

de juillet trop tiède pour la République il eût pu se laisser amollir par un attachement trop frais à la maison d'Orléans et fermer les yeux sur des tentatives de restauration dynastique en France tramées peut-être dans ce palais de Madrid ou de Séville que le duc de Montpensier allait habiter. Le ministre des affaires étrangères avait rencontré dans M. de Lesseps consul général de France à Barcelone un homme exercé au caractère espagnol, agréable à Narvaez, dévoué à ses instructions, il le nomma à Madrid, les défiances mutuelles se dissipèrent, les répugnances tombèrent devant l'intérêt bien entendu des deux peuples, jamais la France et l'Espagne ne rentrèrent plus complètement dans leur nature qui les rapproche quand une fausse politique ne les sépare pas. le général Narvaez comprit bien la pensée de la France, l'attrait des deux peuples l'un pour l'autre put se développer librement. le gouvernement provisoire épargna au pays le rassemblement de l'armée des Pyrénées mieux gardé par la sûreté des rapporte et par la loyauté réciproque que par la force.

L'état de l'Italie ne se révélait pas encore. Le ministre de la République le pressentait, la situation qui allait en résulter pour la France ne per-

mettait pas d'établir des négociations intimes avec l'Autriche.

M. de Metternich régnait encore à Vienne sans se douter du volcan- qu'il avait sous les pieds, ce grand ministre n'avait point vieilli par l'esprit, mais il avait laissé amollir son caractère par la longue prospérité de l'empire, il croyait à l'éternité de l'aristocratie germanique et se fiait à son génie, grand, serein, heureux, facile, il laissait tout faire depuis quelques années à la fortune, cette longue fortune était un piège. Lamartine en avait l'instinct. Je ne sais quel vent de décadence soufflait depuis quelques années du cabinet de Vienne. Hongrie, Gallicie, Pologne, Bohême, Lombardie, Vénétie, toutes ces parties de l'empire mal cimentées avec l'empire lui-même semblaient tendre à une dissolution. La France qui ne voulait rien contraindre-de ce côté voulait tout accepter de la fortune.

Les premiers froissements de la République française avec le continent commenceraient par l'Italie ou par la Suisse. La guerre de principe existait ainsi quoique non déclarée entre Vienne et Paris, ou plutôt ce n'était ni la guerre ni la paix , mais une attitude mixte qui participait de ces deux ordres de choses. Le gouvernement ne chercha pas à masquer par de faux semblants celte situation, il ne voulait ni tromper M. de Metternich par des subterfuges sans bonne foi ni se tromper lui-

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