‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 87 sur 244 · LIVRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE ONZIÈME

même, il avoua franchement cette disposition de la République à M. d'Apponi , ambassadeur d'Autriche à Paris, loyal , et chevaleresque comme un homme du Nord, il se contefrt* de laisser pour la France à Vienne un chargé d'affaires aimé de la vieille Allemagne et de la cour pour écouter et pour observer sans agir, car agir c'eût été tromper. La diplomatie de la République ne voulait tromper personne, pas même son ennemi naturel, l'Autriche.

On fit un choix moins heureux à Naples sur la foi du parti du National, dont il désirait employer les capacités et satisfaire les ambitions. Le secrétaire de légation qu'il nomma près de celte cour et auquel il donna des instructions conformes à sa pensée sur une fédération de l'Italie, pensée qui n'excluait point les trônes, s'écarta entièrement de la ligne que le ministre de la République lui avait tracée, prenant apparemment ses directions soit dans le parti de propagande radicale à Paris , soit dans les partis extrêmes à Naples , il eut le langage et l'attitude de ces envoyés de la Convention , dont la mission était de violenter les rois et de fanatiser les peuples. L'amiral Baudin , qui commandait la flotte a Naples , comprit mieux la dignité de la République, il réprima autant qu'il était en lui ces excès de zèle, le chargé d'affaires fut rappelé, on envoya à sa place un homme

de mesure et de sagacité , M. de Bois -le- Comte, il avait été collaborateur de M. Bûchez dans l1 immense travail historique sur notre première révolution, il avait porté le poids des détails et pratiqué le sens vrai de la nouvelle diplomatie républicaine dans le cabinet du ministre depuis le 24 février* il fut envoyé ensuite à Turin.

Lamartine désirait que la République conversât avec le cabinet de Pétersbourg. il était convaincu qu'il n'y avait entre les deux puissances d'autre incompatibilité que l'état de la Pologne. C'est par ce seul point que les deux peuples pouvaient se froisser, non par un intérêt territorial , mais par une antipathie morale. En Europe, ♦'exécution première des traités de Vienne et des institutions propres et libérales restituées par l'empereur de Russie au royaume de Pologne, pouvait permettre aux deux politiques de se réconcilier avec honneur et sAreté pour tous, il fallait du temps et de la réflexion. Lamartine ne devait pas aventurer ses pensées et la dignité de la République par des envoyés peut-être froidement accueillis à Pétersbourg. Il y laissa un simple secrétaire d'ambassade nommé par le ministre de la monarchie , sans aucune mission politique, il y avait dans le ministre de l'empereur à Paris, un interprète officieux, habile, bienveillant des pensées de l'empereur et de celle de la France, les rapports froids et rares

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