LIVRE DOUZIÈME
« sciences de bons citoyens, la République se fonce dera par vos votes comme elle s'est fondée ici par « les bras du peuple de Paris. » — (Bravos unanimes. )
La députation se retira aux cris réitérés de vive Lamartine! vive le gouvernement provisoire I vive la République !
Ces paroles acceptées avec une joie frénétique par la députation et par l'immense auditoire d'autres députations que Lamartine harangua jusqu'à la nuit dans la grande salle de l'Hôtel de Ville, se répandirent comme la nouvelle d'un coup d'État rassurant de quartier en quartier avec la rapidité de la pensée même. Elles rendirent courage aux citoyens alarmés. Elles annoncèrent au parti de violence que le gouvernement ne serait pas son complice, et qu'ils auraient le lendemain à combattre ou à se désavouer.
Lamartine employa une partie de la nuit à rédiger de sa propre main une proclamation du gouvernement qui contenait les vrais principes de la République, libre, représentative, modérée, nationale, proclamation qui était dans les pensées et dans les termes, le désaveu et le démenti le plus textuel de la circulaire du ministère de l'intérieur.
Prêt à tout , mégie aux dernières extrémités, des armes sur lui pour se défendre contre l'émeute , il se rendit seul à pied et à l'heure indiquée à l'Hôtel de Ville.
Tous les membres du gouvernement y étaient d^à réunis. Il fut étonné en arrivant sur la place de Grève de la trouver couverte de viigt ou trente mille hommes , des compagnies d'élite de la garde nationale. Il fut reconnu et salué d'acclamations énergiques. Ces cris de vive Lamartine l'accompagnèrent jusque dans les salles, et se renouvelèrent avec une frénésie croissante toutes les fois qu'on l'aperçut ou qu'on crut l'apercevoir aux fenêtres des appartements de réception.
Il demanda le motif de cette réunion spontanée d'une si grande masse de gardes nationaux. Il apprit que c'étaient les compagnies de grenadiers coiffés de bonnets à poil , qui venaient réclamer contre un décret du gouvernement par lequel on leur enlevait ce privilège d'uniforme, décret qui rompait leurs cadres trop étroits pour y faire entrer tous les citoyens sans privilèges et sans distinction de coiffures. Il s'affligea de cette puérilité dans un moment si grave. Il les harangua , et les fit consentir à l'abolition d'un signe qui n'était qu'une vanité militaire , quand il s'agissait de confondre toutes les vanités dans le patriotisme.
Pendant ces harangues faites aux grenadiers le