‹ Histoire de la Révolution de 1848Chapitre 10 sur 216 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

échafauds. Inaugurer la République par un tel gouvernem^t, c'était inaugurer la tyrannie au lieu de la liberté, le crime au lieu de la vertu publique, la ruine du peuple au lieu de son salut. Lamartine et ses collègues auraient plutôt donné leur tête à la révolution que de lui donner une goutte de sang.

Lamartine avait de plus une foi absolue dans la puissance de l'honnêteté et du droit en politique. Il savait que presque toutes les guerres n'étaient que des expiations des injustices des peuples entre eux. Il avait la persuasion que la justice et le respect de la Républi(]ue envers ses voisins seraient pour la France deux armées qui couvriraient mieux les frontières que deux millions d'hommes, et qui propageraient |)lus l'idée démocratique que la flamme du canon. La France est aimée des peuples. L'attrait qu'elle inspire par son intelligence, son caractère et son génie est une de ses grandes forces dans le monde. La France désarmée est encore l'amour de l'univers. Changer ce prestige national d'amour et d'attraction en crainte et en horreur de ses armes, c'est défigurer la nation. La peur qu'elle inspire un moment ne vaut pas [)our elle la puissance de sympathie dont Dieu l'a armée.

Il en est de même de la démocratie, qui allait l'aire une nouvelle épreuve de la puissance de contagion morale sur l'esprit des peuples. Lamartine avait le juste pressentiment que si la démocratie française était agressive, et que si elle se laissait dès le premier jour dénaturer par l'esprit de conquête ou confondre avec

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Ijuiihitioii nationale, plie repousserait au lieu d'attirer. Le principe i\v nationalité domine chez les hftmmes le principe de liberté intérieure. IMnlol (jue de perdre leur nom cl leur sol, les peuples perdraient leurs institutions libérales. Les trônes les rallieraient contre la France à l'instant ou les souverains pourraient leur montrer une baïonnette française envahissant sans droit l(Mir territoire. D'ailleurs quelle était la nature (l(^ la rcNolulion de Février ? Ktait-ce une révolution l(M-iitoiial<^ on nn(^ révolution d'idées? C'était évidemment une ré\()lnlion d'idéos, une (jue>tion de réiîime inliMifMu-. Fa chani^^er vn i-evolution territoriale, militaire et coïKpKManli» , c'('Mait l'alTaiblir dans son principe, la dénaturer et la trahir. Ont lieues de sol ne l'auraient pas elai'irie d'nne idée. Il lallait donc la dcclaicr iVatcrni^lh* et non offensive aux nations, (piel que fut le tçouvernement , despoti(jue, monarchique, mixt(> on républicain, de ces nations.

Mais ces pensées étaient trop j)hilosoj)hi(pies pour pénétrer d'elles-mêmes les masses soulevées et impalirnlf's de débordement sur l'Europe, si ces pensées n'eussent ele présentées (pie pai" la voix d'nn ministre des affaires étrauiijères et d'un gouvernement. Elles furent heiirenst^nent secondées pai' les hommes iidbienis de tous les jiartis j)hilosophiques et même socialistes an\(piel> l'histoire» doit cvWo Justice, (|u'ils 8Cr\irent lo\;demenl cl |)ni>^aniin(Mil aloi's les idées de fraternité et do paix. Fes on\riei< en\ mêmes, prédisposés a la i;iierre par leur ardeur cl hîur courage,

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